Sciences / Santé

Ebola se cache dans le corps des malades pour survivre

Temps de lecture : 2 min

Le virus Ebola pourrait être le premier virus à ARN capable de stopper sa cadence évolutive.

Vérification de l’état de santé des personnes traversant la frontière avec le Liberia, à Jendema, en Sierra Leone, le 28 mars 2015 | ZOOM DOSSO/AFP
Vérification de l’état de santé des personnes traversant la frontière avec le Liberia, à Jendema, en Sierra Leone, le 28 mars 2015 | ZOOM DOSSO/AFP

Difficile d’éradiquer Ebola. En Afrique de l’Ouest, malgré la proclamation officielle par l’OMS de la fin de l’épidémie, la Guinée, la Sierra Leone ou encore Liberia ont vu le virus réapparaître. Une étude sur l’évolution génétique du virus publiée le 29 avril dans la revue Science Advances éclaire le phénomène: Ebola semble capable de se cacher, littéralement, dans l’organisme des malades en ralentissant sa vitesse de réplication et la fréquence de ses mutations. Ce qui n’avait encore jamais été observé pour un virus à ARN, la famille dont Ebola fait partie.

La réémergence la plus récente a été observée au Liberia. Début avril, les tests effectués sur une femme de 30 ans et ses trois enfants reviennent positifs: la famille souffre d’Ebola. La mère meurt à Monrovia, quelques jours après la fermeture de la frontière entre le Liberia et la Guinée, consécutive à la réapparition du virus dans ce pays.

Selon les spécialistes, il ne s’agissait pas d’un nouveau foyer infectieux: les malades avaient sans doute été contaminés par des survivants, considérés à tort comme ne représentant plus de risque de transmission. À l’heure actuelle, une dizaine de cas de réémergence spontanée ont été répertoriés dans des foyers que l’on pensait définitivement éteints.

Figé dans le temps

Selon le consortium de trente-neuf chercheurs impliqués dans l’étude de Science Advances, le virus serait «capable» de se mettre totalement en sommeil, jusqu’à cesser de se répliquer et de muter. L’étude porte sur le cas de réémergence survenu au Liberia à l’été 2015 –initié par la mort d’une jeune fille de 17 ans habitant Needowein. À cette époque, le Liberia n’avait connu aucun cas d’Ebola depuis trois mois.

Sept personnes l’ayant approchée allaient contracter le virus et l’une d’entre elles y succomber. En séquençant la souche virale, les scientifiques ont trouvé qu’elle était génétiquement similaire à celle des autres et anciens foyers épidémiques du Liberia, ce qui signifiait que la maladie n’avait pas été transmise par un animal ou par de nouveaux malades.

Les malades ont sans doute été contaminés par des survivants, considérés à tort comme ne représentant plus de risque de transmission

En outre, le séquençage allait révéler que le virus s’était comme figé dans le temps. Normalement, les virus à ARN font des «erreurs» lorsqu’ils se répliquent, ce qui permet de dater et de retracer leur évolution. Sauf que, comparé aux souches prélevées dix mois plus tôt, le virus de Needowein ne s’était pas du tout trompé. Et si le virus est capable de ralentir sa fréquence de mutation jusqu’à la stagnation, c’est qu’il cesse de se répliquer. Chose qui n’avait jusqu’ici jamais été observée dans les virus à ARN, mais uniquement dans les virus à ADN, plus complexes.

Un auto-coma viral que les scientifiques ont su isoler lors d’autres réémergences d’Ebola, comme en mars 2015, lorsqu’un survivant guinéen infecte sa femme quinze mois après avoir été déclaré guéri. Le virus se cachait dans ses testicules: en comparant 294 de ses séquences, les chercheurs en ont trouvé 15 en retard sur leur temps.

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