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Angela Merkel a aussi ses frondeurs, mais sur sa droite

Temps de lecture : 3 min

Un cercle d'élus berlinois demande à la Chancelière d'arrêter son «coup de barre à gauche».

Angela Merkel I TOBIAS SCHWARZ / AFP
Angela Merkel I TOBIAS SCHWARZ / AFP

Hé oh, la droite! Inquiets de la montée dans les sondages du parti populiste AfD (Alternative für Deutschland), des députés du parti de la chancelière viennent d’interpeler Angela Merkel. Sa politique n’est pas assez marquée à droite, affirme une quinzaine d’élus regroupés dans le «Cercle berlinois». Elle a ainsi ouvert un boulevard à ce nouveau parti crédité de près de 15% dans les sondages, surtout aux dépens de l’Union chrétienne démocrate (CDU) et dans une moindre mesure du Parti social-démocrate (SPD). La grande coalition au pouvoir depuis 2013 n’a plus le soutien que d’une courte majorité, tandis que selon une enquête, les deux tiers des Allemands interrogés seraient hostile à un nouveau mandat d’Angela Merkel.

La politique vis-à-vis des réfugiés, cette «culture de l’accueil» qui a conduit à l’arrivée d’un million de migrants en 2015, est depuis longtemps mise en cause dans les milieux conservateurs allemands, notamment par la CSU, le parti frère bavarois de la CDU. Mais elle n’est pas seule en cause dans l’érosion électorale du parti de la chancelière. Les causes sont aussi à rechercher «dans le fait que la CDU, par sa politique sociale a laissé une place à sa droite», écrivent les contestataires.

Ils mettent en cause «la soi-disant modernisation du parti» qui a conduit celui-ci, sous la direction d’Angela Merkel, d’adopter des positions propres à la gauche, qu’elle soit social-démocrate ou verte: salaire minimum, retraite anticipée, construction de crèches plutôt qu’encouragement de la mère au foyer, quota pour les femmes dans les directions d’entreprise, sortie du nucléaire suppression du service militaire… Le «Cercle berlinois» ne réclame un coup de barre à droite, affirme-t-il, mais la fin du «coup de barre à gauche».

L'échec de la «triangulation»

Pendant longtemps, la droite de la démocratie chrétienne a laissé le monopole de la contestation interne à la CSU. Quand Angela Merkel était garante de la victoire aux élections, les caciques de la CDU sont d’autant plus facilement rentrés dans le rang que la chancelière avait pris soin de marginaliser les plus dangereux d’entre eux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Non seulement le prix politique pour rester au pouvoir leur semble trop élevé mais la stratégie de «triangulation» –l’adoption des positions de l’adversaire pour mieux l’étouffer– n’apparaît plus comme synonyme de victoire.

On ne doit pas tolérer de parti ayant une légitimité démocratique à la droite de la démocratie chrétienne

Franz-Josef Strauss

L’objectif de la CDU-CSU a toujours été de couvrir le spectre politique allant du centre à la droite. «On ne doit pas tolérer de parti ayant une légitimité démocratique à la droite de la démocratie chrétienne», disait Franz-Josef Strauss, figure légendaire du conservatisme bavarois. Autant par animosité envers Helmut Kohl que pour des raisons doctrinales, il a souvent menacé d’envoyer sa CSU concurrencer la CDU sur l’ensemble du territoire allemand. Il n’est jamais passé à l’acte parce que sa priorité numéro un, comme celle de tous ses successeurs à Munich, a toujours été de gouverner sans partage «l’État libre de Bavière».

Le silence de Merkel

Mais la menace est permanente. L’actuel ministre-président de Bavière, Horst Seehofer, l’agite de temps en temps. Il ne s’est pas privé de mettre en avant son désaccord profond avec la «culture de l’accueil. Si Angela Merkel ne change pas d’orientation, laisse-t-il entendre, la CSU pourrait mener une campagne autonome pour les prochaines élections législatives.» Avec la déclaration du «Cercle berlinois», il a trouvé un relai dans les milieux conservateurs de la CDU.

Depuis quelques semaines, Angela Merkel est revenue à une tactique qu’elle affectionne. Elle se tait. Elle n’a pas publiquement renié sa politique d’ouverture vis-à-vis des réfugiés. Elle n’a pas cédé à ceux qui réclamaient la fixation d’un «plafond», mais elle a fait en sorte que le nombre des arrivées diminue de manière drastique, grâce à la fermeture de la «route des Balkans» –qu’elle a officiellement critiquée mais dont elle profite– et à l’accord avec la Turquie qu’elle a personnellement négocié avec le Premier ministre Ahmet Davotuglu, démissionnaire depuis.

Son silence montre toutefois qu’elle se garde encore pour un temps ouvertes toutes les options

Feu de paille?

Écoutera-t-elle ceux de ses amis politiques qui demandent un retour aux valeurs traditionnelles de la démocratie chrétienne? Elle n’éprouvera aucune réticence idéologique à le faire si elle estime que le maintien au pouvoir est à ce prix. Son silence montre toutefois qu’elle se garde encore pour un temps ouvertes toutes les options. Elle peut juger que les bons scores promis aux populistes de l’AfD ne sont qu’un feu de paille et que dans tous les cas, il est hors de question de gouverner avec eux. Les coalitions possibles se situent soit au centre, si les libéraux, éliminés du Bundestag en 2013, réussissent leur retour, soit à gauche, avec la reconduction de l’alliance avec le SPD ou un gouvernement «noir-vert» avec les écologistes.

Une telle hypothèse avait déjà été évoquée après les élections de 2013. Elle parut alors prématurée. Depuis, un gouvernement «noir-vert» dirige le Land de Hesse et surtout le Bade-Wurtemberg vient de se doter d’une coalition «verte-noire», c’est-à-dire d’une entente entre les écologistes et les démocrates chrétiens, sous la direction d’un ministre-président vert. Une première en Allemagne. Or les alliances régionales ont souvent servis de banc d’essai à de nouvelles constellations nationales.

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