La crise mondiale de l'éducation

La crise de l'éducation dont on parle si peu ces derniers temps est aussi grave que la crise financière qui nous obnubile.

Image de une: enfant faisant ses devoirs dans les ruines après le tremblement de terre qui a ravagé le Sichuan. Avril 09/Reuters

- Image de une: enfant faisant ses devoirs dans les ruines après le tremblement de terre qui a ravagé le Sichuan. Avril 09/Reuters -

Ces temps-ci, on sent bien qu'on ne parle que d'argent: dans le monde entier, les faillites, les sauvetages financiers et la crise économique monopolisent les conversations. Et s'il est raisonnable qu'il en soit ainsi, il est également sain de changer de sujet de temps à autre. Parlons, par exemple, de cette autre crise aux multiples conséquences qui touche le monde entier: celle de l'éducation.
Dans presque tous les pays, les gens estiment que leur système éducatif est inacceptablement défaillant. Et les statistiques le confirment.

Aux Etats-Unis, par exemple, entre 1980 et 2005, la dépense publique par élève de l'enseignement primaire et secondaire a augmenté de 73 %. Et le nombre d'enseignants a également connu une hausse considérable, ce qui fait que le nombre d'élèves par enseignant a baissé de façon radicale.

On a expérimenté diverses mesures pour améliorer l'enseignement. Aucune n'a fonctionné. Ces vingt-cinq dernières années, les résultats des élèves ne se sont pas améliorés. En 2005, les capacités de lecture des élèves de 9, 13 et 17 ans étaient les mêmes qu'en 1980. En mathématiques, ils ont fait un peu mieux, mais rien qui mérite qu'on s'extasie. Dans une conférence en présence des gouverneurs des Etats-Unis, Bill Gates leur a confié qu'il était «atterré» et qu'il avait «honte» de l'éducation secondaire de son pays. «Nos écoles sont en faillite, elles sont défaillantes et obsolètes (...), a-t-il dénoncé. Et d'ajouter: «Seul un tiers de ceux qui obtiennent un diplôme sont préparés pour jouer leur rôle de citoyen, de salarié ou d'universitaire».

Les autres pays sont dans la même situation. Sur la même période, tous les pays riches ont aussi fortement augmenté leurs dépenses en matière d'éducation. Mais non seulement ils n'ont pas réussi à faire progresser le système, dans certains cas, celui-ci a même reculé. Entre 2000 et 2006, la performance des élèves de secondaire en termes de lecture a baissé de manière significative en Espagne, au Japon, en Norvège, en Italie, en France et en Russie— entre autres. Elle a aussi baissé en maths en France, au Japon, en Belgique et dans d'autres pays développés. Ceux qui ont le mieux réussi à ces épreuves sont les élèves finlandais et sud-coréens.

L'enseignement supérieur va aussi mal

En outre, contrairement aux Etats-Unis, où l'enseignement supérieur d'excellence demeure un point fort, en Europe, seules quelques rares universités font partie des meilleures du monde. Cette année, sur la liste des 100 meilleures universités du monde élaborée par l'Université de Shanghai, on ne compte que trois universités françaises. Pas une université espagnole ou italienne n'y figure.

Alors que l'éducation est en crise dans les pays riches, celle des pays les moins développés est un désastre. Là-bas aussi les budgets nationaux consacrés à l'éducation sont conséquents, sans amélioration qualitative visible. Même les pays qui ont connu de véritables succès dans d'autres domaines ont échoué sur le dossier de l'éducation. Le Chili, l'un des pays en développement qui s'en sort le mieux, a beaucoup investi dans l'éducation sans parvenir à des améliorations significatives au niveau des résultats de ses élèves.

Le grand paradoxe là-dedans, c'est qu'on présente toujours l'«éducation» comme la panacée face à tous les maux qui accablent le monde. De la pauvreté à la violence urbaine, en passant par les guerres et la corruption, on préconise systématiquement l'éducation, encore l'éducation, toujours l'éducation. Dans le monde entier, les candidats à des fonctions politiques, quelles qu'elles soient, promettent de se faire le président (ou le gouverneur ou le maire) «de l'éducation». Cependant, en dépit du consensus sur ce problème, de la priorité et des ressources qu'on lui accorde, la crise de l'éducation dans le monde demeure entière.

L'argent n'est pas la solution

On ne sait pas très bien ce qu'il faut faire. Equiper les salles de classe de plus d'ordinateurs? Augmenter les salaires des enseignants? Diminuer le nombre d'élèves par classe? Décentraliser ou au contraire centraliser l'éducation? Prendre davantage de mesures incitatives pour renforcer la concurrence entre les écoles et les professeurs? Donner plus de moyens au système?

On a tout essayé. Il n'y a guère de résultats concluants. Les élèves singapouriens figurent parmi les meilleurs élèves au monde. Singapour est pourtant l'un des pays dont le budget alloué à l'éducation primaire est le plus faible.

Quelle conclusion peut-on en tirer? Eh bien, la crise de l'éducation dont on parle si peu ces derniers temps est aussi grave que la crise financière sur laquelle on ne tarit pas. Il est aussi important de remédier à la crise de l'éducation que de sortir de la crise financière. Mais en attendant de trouver des solutions, il ne nous reste qu'à espérer que les solutions qu'on appliquera à la crise financière seront plus efficaces que celles expérimentées dans un certain nombre de pays au niveau de l'éducation.

Moises Naïm

Traduit par Micha Cziffra

Image de une: enfant faisant ses devoirs dans les ruines après le tremblement de terre qui a ravagé le Sichuan. Avril 09/Reuters

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L'AUTEUR
Moisés Naím est Senior associate de la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Chroniqueur pour de nombreux titres dont El Pais, The New York Times, The Financial Times, The Washington Post. Il a été, avant l'arrivée de Chavez au pouvoir, ministre du Commerce et l'Industrie et directeur de la Banque centrale du Venezuela. Ses articles
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Publié le 21/10/2009
Mis à jour le 21/10/2009 à 8h43
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