Tech & internet

Twitter et ses 140 caractères: comment faire du neuf avec du #old

Mélissa Bounoua, mis à jour le 17.05.2016 à 18 h 39

Le réseau social revient à ce qui l'a toujours défini: les 140 caractères. Et tout le monde voit ça comme une nouveauté.

Photomontage Slate.fr

Photomontage Slate.fr

Et nous y revoilà. Twitter relance les discussions autour de son nombre de caractères par message. À peine terminés les débats sur les tweets qui allaient faire 10.000 signes, le réseau social en remet une couche. Plus de dix ans après sa création, c'est comme si Twitter se cherchait toujours. Et aujourd'hui, ce serait le retour aux fondamentaux. L'annonce évoquée par une source proche de Twitter sur le site de Bloomberg ce lundi 16 mai nous montre que le réseau social veut réaffirmer ce qui l'a pourtant toujours défini: la concision des messages.

Dans deux semaines, le site pourrait en effet ne plus décompter les URLs dans les tweets. Soit un gain de vingt-trois ou vingt-quatre caractères. Ce n'est pas négligeable et tous les tweetos de la première heure en discutent actuellement. La force de cette annonce est que la limite symbolique des 140 caractères par tweet reste, mais que le texte est plus long.

Le tweet originel

Rappelons-nous qu'il fut un temps où il était bien difficile de partager les URLs sur Twitter, parce qu'elles prenaient toute la place. C'était en 2007-2008 et il fallait vraiment bien écrire son URL pour qu'elle se transforme en lien. Nous n'avions que 140 caractères de texte, pas de photos, pas de vidéos comme aujourd'hui. Car, le service était surtout pensé pour les téléphones portables, fonctionnalité que les fondateurs arrêteront en 2008 mais qui était au cœur de l'idée de départ, puisqu'il s'agissait de permettre aux salariés de l'entreprise Odeo créée par Evan Williams et Biz Stone d'échanger de manière rapide sur internet et par textos.

En 2016, Twitter décide donc de revenir à ses débuts, comme pour dire «c'était mieux avant», le contraire du changement survenu il y a quelques mois quand, dans un souci de clarté vis-à-vis du grand public et de rapprochement évident avec les fonctionnalités de Facebook, Twitter a changé le bouton favori –la petite étoile– en «like» –le cœur.

Ce n'est qu'en 2011 que Twitter a entendu les plaintes et intégré le raccourcisseur directement dans le réseau et les photos

Twitter, l'épreuve permanente

Pour qui est aujourd'hui sur Twitter, cette vingtaine de caractères gagnés permettent de se défaire un peu plus de la limitation imposée. Mais il faut se rappeler que nous autres vieux twittos avons traversé de nombreuses épreuves pour en arriver au tweet originel, celui uniquement composé de 140 caractères de texte. À ses débuts, le site tombait encore régulièrement, victime de son succès (faisant apparaître l'icônique baleine, ou «fail whale») et les premiers tweets, en 2006, ne contenaient aucun lien et ressemblaient à ça:


Toutes les URLs n'étaient pas cliquables, il ne fallait vraiment pas se tromper. Et une URL pouvait très rapidement manger tous les précieux caractères disponibles. Heureusement, les raccourcisseurs d'URLs –qui existaient avant Twitter– allaient venir à la rescousse des internautes amateurs de bidouille. En se rendant sur des sites comme Bit.ly ou TinyURL (parmi d'autres), l'utilisateur pouvait raccourcir l'URL en question, puis revenir la copier-coller sur Twitter, pour pouvoir présenter le lien en question. Aberrant quand on y pense, et cela a pourtant duré des années. Même chose pour partager une photo, il fallait la mettre sur le site TwitPic et copier l'URL dans le tweet –le service n'existe plus, les URLs ne sont donc plus cliquables. Ce n'est qu'en 2011 que Twitter a entendu les plaintes et intégré le raccourcisseur directement dans le réseau et les photos.

Faire du neuf avec du vieux

Cette nouvelle révélée par Bloomberg vient confirmer ce que les internautes savent depuis longtemps: Twitter a toujours été précédé par ses utilisateurs. Ce sont eux qui ont défini nombre de pratiques sur le réseau social, eux qui ont largement réussi à trouver les astuces qui allaient en faire un outil incontournable. C'est le cas sur la façon d'échanger (les «replies» ou réponses sont expliquées par l'un des fondateurs en 2008), les mots-clés ou hashtags,  les recommandations d'utilisateurs (#FF), les retweets (d'abord avec RT puis automatisé par Twitter), les livetweets....

Ce type de tweet «riche» génère plus de retweets et donc de conversation

Twitter a suivi: en mettant en avant les hashtags via les trending topics (les sujets qui font parler), puis en intégrant le raccourcisseur, puis les photos et vidéos directement dans les tweets. Twitter sait que si les internautes savent qu'ils peuvent et écrire un texte substantiel et partager un lien, une photo ou une vidéo, ils le feront davantage. Or, le réseau social affirme que ce type de tweet «riche» génère plus de retweets et donc de conversation. Il a donc tout intérêt à le favoriser.

Mais aujourd'hui, nous revoilà à écrire 140 caractères de texte et tout le monde semble voir là une nouveauté. Cela ressemble plutôt à une ultime tentative pour un réseau qui n'a pas la force d'un Facebook –310 millions d'utilisateurs dans le monde contre un milliard pour Facebook– d'attirer les internautes qui n'aiment pas trop la contrainte et préfèrent la facilité. Twitter aura donc mis dix ans à apporter cette facilité aux utilisateurs. #Old.

Mélissa Bounoua
Mélissa Bounoua (93 articles)
Rédactrice en chef adjointe de Slate.fr
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte