Culture

Les positions de Jesse Hughes ne devraient pas nuire à Eagles of Death Metal

Temps de lecture : 2 min

Le chanteur et guitariste du groupe qui jouait au Bataclan le soir du 13 novembre choque par ses propos. Problème: tout le groupe en pâtit.

David Catching (à gauche) et Jesse Hughes (à droite) lors d'un concert des Eagles of Death Metal, le 25 février 2016 à Vienne. | Herbert P. Oczeret  / AFP
David Catching (à gauche) et Jesse Hughes (à droite) lors d'un concert des Eagles of Death Metal, le 25 février 2016 à Vienne. | Herbert P. Oczeret / AFP

Les opinions et les prises de position d'un musicien doivent-elles avoir des conséquences sur sa tournée? Quoique l'on en pense, c'est qu'il arrive aujourd'hui à Jesse Hughes, le chanteur et guitariste des Eagles of Death Metal.

Ce 20 mai, les responsables du festival Rock en Seine, organisé du 26 au 28 août dans le parc de Saint-Cloud aux portes de Paris, ont décidé d'annuler le concert du groupe. Voici le communiqué publié sur la page Facebook du festival:

Même chose pour le festival Cabaret Vert, organisé à Charleville-Mézières où le groupe devait jouer la veille, le 25 août.

Des déclarations racistes et complotistes

Le leader du groupe qui jouait au Bataclan le soir des attentats du 13 novembre tient régulièrement des propos qui choquent. En février, il avait critiqué la loi sur le port d'armes en France. En décembre 2015, quelques jours à peine après les attentats de Paris, Télérama publait un article résumant les positions de Jesse Hughes sur un certain nombre de questions de société. Militant pro-armes à feu, il est aussi anti-avortement et soutient le Républicain Donald Trump, souligne l'article en se basant sur un documentaire de Vice intitulé The Redemption of The Devil.

Le 14 mai dernier, Jesse Hughes s'est à nouveau fait remarquer en critiquant la sécurité du Bataclan, relèvent Le Figaro et Paris Match. Dans un entretien accordé au Taki's Magazine, un journal très à droite, le chanteur a multiplié les déclarations complotistes et racistes. À propos des responsables des attentats, il dit:

«Je suis certain qu'ils étaient là plus tôt dans la journée. Je me souviens d'eux fixant l'un de mes potes. Je l'ai juste pris pour de la jalousie arabe. (...) J'ai réalisé plus tard qu'il s'agissait d'Abdeslam Salah et qu'il n'avait pas arrêté de scruter l'un de mes potes parce qu'il le voyait comme une menace. Pour moi, il n'y a aucun doute là-dessus: les terroristes étaient déjà à l'intérieur bien avant l'attaque et ils avaient pu entrer dans la salle d'une manière ou d'une autre.»

Interrogé par un journaliste, il continue : «J'ai vu de mes propres yeux des musulmans célébrer dans la rue les attaques terroristes, et ce, en temps réel! Comment savaient-ils ce qu'il se passait? Il y a dû avoir une forme de coordination.»

Les fans iront les voir ailleurs

Loin de ces propos, nous le soulignions au lendemain des attentats, les Eagles of Death Metal se démarquent plus par leur humour volontairement grivois et leurs poses et riffs sexys que par une quelconque agressivité. Leurs morceaux ont été repris après les attentats pour rendre hommage aux 130 victimes.

Une journaliste du site Konbini rappelait aussi à juste titre après la publication de l'article de Télérama que les artistes ne sont pas tous exemplaires:

«Les rockeurs ne sont pas tous des anges, on le sait. Lemmy de Motörhead collectionne les objets nazis, Dave Mustaine de Megadeth est un complotiste anti-Obama, Johnny Ramone des Ramones était gaga de Reagan, Gene Simmons de Kiss ne serait pas contre une petite dictature

Cette annulation est-elle donc une bonne idée? N'est-il pas possible pour un public de distinguer l'art de l'artiste? Les organisateurs de Rock en Seine et du Cabaret Vert ont tranché, les fans devront aller les voir ailleurs. Le groupe avait déjà fait un concert à Paris en février à l'Olympia et est toujours actuellement en tournée aux États-Unis avant de se rendre en Europe cet été.

Mélissa Bounoua Rédactrice en chef adjointe de Slate.fr

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