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Titiou Lecoq
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Twitter, le tout à l'ego
Pourquoi ce réseau social ne va pas conquérir le monde.
Alors que l'ensemble de mes confrères n'a que Twitter à la bouche et sur l'écran, depuis le début je résiste à cette déferlante. Mais entendons-nous bien, je ne suis pas dans une posture gaullienne, je ne me dresse pas pour proclamer que Twitter ne passera pas par moi. Ma résistance est molle, je n'ai aucunement besoin de mobiliser mon immense volonté pour lutter contre. Simplement, Twitter ne m'attire pas. Je suis inscrite évidemment. J'ai dû publier trois tweets en deux ans mais je n'aime pas. Or ce qui dans le milieu du journalisme et du blog donne de moi une image d'excentrique («ah oui, c'est toi qui aimes pas Twitter, c'est ça ? ») fait en réalité de mon humble personne une utilisatrice totalement représentative, archétypale du site de micro-blogging : je ne suis pas anti-Twitter, je suis simplement l'utilisatrice Twitter lambda.
Si les journalistes ne cessent de tweeter et de parler de Twitter dans leurs articles, ils sont en partie victimes d'un effet de loupe déformant. Ils oublient que l'énorme majorité des internautes, et donc de ceux qui les lisent, ne l'utilisent pas. Certes, on a été bluffé par l'augmentation exponentielle du nombre d'inscriptions - et encore, il semble bien marquer le pas. Mais évaluer la valeur d'un site en ne prenant en compte que son nombre d'inscrits donne une vision totalement erronée de la réalité. C'est appliquer sur le web une grille d'analyse qui ne fonctionne pas. A combien de sites êtes-vous vous-mêmes inscrits dont vous ne vous servez pas? Ce qui compte pour évaluer un site n'est pas le nombre d'inscrits, qu'on confond trop souvent avec le nombre d'utilisateurs, mais le nombre d'utilisateurs actifs.
Or, selon une étude menée sur 300.542 inscrits, choisis au hasard en mai 2009, 10% des utilisateurs de Twitter génèrent 90% du contenu. 60% de ceux qui s'inscrivent abandonnent au bout d'un mois (mais restent la plupart du temps comptabilisés dans les utilisateurs, on voit donc que le nombre de nouveaux inscrits montre davantage la curiosité pour le site que l'intérêt réel qu'il génère). Et le temps de latence entre deux tweets serait de 74 jours. Ce qui tendrait à prouver d'abord que je suis bien une utilisatrice lambda, et ensuite que Twitter est un service à sens unique, pas si 2.0 qu'on le pense.
Pourquoi Twitter ne va pas conquérir le monde
J'ai eu beau répéter que Twitter, c'était sacrément nase, au bout d'un moment, il a bien fallu que je trouve d'autres arguments que «j'aime pas, 140 signes c'est nul, les crashs d'avion en direct je m'en fous, je suis pas Iranienne, ça me sert à rien». Finalement, trouver des arguments expliquant mon désintérêt total pour la chose n'a pas été si compliqué que ça. Parce que, si on y réfléchit bien, quel est l'intérêt de Twitter pour des gens qui ne peuvent pas tweeter en exclusivité une baisse du taux directeur de la FED? A peu près zéro, en tout cas, en l'état actuel des choses. Si sur Facebook, vous risquez un jour d'avoir une demande d'ami venant de votre mère, la probabilité pour que ça arrive sur Twitter est nulle. L'info en temps réel qui fascine tant les journalistes n'est pas une drogue universelle. Twitter est une avancée technologique incontestable, ne serait-ce que pour l'excellence de son moteur de recherche, une étape importante dans l'histoire des réseaux. Pour autant, il n'est précisément qu'une étape. L'info en temps réel qui servirait le plus grand nombre d'utilisateurs serait l'info de proximité. Par exemple, si toutes les écoles avaient un compte twitter, elles pourraient tenir informés les parents d'élèves de l'absence des professeurs au jour le jour. De même, le twitter de la ligne de métro 7 aurait pu me prévenir que les trains ne s'arrêtaient pas à la station Opéra jeudi matin. Le regroupement de toutes ces infos de proximité serait intéressant et pourrait constituer un développement possible pour le site. Sauf que, à terme, ces infos pourraient tout aussi bien exister sur Facebook, à travers les «feeds». Pour cela, Facebook a mis en place deux innovations. La refonte des pages officielles dont on peut devenir «fan». Et surtout, le paramétrage plus précis de ces actualités qui apparaissent sur votre home page. Vous pouvez choisir de masquer certaines applications (par exemple: masquer l'application "Paf le chien") et vous pouvez masquer toutes les actualités d'une personne, ce qui permet d'avoir un fil dans lequel n'apparaissent plus que les gens et les types d'infos qui vous intéressent.
La veille Internet
Un des arguments pro-Twitter, c'est l'utilisation du service comme d'une veille Internet. En choisissant les gens que vous suivez, vous savez qu'ils vous tiendront au courant d'un certain type d'informations et partageront avec vous les liens web du jour qui leur ont semblé les plus intéressants. Ils font donc à votre place une partie du travail de surveillance de ce qui se passe sur Internet. Mais là encore, il s'agit d'une fonctionnalité qui n'intéresse que les spécialistes. Certes, tout le monde aime envoyer des liens à ses amis et faire tourner le «lol». Mais on le fait soit par mails parce que le lien en question s'adresse à un ami précis, soit en statut Facebook - toujours dans l'idée de partager avec ses amis, mais cette fois la totalité d'entre eux. Or sur Twitter, la constitution de l'audience ne rejoint pas celle du réseau d'amis. Publier un lien sur Twitter, ce n'est pas offrir du lol à ses potes, c'est nourrir son audience, cultiver son personal branding - toute chose dont le quidam se contrefout.
Le personal branding justement
Argument ultime: «tu devrais te servir de Twitter pour développer ton audience». Mais les gens veulent-ils vraiment développer leur audience? La plupart des internautes font attention à leur image sur Internet, à leur identité numérique. Pour autant, il ne s'agit pas de se constituer en marque. Il y a fort à parier qu'ils n'en voient pas l'intérêt. Là où une petite portion des internautes, journalistes, technophiles, veut être la première à dénicher tel lien, à rapporter telle actu, les autres internautes préfèrent parler de la vidéo que tout le monde a vue. Pour eux, l'Internet 2.0, ce n'est pas le travail, ce sont des moments de détente au milieu de la journée de boulot. Leur identité numérique n'a pas pour finalité de se créer une notoriété mais simplement de maintenir le contact avec son réseau d'amis, de draguer et de se marrer.
Mais pourtant, je rentre dans la cible de Twitter...
En reprenant tous ces points, je constate que Twitter s'adresse à une cible bien précise dont je fais a priori partie. Alors pourquoi une journaliste/blogueuse ne sert pas de Twitter pour se faire connaître?
D'abord se faire connaître pour quoi? La limite de signes interdit la création de contenu. Il ne s'agit donc que de faire circuler les liens - ce qu'on appelle le web de flux. Agréger des liens c'est bien vouloir se créer une audience. Après tout, pourquoi pas, mais tout le monde ne pourra pas le faire et c'est tant mieux. Si toute la blogosphère migre sur Twitter, qui va créer du fond? Parce que, pour balancer un lien, il faut bien que quelqu'un quelque part ait fait quelque chose, écrit un article, monté une vidéo, pris une photo. Proclamer la toute-puissance de Twitter et du web de flux, c'est oublier que le site n'est en réalité qu'un moyen d'accéder plus facilement au web de «fond». Il ne s'agit pas d'une pratique Internet supérieure. Et à tout prendre, je préfère passer une heure à bloguer qu'à tweeter ce que d'autres ont écrit.
L'autre dérive qui m'a convaincue d'arrêter Twitter si rapidement que je n'ai même pas commencé, c'est l'ambiance de la twitosphère française. Soyons clairs: le twitter français c'est le plus grand concours de bites jamais organisé dans notre pays. Un genre d'olympiade du phallus. (Auquel les femmes participent évidemment mais plus souvent en tant que spectatrices depuis les gradins: si les filles sont très suivies, elles seraient beaucoup moins retweetées que les hommes.) Un concours de mesquineries qui ne semble pas avoir lieu aux Etats-Unis où les tweets ont une portée plus positive, servent à faire connaître plutôt qu'à dézinguer. A l'inverse, en France, les clashs publics entre utilisateurs se multiplient et deviennent un moyen d'affirmer sa puissance virile, quitte à dire des choses pas totalement justes, 140 signes obligent, mais dont on est certain que ça va créer... du buzz. Du buzz sur sa marque personnelle. Et «buzz» + «personal branding» n'est pas précisément l'équation de ce qu'on a fait de mieux sur internet.
Titiou Lecoq
Image de une: CC Flickr E|...|
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Comments
Twittosphère française...
Pas si étonnant qu'en notre royaume, le tweet soit détourné de son but : les Français ont toujours eu le culte du bon mot. Un esprit de compétition renforcé par la gageure suprême, le nombre fini de caractères. Ou comment montrer qu'on a la plus grosse dans un espace restreint.
Merci en tout cas pour ce réjouissant article sur un phénomène que les non journalistes peinent à comprendre...
Blogguer en 140 caracteres
Personnellement j'ai du mal à comprendre l'intérêt de twitter, tout comme les statuts MSN ou facebook.
Dire que je suis heureux, pas content ou que je mange une pizza, super....
Une info en 140 caractères je n'en vois pas trop l'intérêt. Ça revient au bandeau CNN ou France24. en plus si je veux le faire, j'en ai déjà la possibilité sur mon blog. Je peux me limiter à 140 caractères et ensuite éventuellement mettre un contenu plus évoluer.
Quand au fait que ca permette à des populations de s'exprimer, c'est à mon avis un oubli (bienvenu) de filtrage de la part des autorités en question. Si elles avaient interdit twitter comme elles interdissent ou filtrent d'autres sites ça n'aurait rien permis.
Oui je n'utilise pas les réseaux sociaux ;-)
Confession d'un Facebooker hypocrite...
D'abord merci pour cette excellente analyse... empirique mais tellement juste.
Ayant bossé du côté commercial des news j'ai jamais très bien compris pourquoi mes collègues étaient si fiers d'avoir "sorti" une news trois minutes avant LCI... comme si le public regardait toutes les chaînes de news en même temps pour voir lequel sortirai le prochain lapsus de Sarko.. la vérité c'est qu'on s'en tamponne le coquillard ( j'aime cette expression même si je ne sais pas très bien ce qu'est un "coquillard").
Alors soyons honnête (juste cinq minutes, sinon on va passer pour un faible)... Je Facebouque pour qu'on s'intéresse à ce que je fais... voire même, peut être, à qui je suis. Je Twitt pour lustrer mon ego et faire passer mon message que tout le monde sait être mon médium (alors que pour les massages j'utilise l'indexe). Grâce au web 2.0 je suis une star avec huit personnes pendant 1 seconde et trois dixième... ça me fait du bien... je ne suis plus seul....
Twitter est excellent outil
Twitter est excellent outil de réception et de diffusion de l'information. Personnellement j'essaye de faire la distinction entre Facebook qui reste un espace purement privé où je communique avec mes amis, sans recevoir d'information venant de mes sites préférés, et Twitter, où je reçois de l'information (Twitter est un gigantesque agrégateur de fils RSS) et la diffuse si je la trouve intéressante. Enfin les comptes Twitter que je suis ne sont pas nécessairement mes amis et réciproquement.
Cenzo
Not Bad
J'aime bien l'utilisation que tu envisages de Twitter, ça peut vraiment donner qqch; le truc de chaque entité qui peut devenir média comme la ligne 7 du métro ou un cimetière. Sinon, le problème de l'identification du nombre d'inscrit au taux de fréquentation est bien mis en valeur et montre à quel point la culture du chiffre sur Internet est prépondérante et doit être désacralisée. Le chiffre devient un outil du buzz, non plus une réalité puisque decontextualisé à des fins marchandes. C'est ce qui fait aujourd'hui de Twitter un objet de controverse et permet de s'interroger sur sa réelle utilité.
M.L.
Twitter n'est pas un réseau social
J'avais commencé un long commentaire, mais finalement, ça vaut un post complet :)
http://www.do-as-i-say.com/notes/2009/10/twitter-est-il-pour-tout-le-monde/
En bref : c'est plutôt un faux procès qui est fait ici. En effet, si on n'a rien à dire ou "partager", Twitter ne sert à rien (ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse pas quand même faire du bruit avec ; c'est comme dans la vie, hein, les conversations de bar sont en général à peu près du même niveau, ça n'empêche pas qu'on peut s'y amuser, voire y dire vraiment des trucs parfois). Et d'une manière générale, Twitter sert à ce qu'on en fait (encore faut-il inventer des usages).
Cela dit, tweeter n'a rien d'une obligation ni d'un critère de modernité ou de coolitude, fort heureusement.
Inventer de nouveaux usages...
Merci pour l'article que j'ai eu de l'intérêt à lire, je crois qu'il y a vraiment à réfléchir sur ces problématiques en ce moment.
Pour ma part, j'utilise Twitter depuis tout juste un mois, et c'est d'abord par choix tactique. Je suis écrivain, philosophe à mes heures, et la difficulté de diffuser aujourd'hui des textes tant dans l'édition que sur le web m'a amené à envisager d'en passer par les réseaux sociaux, vis-à -vis desquels j'ai toujours eu par ailleurs une certaine répugnance. En gros, mon sentiment est que si des gens veulent se raconter leurs humeurs du moment, ils feraient aussi bien d'aller boire un verre ensemble. Et pourtant je crois qu'il faudrait aussi prendre en compte le fait que beaucoup des usagers de twitter ou de facebook sont pris dans la nasse d'une bureaucratie dont ils cherchent ici et là quelques moyens de s'échapper...
Par contre je vois aussi sur Twitter des gens vraiment intéressés. L'exercice de condensation en 140 caractères n'est pas inintéressant. Ecrire un haiku me semble d'ailleurs plus intéressant que de poster un énième lien vers une vidéo périmée. Je pense donc qu'il y a à trouver de nouveaux modes d'utilisation des réseaux sociaux, et des modes qui entraînent une réelle implication de l'utilisateur.
Je vous renvoie par ailleurs à un article que j'ai publié sur mon blog il y a deux jours et qui vous intéressera sans doute. Il questionne certains fonctionnements des sites de réseautage social, et les mutations qu'ils révèlent.
http://mc.skafka.net/blog2009/2009/10/19/approche-critique-du-reseautage...
Bonne suite !
MC
Paradoxe ;-D
J'aime bien votre point de vue. Du coup je regarde votre fiche vos anciens articles et la je me dis j'aimerais bien suivre ce que dit cette personne ! Et voila : sans le savoir en signant vos articles et avec slate qui décide de les regrouper par auteurs vous etes en plein dans l'audience. Que faire...je suis un peu confus.
En attendant, je vais demander à slate de me donner un moyen de suivre uniquement les points de vue que j'aime bien car finalement c'est un peu ce que je faisais avec les éditos dans le passé. J'espère que ce petit paradoxe vous plaira ;-D LOL (sans lien)
www.leafar.eu
Les 46 étapes de l'accro à Twitter
Je vous invite à lire ce billet qui explique le cycle de vie dans Twitter ...
http://www.rue89.com/2009/07/07/les-46-etapes-de-laccro-a-twitter-ou-en-...
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KaizerOnion
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http://www.kaizeronion.com
http://www.twitter.com/kaizeronion
Est-ce que ça ne pourrait pas changer la donne ?...
Les recherches Bing et Google intégrant directement tweets en real-time:
http://www.techcrunch.com/2009/10/21/get-ready-for-the-firehose-search-i...
De même au delà de twitter il y a l'éco systeme avec des outils novateurs comme http://www.tweetdeck.com : recommandations, search, buzz en cours... franchement à voir pour avoir une autre vision des tweets.
Pour réflexion sur l'avenir de cette plateforme...
www.dessinemoiunboulon.net