Culture

Il faut rendre hommage à Marvin, le bulldog si jarmuschien de «Paterson»

Vincent Manilève, mis à jour le 17.05.2016 à 17 h 42

Dans son nouveau film présenté à Cannes, Jim Jarmusch donne une place centrale au chien décédé depuis le tournage, qui mérite d'ores et déjà la Palme Dog.

Marvin, merveilleux dans «Paterson», de Jim Jarmusch.

Marvin, merveilleux dans «Paterson», de Jim Jarmusch.

On pourrait croire que le film Paterson, réalisé par Jim Jarmusch et présenté à Cannes le 16 mai, tourne seulement autour des deux personnages principaux, interprétés par Adam Driver et Golshifteh Farahani. Et, en effet, le réalisateur américain raconte une semaine dans la vie d’un couple, un conducteur de bus poète d’un côté et une femme fantasque et artiste de l’autre. Mais quand on observe un peu plus la répartition des plans et le déroulement de l’intrigue, on se rend compte qu’un troisième personnage se révèle central au fur et à mesure que le film avance: il s’agit du chien Marvin. 


Ce rôle de premier plan dans un des longs métrages les plus plébiscités de la compétition cannoise est un bulldog anglais, race bien connue pour ses expressions faciales qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, si ce n’est sur un filtre Snapchat particulièrement drôle. Il appartient à la race des molosses, ces chiens trapus, massifs, et peu amicaux au premier abord.

En réalité, Marvin est «une femelle qui joue un transgenre»

Mais dans le film, Marvin réussit à s’attirer immédiatement la sympathie du public en accompagnant Laura (Farahani) pendant la journée et Paterson (Driver) le soir au bar. La réalisation de Jarmusch est malicieuse tant les interventions silencieuses du chien sont parfaitement réglées. Quand Paterson et Laura échangent, des plans du chien, trônant sur son fauteuil en cuir, sont régulièrement intercalés. On en compte même des dizaines, longs de plusieurs secondes parfois, sur les deux heures que dure le film.

Il ne parle pas, bien évidemment, mais son expression faciale (ce mélange savoureux de nonchalance et de désintérêt) suffit à le faire participer à la conversation, et à provoquer le rire, bien évidemment. D’autres plans le montrent, par exemple, assis sur la chaise de son maître, comme un défi. Ce qui est très fort, c’est que tel un véritable acteur jarmuschien, le chien ne fait rien 90% du temps. Il n’aboie pas, mais impose son jugement sur la vie monotone des deux héros grâce à son regard triste et sévère à la fois.

Marvin va même devenir un pilier important du film puisqu’il prend part à de petites intrigues berçant le quotidien de Paterson. Sans spoiler, on peut dire que plusieurs éléments d’histoires parallèles dépendent du chien. Pour ne citer qu’un exemple, c’est lui qui va aider son maître à discuter avec un homme qu’il écoutait raper dans une laverie automatique, ou encore à prendre telle direction lors de leurs habituelles promenades quotidiennes.

Jim Jarmusch n’a pas manqué de saluer non sans malice le talent de l’interprète de Marvin lors de la conférence de presse.

«La chienne était super pour l’improvisation. C’est une femelle, qui joue un transgenre appelé Marvin, elle était extraordinaire, elle écrivait son propre dialogue. C’était très facile.»

Marvin aura la «Palme Dog»

D’ores et déjà à la croisette, on exige que lui soit remis un prix. Pas dans la compétition officielle bien évidemment, mais dans une autre, parallèle, appelée Palme Dog. Depuis 2001, ce prix parodique récompense le meilleur chien de la sélection officielle, que ce soit en compétition, hors compétition, ou à Un certain regard. L’année dernière, Lucky, un Maltipoo, était auréolé du titre pour sa performance dans Les Mille et une nuit de Miguel Gomes, mais le plus connu reste Uggie en 2011, grâce à interprétation magistrale dans The Artist.

Sur Twitter à la sortie de la première séance, les festivaliers étaient unanimes. On peut même dire que c’est la première fois cette année que tout le monde est d’accord sur le favori d’une récompense. 

«Paterson est mélancolique, un film assez touchant qui vous fait sourire tout du long. Avec le vainqueur de la Palme Dog de cette année.»

En observant le générique, on apprend que la chienne qui interprète Marvin est décédée depuis le tournage et que le film lui est dédié. Il est donc indispensable de transformer cette Palme en récompense posthume pour saluer le travail de cette actrice silencieuse, mais dont la puissance de jeu résidait entièrement dans les yeux… et dans les babines.

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
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