Sciences / Santé

Les lesbiennes existent aussi chez les gorilles

Temps de lecture : 2 min

Pour la première fois, des rapports sexuels entre femelles ont été précisément documentés chez des gorilles à l'état naturel. Surprise: il est bien possible qu'ils n'aient pas d'autre fonction que le plaisir des guenons.

Un gorille femelle dans la forêt de Bwindi, le 23 septembre 2009. SIMON MAINA / AFP.
Un gorille femelle dans la forêt de Bwindi, le 23 septembre 2009. SIMON MAINA / AFP.

L'homosexualité féminine n'est pas le sujet préféré des primatologues. Jusqu'à présent, seules les lesbiennes macaques japonais, macaques rhésus, entelles d'Hanuman et bonobos avaient fait l’objet de travaux scientifiques un tant soit peu sérieux. Il faut désormais y ajouter les gorilles: le 11 mai, deux chercheurs ont publié dans la revue PLOS One la première étude documentant les rapports sexuels entre femelles chez cette espèce très proche de la nôtre.

Selon leurs observations et contrairement aux bonobos, où les rapports sexuels entre femelles sont les mieux étudiés, rien ne permet de corréler le lesbianisme gorille à une technique de réconciliation, de gestion des conflits ou de solidification des liens sociaux et familiaux. De même, l'hypothèse qu'il constitue une forme de ritualisation des rapports hiérarchiques n'est que partiellement confirmée. Et les chercheurs d'arriver à cette surprenante conclusion: chez les gorilles, l'homosexualité féminine ne semble pas avoir d'autre réelle fonction que le plaisir des femelles qui s'y adonnent.

«Notre travail démontre que les contacts sexuels entre femelles sont manifestement un élément du répertoire comportemental des gorilles des montagnes, même s'il s'agit d'un élément relativement peu fréquent», écrivent Cyril C. Grueter et Tara S. Stoinski. L'un est chercheur en anatomie, physiologie et biologie humaines à l'Université d'Australie-Occidentale, l'autre affiliée au Fonds Diane-Fossey pour les gorilles basé à Atlanta, aux États-Unis. Leur étude se fonde sur des observations menées courant 2010 au Rwanda auprès de gorilles des montagnes. Elle est la première à non seulement documenter aussi précisément le lesbianisme chez ce grand singe, mais aussi à le faire dans son environnement naturel, ce qui invalide l'hypothèse d'un comportement «artificiel» généré par les conditions de vie en captivité.

En tout, ils répertorient 44 contacts sexuels survenus entre 18 femelles. Dans 72% des cas, ces contacts n'ont «aucune relation manifeste avec des copulations hétérosexuelles» notent les chercheurs, tout en évoquant «la possibilité que certaines occurrences copulatoires aient été ratées», une «entrave à la précision de la quantification».

Contrairement aux rapports hétérosexuels qui sont d'ordinaire dorso-ventraux chez les gorilles (soit la levrette, dans une formulation moins scientifique), les rapports génitaux entre femelles gorilles se font ventre à ventre (ou missionnaire, en langue vernaculaire). Pourquoi? «Probablement parce que cette position garantit une stimulation sexuelle maximale (les vulves sont en contact)», suggèrent les chercheurs.

D'où l'explication la plus plausible qu'ils donnent à ce comportement: la recherche de gratification sexuelle. Ils constatent notamment que plus de 71% des cas de frottage concernent des femelles enceintes ou allaitantes, ce qui invalide l'hypothèse d'un quelconque «déclenchement» par l’œstrus (l'ovulation). Les scientifiques remarquent cependant «qu'un état d'excitation générale pourrait contribuer à provoquer un comportement homosexuel». En particulier, ils font l'hypothèse d'un «effet pornographique, c'est-à-dire une femelle excitée par l'observation d'actes sexuels» entre autres membres de son groupe. De fait, dans 6% des cas répertoriés dans leur étude, deux femelles se sont mises à copuler moins de 10 minutes après avoir observé un coït hétérosexuel –où ni l'une ni l'autre n'était impliquée.

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