Monde

L'absence de signal de détresse d'un avion n'est pas toujours synonyme d'attentat

Mélissa Bounoua, mis à jour le 19.05.2016 à 15 h 30

La priorité du pilote est de maintenir l'avion, avant de communiquer avec les contrôleurs aériens.

Un avion A320 de EgyptAir, le 29 mars 2016 à Chypre. | Behrouz Mehri / AFP

Un avion A320 de EgyptAir, le 29 mars 2016 à Chypre. | Behrouz Mehri / AFP

L'avion MS804 qui reliait Paris au Caire dans la nuit du 18 au 19 mai a disparu des écrans radar à 2h45 du matin, il venait d'entrer dans l'espace aérien égyptien et devait atterrir au Caire à 3h15. Parti de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, il transportait soixante-six passagers dont trente Egyptiens et quinze Français. François Hollande a confirmé en fin de matinée que l'avion «s'est abimé en mer». Aucun débris n'a pas pour l'instant été retrouvé. Des recherches sont actuellement en cours dans la Méditerranée.

Des informations contradictoires ont été diffusées et publiées sur l'émission ou non d'un signal de détresse. Selon la compagnie nationale égyptienne, l'avion a émis «un message de détresse» capté à 02h26 GMT, moins de dix minutes avant que l'A320 ne disparaisse définitivement des écrans radars, a précisé un responsable d'EgyptAir à l'AFP. Mais cette information est ensuite démentie: aucun message n'a été émis selon l'armée égyptienne, ce que confirme une source anonyme au sein de l'aviation civile grecque, toujours selon l'AFP

«Un événement brutal»

«Si l'équipage n'a pas envoyé de message d'alerte, c'est que l'événement a été très, très brutal», a expliqué Jean-Paul Troadec, ancien directeur du Bureau d'Enquêtes et Analyses (BEA) pour la sécurité de l'aviation civile en France. «Un problème technique d'habitude, un incendie, un problème de panne moteur ne produit pas l'accident instantanément et l'équipage a le temps de réagir. Là, l'équipage n'a rien dit, n'a pas réagi, donc il s'agit très probablement d'un événement brutal et on peut penser effectivement à un attentat», a-t-il affirme dans une interview sur Europe 1.


 

Mais Jean-Paul Troadec n'est pas en mesure de confirmer l'hypothèse d'un attentat pour l'instant, seules les boîtes noires de l'avion permettront de déterminer qu'il s'est passé. Problème: l'avion est recherché dans une zone où les eaux sont très profondes. Il précise tout de même que s'il s'agissait seulement d'une faille du transpondeur de l'avion, il se serait posé à l'heure qu'il est. L'avion a «effectué un virage de 90 degrés à gauche puis de 360 degrés à droite en tombant de 37 000 à 15 000 pieds» avant de disparaître des radars, a indiqué le ministre grec de la Défense, Panos Kammenos lors d'une conférence de presse. Le parquet de Paris a annoncé qu'il ouvre une enquête sur le crash de l'avion en mer et confirme qu'«aucune hypothèse n'est écartée»

En revanche, un signal automatique a été envoyé par l'avion, a déclaré Serafim Petrou, qui dirige les contrôleurs du trafic aérien en Grèce, rapporte le New York Times. Ce type de signal se produit lorsqu'un «gros choc» arrive, détaille-t-il.

Piloter avant de communiquer

Les règles de l'aviation veulent cependant qu'un pilote se concentre sur la maîtrise de l'appareil. Chris McGee, pilote de vols commerciaux, explique ainsi à Sky News qu'il y a deux choses qui peuvent empêcher un pilote de donner l'alerte aux contrôleurs aériens: «s'il y a une intervention humaine, si quelqu'un empêche le personnel de bord de le faire» (comme dans le cas d'un attentat) ou «si l'équipage est trop occupé à trouver ce qui se passe dans l'avion et qu'il se concentre là-dessus».

Elle continue: «la première chose que l'on apprend lorsque l'on commence à piloter un avion, c'est de d'abord gérer les problèmes, puis de communiquer. Donc si vous avez trop de choses à gérer, vous n'avez pas le temps d'en référer aux contrôleurs aériens.» C'est en effet ce que l'on peut lire dans ces recommandations de la Federal Aviation Administration, l'entité américaine en charge de l'aviation, la règle est simple: «pilotez, naviguez, communiquez» («Aviate, navigate, communicate», en anglais).

Si l'hypothèse de l'attentat est envisagée, c'est aussi que le contexte est particulier en Égypte et en France. Les avions d'EgyptAir ont plusieurs fois été la cible de détournements ces dernières années. En mars, un homme avait pris en otage cinquante-cinq passagers d'un vol parti d'Alexandrie, avant de les relâcher (et d'accepter de prendre une photo). Mais surtout, en octobre 2015, un avion russe parti de Charm el-Cheick a explosé en vol au dessus du Mont Sinaï, 224 personnes sont mortes, et l'État islamique avait revendiqué l'action. Les responsables politiques français et égyptiens n'affirment rien pour l'instant, contrairement au candidat à l'investiture républicaine Donald Trump qui n'hésite pas déjà à parler de ce qui «ressemble à un attentat».

Mélissa Bounoua
Mélissa Bounoua (93 articles)
Rédactrice en chef adjointe de Slate.fr
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