Égalités / LGBTQ

Qu’est-ce qu’un «mogai»? Et autres considérations LGBTQQIAAP

Temps de lecture : 2 min

Mogai (et non Mogwai, oui, notre photo est trompeuse) est le nouvel acronyme en vogue pour «LGBT». Une façon de contrer l'allongement sans fin du sigle LGBT, devenu LGBTQ, LGBTQI, et même LGBTQQIAAP...

Montage Slate.fr.
Montage Slate.fr.

En lisant ce titre, vous avez peut-être songé au groupe de rock instrumental écossais Mogwai. Ou aux petites bestioles poilues mais gentilles du film Gremlins, qui engendrent des créatures aux grandes oreilles et à la peau de reptile.

Rien de tout cela. Mogai (et non Mogwai) est le nouvel acronyme en vogue pour «LGBT». Il signifie en anglais «Marginalized Orientations, Gender identities, And Intersex», autrement dit: Orientations (sexuelles, ndlr) et Identités de Genre Marginalisées et Intersexes.

Une appellation censée être plus inclusive que LGBT, qui résume, rappelons-le, «Lesbian, Gay, Bi and trans» («lesbiennes, gays, bi et trans»). Qui sert à rappeler qu'il existe bien d'autres sexualités et d'autres identités de genre, à côté de la «norme» véhiculée par la société. À rendre visible l'invisible. Et à identifier leur différence pour la vivre et non la subir.

Mogai est déjà suffisamment populaire pour avoir sa définition dans le très branché et populaire «Urban dictionary», le «dictionnaire urbain» sur internet qui répertorie les mots d’argot en anglais. Comme pour tous les mots sur ce site, vous pouvez même acheter un mug à l’effigie du terme (et cela vous fait une belle jambe, pensez-vous):

En France aussi «mogai» commence à s’introduire dans les sphères militantes. Il existe un compte Twitter dédié aux «expériences mogai»: @MOGAI_Everyday. Pour donner une idée de son degré d’utilisation, environ 860 tweets de langue française contenant le mot mogai ont été faits entre le 10 et le 19 mai dernier, selon l’application Tweetchup:

Sur Facebook, des activistes de Nuit Debout ont affiché sur la page d’un événement lancé par la commission Féminismes leur préférence pour le terme mogai, jugé «exhaustif et inclusif (contrairement à LGBT+)», écrivent-ils.

«LGBTQQIAAP

LGBT+? Quoi? Comment? Ai-je bien lu? Mais pourquoi ce «plus»? Oui, parce que mogai n’est pas le premier à remplacer «LGBT». Il n’est que le dernier-né d’une longue liste d’acronymes, inventés, adulés puis contestés et enfin enterrés, selon un cycle que les amateurs de mouvements politiques, souvent très créatifs en matière lexicale, connaissent bien.

Après LGBT il y a donc eu «LGBTI», avec le «I» incluant les personnes intersexes, «LGBTQ», avec le «Q» incluant les personnes queers, ou bien «LGBTIQ», pour n’exclure ni les intersexes, ni les queers. Et aussi, comme mentionné plus haut, «LGBT+», une manière d’indiquer qu’on peut encore ajouter pas mal de lettres derrière le «T», tant les identités sont multiples.

Un des défis du mouvement LGBT est en effet de représenter le plus fidèlement possible toutes les facettes du mouvement, sans reproduire lui-même l'exclusion qu'il conteste.

Mais l’acronyme a parfois grossi dans des proportions inquiétantes, allant jusqu’à comporter huit lettres («LGBTQIAP» ou «LGBTQIDK») voire dix lettres («LGBTQQIAAP»), où s’incrustent les personnes «en questionnement» (le deuxième «Q» raccourci le mot «questioning»); les «asexuels»; les «alliés» (les amis de la cause) (ou les «agenres», ou bien encore les «aromantiques», affirment d’autres) et les «pansexuels». Tout un microcosme d’identités.

L’acronyme a même pu comporter 11 lettres. Mais on vous épargne le détail, cette fois-ci.

Blagues

Sur Twitter, nombreux sont ceux qui s’inquiètent de cette tendance, qui il faut bien le dire, confine à l’abscons pour le commun des mortels. «Un néophyte peut vaguement connaître LGBT (encore que), alors LGBTQIAP+, je vous laisse imaginer», commente Abby Syclette. «J'ai l'impression que maintenant on ajoute tout à LGBTQIAP+ de peur d'en oublier», écrivait plus haut, dans la même conversation, Lorem Hypso.

Cette croissance anarchique alimente aussi les blagues des activistes et de leurs détracteurs. «Vous êtes complètement dépassé», répond en alignant un acronyme de dix lettres un twittos à un internaute qui lui demande ce que signifie «LGBTQ».


D’où le charme pour certains de «mogai», qui a l’avantage d’être prononçable, au contraire de LGBTQQIAAP+ (essayez, si vous osez…) et d’être plus inclusif. Enfin, jusqu’au jour où un nouveau cycle recommencera, qui pointe peut-être déjà le bout de son nez…

En savoir plus:

Aude Lorriaux Journaliste

Alexis Patri Journaliste

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