Tech & internet

Être une start-up donne-t-il un «totem d'immunité» dans les médias?

Temps de lecture : 2 min

Un billet de blog résume l'exaspération croissante face à la manière dont certains modèles de travail popularisés par l'économie numérique souvent présentés comme innovants alors qu'ils fragilisent les salariés.

IMG_8047 / Manuel Schmalstieg via Flickr CC License By.
IMG_8047 / Manuel Schmalstieg via Flickr CC License By.

Sur le blog Marie & Julien, tenu par deux graphistes, on pouvait lire ce week-end une réaction exaspérée à un article paru dans Le Monde, et à ce qu’il révèle de notre rapport à l’économie numérique. Le quotidien s’est penché sur une jeune entreprise, dans tous les sens du terme, qui paraît encapsuler tous les paradoxes de l’époque. Dans un pavillon de la région parisienne, neuf jeunes informaticiens travaillent et vivent en commun, sous une forme à cheval entre la start-up et la «hacker house».


C’est d’ailleurs ce mélange des genres et ce grand écart entre les aspirations qui frappent l'auteur de l'article du Monde:

«À la frontière entre une flexibilité du travail d’inspiration libérale assumée, inspirée d’un modèle entrepreneurial porté par Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, de l’Industrie et du Numérique, et la revendication d’une plus grande horizontalité dans les rapports hiérarchiques, défendue notamment par les “nuitdeboutistes”, le modèle du jeune entrepreneur est dans l’air du temps.»

«Disruption» et vieilles recettes

Pas de quoi donc s’enflammer au point de répondre, «Start-up de merde, vous devriez avoir honte», titre du billet de blog de Marie & Julien. Ce qui agace son auteur, c'est que les contournements du code du travail repérés dans l'article ne semblent plus choquer quiconque dès qu’on aborde le secteur high tech: «embauche» de stagiaires pour répondre à l’afflux de commandes, et donc occuper un poste de salarié, horaires nocturnes pour boucler les dossiers, travail le week-end, etc. Le «minimum syndical», si on ose dire, en la matière. «Le nœud du problème est là», note le blogueur:

«Toutes ses entreprises sont hyper innovantes quand il s’agit de disrupter la terre entière ou d’uberiser le boulot des autres, mais quand il s’agit de faire de l’argent, on revient aux bonnes vieilles recettes: on fait travailler la main d’œuvre la moins coûteuse et la plus qualifiée disponible sur le marché (ici des stagiaires) et on la paye le moins possible sans leur assurer non plus une sécurité de l’emploi (toute relative).»

«Le titre de l’article parle de “craquer les codes de l’entreprise”, alors que la seule chose sur laquelle ils ont craqué, c’est le code du travail», note encore le blogueur. Pas certain que le projet de ces jeunes diplômés mérite de cristalliser sur lui toutes les dérives d'un secteur. D'autant que le terme «hacker» est justement entouré de guillemets dans le titre, comme pour insister sur la distance qu'introduit le média avec le modèle suivi par cette start-up.

Germinal?

Mais au-delà de la situation précise de cette jeune entreprise, l’article du blog pose bien le problème que soulève l’économie dite «innovante» aux pouvoirs publics, à la société et à la presse: «Le mot “start-up” donne un espèce de totem d’immunité qui va faire que les journalistes auront trop peur de vous critiquer et les politiques trop peur de se questionner», et, par peur de passer pour «des gros has-been et de tuer une superbe innovation dans l’œuf», nous préférons «faire passer tout ça pour hyper cool et moderne, alors qu’on retourne doucement vers Germinal».

L'auteur du billet exhume opportunément un extrait de La Vérité si je mens 2 qui, quinze ans après, apparaît visionnaire dans sa manière de présenter la simple mention d'une «start-up» comme un «totem d'immunité» justement auprès des banquiers, des élus et des journalistes –spoiler: ce n'est pas exactement en ces termes que s'exprime le personnage incarné par José Garcia.

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