Sciences / Santé

Les techniques des Alcooliques Anonymes fonctionnent

Temps de lecture : 2 min

Pour la première fois, une étude vient d'observer l'action sur le cerveau des «prières» des Alcooliques Anonymes. Des recherches qui confirment un peu plus l'efficacité du célèbre programme de désintoxication

Des personnes participent à une réunion de groupe hebdomadaire organisée par l'association Les Alcooliques Anonymes, le 23 janvier 2004 à Paris. | François Guillot / AFP
Des personnes participent à une réunion de groupe hebdomadaire organisée par l'association Les Alcooliques Anonymes, le 23 janvier 2004 à Paris. | François Guillot / AFP

Une étude, publiée le 25 mars dans la revue The American Journal of Drug and Alcohol Abuse, montre que les «prières» des Alcooliques Anonymes ont un effet observable sur le cerveau de ses membres. Ce qui pourrait expliquer d'un point de vue physiologique l'efficacité de ce programme de désintoxication.

Une efficacité connue: 70% des alcooliques et 49% des multi-dépendants (alcool + autre drogue) déclarent ne plus ressentir de manque une fois les célèbres douze étapes du programme effectuées, et ce pendant plusieurs années. En moyenne, grâce à 2,6 réunions hebdomadaires, un membre des Alcooliques Anonymes est abstinent depuis 6,1 ans. 73% des AA dépassent l'année de sobriété.

Une prière pour la sobriété

D'où l'idée d'une équipe de chercheurs menée par Marc Galanter, psychiatre spécialiste des effets thérapeutiques de la spiritualité et de la religion, de faire passer un IRM à vingt membres des AA pouvant témoigner d'au moins deux années de sobriété consécutives. «Nous voulions déterminer ce qui se passe dans le cerveau lorsqu'il réagit à des stimuli alcooliques – passer devant un bar, subir un stress», explique-t-il. Face à de telles épreuves, les AA ont acquis le réflexe de réciter une prière promouvant la sobriété et leur rappelant leurs engagements.

Une fois installés dans le scanner, les participants devaient regarder des images «alcoolisées» –des verres, des bouteilles, des personnes en train de boire, etc. Les images leur étaient présentées dans deux contextes: avant de les observer, les participants devaient soit réciter leur prière, soit lire un article de journal «neutre». Ensuite, ils devaient consigner, sur une échelle de 1 à 5, le niveau de manque qu'ils avaient éprouvé lors des deux expériences.

Les données neurologiques confirment

Tous les participants ont rapporté un manque bien moins sensible après avoir prié. Un ressenti confirmé par les données neurologiques: la prière anti-rechute induit une modification de zones du cerveau, et notamment du cortex préfrontal, connues pour gérer l'attention et le contrôle des émotions. Selon les scientifiques, ces observations sont généralisables à l'ensemble des AA, même si «un échantillon plus conséquent nous aurait permis d'explorer des facteurs de différentiation individuelle avec plus de profondeur», concluent-ils dans leur étude.

Galanter précise:

«Nos recherches ouvrent un nouveau champ d'investigation concernant les modifications physiologiques susceptibles d'accompagner l'éveil spirituel et les changements de perspective chez les membres des AA.»

Il voit dans son étude la première preuve neurologique de l'efficacité du programme. Il en détaille d'autres dans son livre What is Alcoholics Anonymous? A Path from Addiction to Recovery, dont la sortie est prévue pour juillet chez OUP.

Slate.fr

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