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Grâce à la réalité virtuelle, je me suis transformé en lapin géant dans un film d’animation

Temps de lecture : 4 min

Le coréalisateur de la saga «Madagascar» revient avec un projet qu’il souhaite révolutionnaire: un film d’animation en réalité virtuelle.

Extrait d’un artwork de «INVASIONS!».
Extrait d’un artwork de «INVASIONS!».

Dans les couloirs du marché du festival et sous les tentes qui bordent la plage cannoise, deux lettres de l’alphabet agitent les participants: VR, comme «virtual reality», ou «réalité virtuelle». Son principe, à savoir simuler un environnement pour donner la sensation à son utilisateur d’être présent dans un monde inexistant, passionne les cinéastes et les producteurs. En effet, comment ne pas être impatient de tester, visons grand, un Avatar de James Cameron en immersion complète sur la planète Pandora? Nous n’en sommes pas là pour l’instant évidemment, mais la réalité virtuelle a pour la première fois son propre espace au sein du marché du film et alimente beaucoup de conversations.

Parmi les projets présentés, j’ai très vite été interpellé par la projection d’un court métrage de six minutes intitulé INVASIONS!. C’est le nom de son réalisateur qui m’a intrigué: l’Américain Eric Darnell a coréalisé la saga des Madagascar, l’une des franchises les plus populaire de Dreamworks. Avec ce nouveau petit film en réalité virtuelle, il nous propose d’interpréter un lapin très mignon (mais pas crétin) qui voit arriver sur Terre un vaisseau extraterrestre.

Jamais un lapin ne m’avait regardé de cette façon

Une fois le casque de réalité virtuelle ajusté, le film commence et me plonge dans l’espace. Première vertige. Si la qualité de l’image est loin d’être parfaite et les animations rudimentaires, je me suis surpris à faire un petit pas de recul en regardant vers le bas... et l’infiniment grand. L’expérience a encore pris une autre dimension quand j’ai constaté, une fois revenu sur la terre ferme, que mes jambes et mes bras s’étaient transformés en pattes de lapins.

Me voilà sur un lac gelé, face à un ami rongeur qui vient de surgir et me regarde dans le blanc des yeux. L’expérience est forcément particulière, et un peu perturbante; jamais un lapin ne m’avait regardé de cette façon. Dès lors, tout s’enchaîne: sans que je puisse bouger dans le décor (l’interactivité ne doit pas prendre le dessus sur l’histoire), un vaisseau extraterrestre surgit, des petits bonhommes bleus me menacent avec un laser terriblement réel. Ce n’est que frâce à l’intervention d’un aigle et de mon camarade aux longues oreilles que les envahisseurs échouent dans leur plan diabolique.

L’expérience n’a duré que six minutes mais elles ont suffi à me montrer tout le potentiel de ce nouveau média, à la frontière entre film d’animation et jeu vidéo. L’intrigue se déroule tout autour du spectateur et le pousse à cadrer lui-même ses propres plans. En plus d’en être un acteur, il devient donc réalisateur et cadreur du film.

Comme un spectacle de magie

Depuis le fauteuil où il est installé, Eric Darnell, le réalisateur d’INVASIONS!, guettait ma réaction. Et pour cause! Le film se nourrit et continue de se nourrir des expériences utilisateurs, explique-t-il:

L’expérience n’a duré que six minutes mais elles ont suffi à me montrer tout le potentiel de ce nouveau média, à la frontière entre film d’animation et jeu vidéo

«J’ai appris qu’ici ce n’est pas à moi de décider ce qui fonctionne le mieux, mais que c’est à l’audience de choisir: nous l’avons testé avec des milliers de personnes. On peut faire des heatmaps pour comprendre ce qui attire leur attention dans l’image. S’ils ne regardent pas là où se passe l’intrigue, je dois faire des ajustements.

Je dois faire en sorte qu’il y ait un sens pour le public et que, instinctivement, il compose le plan que je veux qu’il compose. Je parlais avec un magicien et il me disait que, si je veux que le public regarde à un endroit, il faut que moi-même je regarde l’endroit et, si je veux qu’il me regarde, il faut que je les regarde. C’est pour ça que l’autre lapin attire notre attention.»

«Ma fille de 5 ans serait dans le film toute seule»

C’est lors de l’une de ces projections qu’il a pris conscience de toute la difficulté de faire un film pour enfants qui serait complètement immersif. J’ai moi-même était impressionné par la taille des extraterrestres et ressenti un semblant de pression quand il pointent leur laser sur moi. Comment des enfants réagiraient face à cela? N’y a-t-il pas un risque de confusion qui les ferait alors confondre réalité et virtualité? Eric Darnell reconnaît que faire un film s’animation en réalité virtuelle relève du challenge:

«On a fait un teaser l’automne dernier où le lapin apparaît et se fait attraper par un aigle qui s’envole avec. On l’a montré à des gens et une femme a enlevé son casque et a dit: “J’ai beaucoup aimé, mais je ne pense pas que je le montrerai à ma fille de 5 ans. Vous avez tué le lapin. Si j’étais dans un cinéma, ça irait parce que des adultes riraient face à cet humour noir et je pourrais expliquer la situation à ma fille. Mais, avec la réalité virtuelle, elle serait dans le film toute seule, sûrement très triste.”»

Le smartphone, avenir de la réalité virtuelle?

Autre défaut: laisser le personnage du spectateur statique. Mais cette expérience n’en confirme pas moins tout le potentiel de ce genre naissant. Reste aussi à régler le moyen de diffusion une fois le projet finalisé. Les salles de cinéma capables de faire des projections de réalité virtuelles sont extrêmement rares, et très coûteuses.

Le réalisateur n’a pas encore fixé de plan précis de distribution mais il a d’ores et déjà trouvé le support, le smartphone.:

«Il y en a des milliards sur Terre, dans les poches des gens, et vous pouvez avoir de superbes expériences dessus en matière de réalité virtuelle. En ce qui concerne le modèle économique, ce pourra être semblable au player YouTube avec des publicités, peut-être que ce sera une application où les gens s’inscrivent...

Nous ne savons pas encore, mais notre but est de créer le meilleur contenu et de faire en sorte que le plus de gens le voient. Je suis convaincu que le smartphone sera un tournant pour la réalité virtuelle.»

Vincent Manilève Journaliste

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