Culture

Cannes, jour 8: à mi-parcours, une échappée dans les sections parallèles

Temps de lecture : 2 min

À côté de la compétition officielle, dominée par quatre films majeurs, les titres présentés à Cannes offrent un panorama très varié, mais d’où peinent à émerger des œuvres vraiment mémorables.

Fir Rahman dans «Apprentice» de Boo Junfeng.
Fir Rahman dans «Apprentice» de Boo Junfeng.

À mi-parcours du Festival, quatre films dominent à nos yeux la compétition officielle –c’est-à-dire les douze premiers des vingt-et-un titres en compétition. Le plus beau et accompli, Paterson de Jim Jarmusch, le plus inventif et audacieux, Personal Shopper d’Olivier Assayas, le plus singulier dans sa réinvention de personnages et de situations, Rester vertical d’Alain Guiraudie, le plus impressionnant dans les puissances pures de la mise en scène mobilisées, Sieranevada de Cristi Puiu.

Depuis le début de la manifestation, on a ici surtout commenté la compétition officielle, sans pourtant mentionner tous les titres (mais I Daniel Blake de Ken Loach est un honorable film de Ken Loach, sans plus, qui n’appelait guère de développements, et Mal de pierres de Nicole Garcia est si embarrassant de niaiserie empesée qu’il est charitable de n’en rien dire de plus).

Rigueur et cohérence

C’est aussi qu’à ce jour aucune escapade dans les dites «sections parallèles» (Un certain regard, Hors compétition, Quinzaine des réalisateurs, Semaine de la critique) n’a suscité un grand enthousiasme.

On passera sur le parfaitement inintéressant Bon Gros Géant de Steven Spielberg, adaptation du conte éponyme de Roald Dahl dont seule la célébrité de son réalisateur explique une invitation à Cannes. On laissera dans l’ombre le résultat du tour de force du tournage de l’Egyptien Clash, miroir terriblement simplificateur de la complexité de la société égyptienne contemporaine.

On espérera que Mahamat Saleh Haroun se remettra au travail sur son Hissein Habré, une tragédie tchadienne, nécessaire recueil de témoignages sur les tortures et exactions commises par le dictateur, mais film qui reste à faire.

Parmi la douzaine d’autres films découverts à ce jour, on ne s’arrêtera avec attention que sur trois d’entre eux, deux présentés par Un certain regard et un La Semaine de la critique. Ils ont en commun une certaine rigueur, une cohérence bienvenue de leur style et des enjeux dont ils traitent, même si aucun n’est exempt de lacunes.

Trop ou pas assez

Venu de Singapour, Apprentice de Boo Jun-feng accompagne l’histoire d’un jeune homme qui devient bourreau dans une prison de haute sécurité où est infligée la peine capitale par pendaison, de manière semble-t-il fort fréquente. La mise en scène s’appuie sur une puissance des plans, l’usage des lumières, des visages, du son, qui font la réussite du film. Même si celui-ci aurait gagné à être un peu moins scénarisé, les rebondissements narratifs et révélations (prévisibles) apparaissant plutôt comme des lourdeurs.

Sous-scénarisé, au contraire, et de ce fait plus proche de ce qu’on nomme «film dispositif», serait le pourtant intéressant Voir du pays de Delphine et Muriel Coulin. Le point de départ est saisissant: il s’agit d’accompagner deux jeunes femmes soldats de retour d’Afghanistan durant une séance de débriefing/retour à la vie normale lors d’un arrêt dans le «sas» de Chypre en compagnie des autres soldats de leur régiment.

Les tensions ramenées de plusieurs mois en zone de guerre et celles inhérentes à la présence de femmes dans ce milieu extrêmement masculin composent le cadre du film. Dans ce cas, c’est plutôt l’absence de développement à partir de ce «donné» qui fait la limite du film, malgré des scènes très remarquables.

Très scénarisé à nouveau, Tramontane, du Libanais Vatche Boulghourjian, est une parabole associant le destin d’un jeune musicien aveugle en quête de son identité, et le Liban lui-même toujours hanté par les fantômes de la guerre civile.

Si le scénario enchaînant les étapes de la recherche du personnage principal est un tantinet mécanique, les effets sensoriels engendrés par la succession des déplacements du personnage central transmettent un réel sentiment à la fois d’incertitude et d’exigence. La limite concerne ici ce qui aurait dû donner le souffle emportant le film au-delà de ses thèmes et de ses rebondissements, c’est à dire la musique, qui n’est pas au rendez-vous.

Jean-Michel Frodon Critique de cinéma

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