Tech & internet / Monde

Sur internet, la Chine pratique la «censure à l'envers»

Temps de lecture : 2 min

Des propagandistes chinois écrivent 488 millions de faux posts sur internet chaque année. Objectif: tuer les débats à coups de banalités plutôt que les enflammer.

GREG BAKER / AFP.
GREG BAKER / AFP.

L'armée de «commentateurs internet» payés par le gouvernement chinois pour diffuser des posts de propagande est connue en Chine sous le nom de «parti des 50 centimes», car la rumeur veut qu'ils soient payés 50 centimes de yuan par post (soit environ 0,07 euro). Une récente étude de Harvard révèle les détails de cette opération, notamment grâce à une fuite d'emails venant du Centre d'information internet de la province de Jiangxi, dans le sud-est du pays. Les auteurs estiment que 488 millions de faux posts sont ainsi mis en ligne chaque année en Chine, à la fois sur les sites gouvernementaux, les blogs, les forums et les réseaux sociaux.

Contrairement à ce qui était communément accepté, ces commentateurs rémunérés, qui sont officiellement de simples citoyens partageant librement leurs opinions, ne diffusent pas de messages agressifs contre les réformistes, et ils interagissent rarement avec les critiques du régime, rapporte Foreign Policy.

La stratégie du gouvernement chinois est différente: le but est d'inonder internet de commentaires pro-régime, mais sans trop de controverse. Comme l'écrivent les politologues auteurs de l'étude, «le gouvernement chinois invente des posts de médias sociaux pour distraire les gens». Il s'agit la plupart du temps de banalités vagues qui sont censées calmer le dialogue en ligne, notamment des phrases comme «nous devons tous travailler plus dur et être indépendants» ou encore «nous espérons que le gouvernement central nous soutiendra encore plus».

La grande majorité de ces trolls professionnels ne sont en fait pas payés 50 centimes le post, comme le veut leur surnom; ce sont des fonctionnaires qui postent des messages en plus de leurs activités normales. Leur mission est officiellement décrite comme le «management de l'orientation de l'opinion publique».

Comme le précise le Guardian, les afflux de commentaires en faveur du régime correspondent en général à des périodes de tensions politiques. Par exemple, de nombreux faux posts ont été mis en ligne en juin 2013 après les émeutes dans la province de Xinjiang, et en novembre 2013 pour coïncider avec un sommet politique à Pékin.

Les auteurs de l'étude expliquent que la distraction est probablement une bonne stratégie de contrôle de l'information.

«Dans toute conversation humaine, une dispute est rarement un moyen efficace de mettre fin à un débat controversé. Il vaut mieux laisser mourir la dispute et changer le sujet.»

Cette approche pour ainsi dire indirecte est une alternative à la censure, qui a le potentiel d'énerver les citoyens. Pour décrire cette technique, les auteurs de l'étude parlent de «censure à l'envers», soit l'idée que bombarder des sites de messages positifs sur le gouvernement est une façon plus douce et subtil de réduire l'influence des critiques.

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