Double XMonde

La façon dont Trump se comporte avec les femmes est... effrayante

Grégor Brandy, mis à jour le 18.05.2016 à 14 h 29

Les citations du probable candidat républicain et les témoignages des femmes qui l’ont côtoyé montrent bien qu’il ne respecte pas les femmes.

Donald Trump | Gage Skidmore via Flickr CC License by

Donald Trump | Gage Skidmore via Flickr CC License by

Chaque semaine, on pense que l’on a touché le fond avec Donald Trump; et, chaque semaine, on découvre que l’on continue de creuser. Samedi 14 mai, le New York Times a publié une longue enquête, pleine de témoignages, dans laquelle on découvre la façon dont le très probable candidat républicain à la Maison Blanche se comporte avec les femmes en privé. Pour résumer, c’est assez effrayant.

Une ancienne candidate à l’élection de Miss USA, concours de beauté détenu par Trump de 1997 à 2015, raconte ainsi que, en 1997, Trump l’a embrassée sur les lèvres au moment de se présenter: «Je crois qu’il a fait ça avec d’autres filles. Et je me disais: “Wow, c’est déplacé.”» Autre anecdote, avec laquelle débute l’article du New York Times: Trump demande à une mannequin d’enfiler un maillot de bain puis s’exclame: «Ça c’est une très jolie fifille à Trump, pas vrai?» La jeune femme en question a depuis attaqué le New York Times, qu’elle accuse d’avoir repris ses citations en y ajoutant des connotations négatives. De l’or en barre pour Donald Trump, qui y a vu une occasion de remettre en cause la totalité de l’enquête:

Les auteurs de l’article ont confirmé pour leur part à CNN que tout ce qui est dans l’article est vrai et a bien eu lieu.

Femmes de tête (mais sans traits disgracieux)

Certes, comme l’indique Alan Lapidus, l’architecte qui a conçu la casino de Trump à Atlantic City, le magnat de l’immobilier a placé des femmes à la tête de son entreprise, à l’instar de Barbara Res: «Il y avait toujours du respect pour les femmes. C’est pourquoi, malgré les commentaires qu’il fait aujourd’hui –Dieu sait pourquoi il dit des choses pareilles– quand il bâtissait son empire, les femmes en constituaient la colonne.»

Mais, s’il leur donnait des postes d’importance, il savait aussi distiller son mépris: «C’était toujours “Chérie”, “Ma chère”, précise Alair A. Townsen, ancienne maire adjointe de New York. Des choses qu’il n’aurait jamais dites à un homme. C’était pour que vous vous sentiez petite. Et il le faisait plusieurs fois.»

Après qu’elle avait pris du poids, Trump avait ainsi dit à Barbara Res qu’elle «aimait bien ses sucreries»«c’était sa façon de me dire que j’étais en surpoids», raconte-t-elle. Sa collègue Louise Sunshine avait connu un épisode similaire mais dit au New York Times avoir vécu la remarque de Donald Trump «comme un encouragement amical, pas une insulte cruelle». Ce qui ne devrait pas faire oublier, souligne Barbara Res, que Trump aimait bien que l’on remarque la joliesse de ses employées:

«Un jour, il y a eu une grand réunion. J’ai demandé à une des femmes dans le bureau d’aller prendre les commandes pour le déjeuner. Donald a dit: “Non, pas elle.” Elle n’était pas assez jolie. [...] Il voulait que les personnes présentes dans la pièce pensent que toutes les femmes qui travaillaient pour lui étaient belles.»

Pour le président et directeur de Slate.com, Jacob Weisberg, qui dédie un podcast complet à Donald Trump, le candidat à la primaire républicaine «veut que les autres hommes pensent qu’il a le choix parmi les plus belles femmes du monde. C’est de l’ego. C’est pour cela qu’il a racheté le concours Miss Univers. C’est pour cela qu’il est allé dans une émission pour se vanter de ses conquêtes. Et c’est pour cela qu’il a fait appeler par un certain John Miller, un porte-parole dont la voix ressemble étrangement à la sienne, des journalistes pour leur expliquer que certaines des plus belles femmes du monde le suppliaient de sortir avec elles». John Miller expliquait par exemple que Donald Trump avait quitté sa deuxième femme pour Carla Bruni, même s’il ne voulait pas s’engager avec elle et que «Madonna “voulait sortir avec lui”».

J’ai demandé à une des femmes dans le bureau d’aller prendre les commandes pour le déjeuner. Donald a dit: ‘Non, pas elle.’ Elle n’était pas assez jolie

Barbara Res au New York Times

Blagues douteuses et accusation de viol

Cette obsession du physique touche même sa famille. Il a, par exemple, demandé en 1997 à celle qui était à l’époque Miss Univers si sa fille Ivanka, alors âgée de 16 ans, était «canon». En 2006, Trump avait tranquillement expliqué que, si elle n’était pas sa fille, il sortirait peut-être avec.

Il existe une photo qui traduit la relation équivoque que le probable futur candidat républicain entretient avec sa fille:

En 1994, il faisait des blagues douteuses sur les seins et les jambes d’une de ses autres filles, Tiffany, qui n’avait alors que 1 an: « C’est un très beau bébé, et elle a les jambes de Marla [la mère de Tiffany]. On ne sait pas encore si elle a cette partie [il mime des seins] mais on verra...» Comme nous l’écrivions dans un article au sujet de cette remarque sur la future poitrine de son bébé, cela montre à quel point «avoir des gros seins est essentiel pour Trump».

Quand Trump dit qu’il veut empêcher les musulmans d’entrer dans le pays, ce n’est pas une gaffe rigolote

Vox

Le pire dans l’article du New York Times reste néanmoins l’accusation de viol de Donald Trump sur son ex-femme, Ivana. Comme le racontait Newsweek en juillet 2015, la scène s’est déroulée en 1989 et est racontée en détail dans un livre datant de 1993 (Gawker avait publié le passage sur son site). Si elle avait bien utilisé le mot «viol» lors d’une déposition, elle avait fait un peu marche arrière après la publication du livre:

«Lors d’une déposition, j’ai déclaré que mon mari m’avait violée. [...] En tant que femme, je me suis sentie violée comme si l’amour et la tendresse qu’il y avait d’habitude avaient disparu. J’ai fait référence à ceci comme à un “viol”, mais je ne veux pas que mes mots soient interprétés dans un sens littéral ou criminel.»

Trump a, bien évidemment, nié tout viol et n’a pas souhaité répondre au quotidien new-yorkais sur ce point.

«Traiter les femmes comme de la merde»

Comme si ces témoignages et «plaisanteries» fumeuses ne suffisaient pas à décrire la vision très spéciale qu’a Trump des femmes, Vox a publié un article qui reprend à peu près toutes les sorties du candidat, comme lorsqu’il conseillait de traiter les femmes «comme de la merde», ou quand il avait dit à une ancienne playmate, candidate dans son émission de téléréalité, que ce doit être joli quand elle se met à genoux.

Après une bonne vingtaine de saillies plus terribles les unes que les autres, Vox rappelle que cette campagne présidentielle n’a pas encore démarré... et pourtant il a déjà eu l’occasion d’attaquer Carly Fiorina, une autre candidate républicaine, en s’en prenant à son visage, demandant au public si quelqu’un allait «voter pour ça». Il s’en est aussi pris à la journaliste de la Fox Megyn Kelly, qui avait modéré un débat sur CNN, jugeant ses questions ridicules: «Vous pouviez voir du sang jaillir de ses yeux, et de son ... machin.» Il a aussi relayé un photomontage contenant une photo peu flatteuse de la femme de Ted Cruz au côté d’une de la sienne; même s’il dit l’avoir finalement regretté.

Il s’est également déjà attaqué à Hillary Clinton, qui, selon lui, si elle n’était pas une femme, «n’atteindrait pas les 5% des voix. La seule chose qu’elle a pour elle, c’est jouer la carte femme». Si Recode indique que ses commentaires se sont retournés contre lui, puisque Hillary Clinton a levé 2,4 millions de dollars dans les trois jours qui ont suivi, pour Vox il n’en est pas moins l’heure de sonner la fin de la récré:

«Il est temps de commencer à traiter ses commentaires sur les femmes avec le sérieux et la gravité que l’on emploie quand il fait des commentaires sur la race. Quand Trump dit qu’il veut empêcher les musulmans d’entrer dans le pays, ce n’est pas une gaffe rigolote. Quand il dit qu’il est important de traiter les femmes comme de la merde, ce n’est pas une bonne gaffe non plus.»

Grégor Brandy
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Journaliste
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