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Au Maroc, discriminer les mères célibataires est tout à fait légal

Temps de lecture : 2 min

Les relations sexuelles hors mariage sont interdites par la loi marocaine. Ce qui fait vivre aux «filles-mères» des situations dramatiques.

L’ONG 100% Mamans accueille les mères célibataires et leur propose de l’aide juridique et professionnelle | Capture d’écran Facebook

Rachida affirme qu’elle aurait préféré avoir un cancer qu’un bébé. Au moins, sa famille l’aurait soutenue. Alors que là elle l’a fichue dehors en plein hiver. Sanan, quant à elle, s’est retrouvée à la rue, enceinte, et s’est vu refuser une chambre d’hôtel faute de papiers d’identité. Elle a été réduite à la mendicité.

Ces deux femmes ont eu la chance de trouver un refuge temporaire dans un abri géré par 100% Mamans, un des rares organismes marocains qui accueille jusqu’à six mois les mères célibataires, leur propose de l’aide juridique et professionnelle et fournit une garderie pour les enfants.

Car, comme le souligne le journal espagnol El País, au Maroc, les relations sexuelles hors mariage sont interdites par la loi. Et les enfants qui naissent de cette infraction sont appelés «wlad ihram», c’est-à-dire les enfants du péché. Claire Trichot, qui a fondé 100% Mamans il y a dix ans, raconte ne pouvoir oublier l’histoire de Fatima, handicapée mentale enceinte à la suite d’un viol et jetée dehors par ses parents. L’organisme avait accueilli la jeune mère mais ne pouvait la garder indéfiniment, elle avait donc fait pression sur la famille pour qu’elle la récupère. Le père avait fondu en larmes en voyant sa fille et son bébé: «Ce père, comme tant d’autres, aimait sa fille. Mais la pression sociale et la honte semblaient plus fortes que lui.»

Naissances hors mariage

L’abrogation de la loi marocaine prévoyant un an d’emprisonnement en cas de relations sexuelles hors mariage ne figure dans le programme de personne, ni du parti au pouvoir, ni de l’opposition. Pourtant, quelques menus progrès on été faits en 2004: cette année-là, le nouveau code de la famille a permis aux mères célibataires d’enregistrer leur enfant à l’état civil, puis de donner leur nom de famille à leur enfant ou d’en choisir un parmi une liste de 200 noms proposés par l’administration. Mais un homme ne peut toujours pas donner son nom à un enfant conçu hors mariage.

Beaucoup de ces jeunes femmes sont considérées comme des prostituées et n’ont d’autre choix que de le devenir

En plus de la discrimination légale, ces mères sont mises à l’index socialement. La vice-présidente de 100% Mamans explique que certaines personnes leur offrent un abri, mais que, souvent, c’est pour les exploiter, y compris sexuellement. Et que, parfois, il s’agit de familles qui leur demandent en échange de leur céder leur enfant.

Au Maroc, il n’y a pas de statistiques officielles sur le nombre de mères célibataires ou d’enfants abandonnés. Les chiffres disponibles sont peu réalistes, car il y a beaucoup de trafic d’enfants et d’adoptions informelles, assure Trichot. Insaf, une association marocaine, rapporte qu’entre 2003 et 2009 30.000 bébés ont été signalés comme étant nés hors mariage. Or, pendant cette période, 210.434 jeunes femmes ont été stigmatisées parce qu’elles étaient enceintes et non mariées. Un tiers d’entre elles avaient entre 15 et 20 ans.

Pour l’éducateur Mustafa el Maarauf, beaucoup de ces jeunes femmes sont considérées comme des prostituées et n’ont d’autre choix que de le devenir: «Le problème ne se résoudra pas tant que l’État fermera les yeux et le laissera entre les mains de quelques organisations humanitaires.»

Slate.fr

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