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Vol MS804: faut-il regarder les chaînes d'infos, Twitter ou tout couper?

Alexis Patri, mis à jour le 19.05.2016 à 11 h 15

En attendant que l'on en apprenne plus sur la disparition de l'avion à destination du Caire, tout ce qu'il faut savoir tient dans vos Trending Topics.

Logos et capture d'écran Twitter / Montage Alexis Patri pour Slate.fr

Logos et capture d'écran Twitter / Montage Alexis Patri pour Slate.fr

Lorsqu'une information importante tombe de manière partielle, les chaînes d'informations se mettent en «édition spéciale» et répètent sans cesse les mêmes éléments. Cette pratique favorisée par  les formats télé et radio oblige à diffuser en continu quitte à «meubler», et reste une pratique à risques pour l'information et les téléspectateurs qui peuvent s'informer sans pousser cette frénésie.

Il s'agit d'un fait rare mais depuis ce matin les «Trending Topics», les sujets émergents sur Twitter, suffisent à comprendre ce que l'on sait de la disparition du vol MS804. La liste des 10 sujets chauds de Twitter comptait à 9 heures ce matin cinq éléments en lien avec l'avion à destination du Caire, constituant pour les journalistes un cas d'école.

Cette liste rassemble en effet presque les «5W», soit les informations essentielles (qui? quoi? quand? où? pourquoi?): le nom de la compagnie aérienne et le numéro du vol, le nombre de Français et d'Égyptiens présents dans l'avion et l'aéroport de départ de l'avion. Ses informations sont les premières à être tombées et sont les seules sûres à l'heure où nous écrivons, avec la destination du Caire et l'heure de la disparition soudaine. Exactement ce qu'on retrouve dans la rubrique «les faits» du live du Monde, souvent félicité pour sa pratique mesurée d'un exercice très délicat.

«La confusion se confirme»

En dehors de l'inquiétude plus que compréhensible des proches des passagers de l'avion, il faut nous interroger sur ce besoin de courir après la moindre information et ce que cela produit parmi les journalistes. Que ceux dont le travail est d'informer cherchent en permanence à comprendre est normal et sain. Mais la frénésie de certains informés et la course des journalistes pour être le premier à sortir une information reproduit cette fois encore un schéma que chacun doit arrêter de favoriser.

Sur les chaînes d'informations en continu, les rumeurs autour d'un éventuel message de détresse émis par l'avion ont émergé, avant d'être contredites, et ce plusieurs fois. Le démenti ainsi apporté par Bruce Toussaint sur Itélé s'est concrétisé par cette phrase lunaire: «la confusion se confirme». Diffuser ces rumeurs sème la confusion parmi les téléspectateurs qui ne regardent en moyenne les chaînes d'information que pendant un quart d'heure. Chacun quitte donc sa télévision avec une version différente et les discussions entre collègues et amis illustrent souvent une incompréhension générale, noyée sous un flux d'affirmations contradictoires. Exactement l'inverse de ce pourquoi nous travaillons à informer.

 

Au-delà des affirmations contredites quelques minutes après, l'étalage des hypothèses à grands renforts d'experts favorise aussi les rumeurs et les incompréhensions. Faire la liste de tout ce qu'il a pu se passer, que ce que certains auraient vu, sans avoir aucun élément renforçant une piste plutôt qu'une autre, revient à troubler sans informer et à accroître inutilement l'anxiété du téléspectateur en supposant le pire. Quant à l'utilisation de duplex pour donner les hypothèses évoquées à l'étranger, cela n'a aucun sens, surtout dans un pays où la presse est aussi peu libre qu'en Égypte.

Le flux de non-informations est aussi complété par les politiques qui veulent montrer leur implication dans la gestion de la crise. Prises de parole creuses, photographies de réunion de crise qui ne disent rien, les éléments sont toujours les mêmes et nous les utilisons à chaque fois pour alimenter la machine sans vraiment réfléchir à ceux qui reçoivent ses éléments.

Oui, dans ce cas précis les Trending Topics de Twitter doivent suffire aux internautes. Mais il ne faut pas se méprendre: le réseau social demeure le principal lieu de diffusion des rumeurs les moins vérifiées. Couper les sources d'informations pour quelques heures n'est pas faire l'autruche, c'est parfois simplement salutaire.

Alexis Patri
Alexis Patri (21 articles)
Journaliste
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