Monde / Culture

La Corée a un incroyable talent

Temps de lecture : 3 min

Vous entendez «Corée» et vous pensez aux folles pitreries d'un inénarrable tyran, à la dérive sans limites de la chirurgie esthétique? Jetez vos oeillères et découvrez des millénaires d'histoire de ce fascinant pays à travers sa céramique, parmi les plus admirées et recherchées au monde.

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Pour comprendre l'esprit qui anime cet art du feu coréen, il faut regarder une «Moon Jar», sorte de grand vase aux doux flancs arrondis. Ou plutôt, s'absorber dans la contemplation de cet objet qui semble si simple de prime abord: sans décor, pas vraiment rond (deux parties étaient fabriquées séparément avant d'être assemblées, d'où une forme finale qui peut sembler hasardeuse), ni complètement lisse, ni vraiment blanc. Mais ses lignes imparfaites, sa couverte laiteuse et sa luminosité lunaire résument à elles seules cet art délicat et formidablement épuré propre à la dernière partie de la période Joseon (1392-1910).

La «jarre de lune», ou Dal hangari, dont la forme est exclusivement coréenne, servait à stocker riz, sauce soja, alcool –ou recevait une brassée de fleurs. Large et haute d'environ 40 à 50 cm, ses irrégularités étaient considérées comme autant de traces de la force des choses, un désir de la nature d'imprimer sa marque, et le devoir de l'homme de ne jamais entraver son cours.

Peu d'entre eux ont traversé les siècles. Symboles d'une pureté et d'une simplicité poussées à l'extrême, ces vases coréens inspirent encore nombre d'artistes actuels. Mais en réalité, le Dal hangari cache toute la complexité de la philosophie et des idées de la dernière dynastie royale de l'antiquité coréenne. L'aristocratie lettrée de l'époque adoptait les préceptes neo-confucéens de frugalité, de tempérance et de sobriété. Le Dal hangari était demandé jusqu'à la cour. Quasiment une anomalie au sein d'une époque au cours de laquelle on mesurait plutôt richesse, influence et puissance à l'aune d'objets toujours plus techniques, plus ouvragés, plus ornés, plus flamboyants...

Terre et feu ont de l'esprit

Certes, la céramique naît de la de terre et du feu dans le monde entier, mais toutes les productions artistiques ne sont pas égales. En 300 pièces exposées, dont de nombreuses ont été désignées «Trésors» et «Trésors nationaux», depuis les prémices à la production contemporaine, le Grand Palais (en collaboration avec le National Museum of Korea) entraîne les visiteurs au gré de la tradition historique du «Pays du matin calme».

La balade débute par la période des Trois royaumes (du Ier siècle avant J.C. au VIIe siècle après J.C.) en allant vers l’ère contemporaine, en passant par les dynasties Goryeo et Joseon. Ces «chefs-d'œuvre de la céramique coréenne» célèbrent aussi l'année France–Corée du Sud ainsi que le 130e anniversaire des relations diplomatiques entre Paris et Séoul.

À la différence des céladons chinois, les céladons coréens arborent des motifs incrustés et non peints. Réservés à une élite, ils ont la réputation d'être les plus beaux au monde

Si l'art céramique coréen s'est développé sous l'influence de modes venues d'Asie centrale et de Chine, la Corée n'a pas tardé à développer ses savoir-faire et goûts propres. Sous la dynastie Goryeo ou Koryŏ (918-1392), on a coutume de déguster du thé et du vin, pratiques qui vont s'assortir de nouvelles typologies d'objets façonnés par les artisans coréens.

La production céramique s'intensifie, accompagnant chaque aspect de la vie quotidienne, de la naissance aux rites funéraires.

Typiques de cette ère, les céramiques céladon se reconnaissent à leur fine glaçure d'un vert tendre, parfois tirant sur une nuance bleu-gris, à la beauté translucide. À la différence des céladons chinois, les céladons coréens arborent des motifs incrustés et non peints. Réservés à une élite, ils ont la réputation d'être les plus beaux au monde. La production de céladons décline avec l’invasion mongole de 1231.

Techniques novatrices

À travers les échanges commerciaux, l'évolution de la matière et l'utilisation de nouveaux pigments pour la couleur, la céramique s'orne aussi peu à peu d'une multitude de motifs. Tantôt végétaux, animaliers (chamanisme et animisme trouvent encore leur place dans la société coréenne), les motifs sont créés à partir de techniques novatrice, comme le brossage à l’oxyde de fer, la sculpture au poinçon ou l’incrustation d’argile avant vernissage et cuisson.

Quand la dynastie Goryeo disparaît, la porcelaine s'épure et se dépouille pour incarner, comme on l'a évoqué avec les «Moon vases», les idéaux en vogue. En parallèle de ce courant, la production est aussi devenue de plus en plus fine, plus délicate. La mode est aussi aux coloris variés, inspirés par les compositions florales.

Mais toutes les pièces exposées ne sont pas fragiles et éthérées; le caractère pratique de certaines pièces, l'usage qui était le leur exigeait aussi un aspect massif, une résistance à la manipulation. Solides ou légères, installations monochromes ou à l’inverse très colorées, l'exposition reflète la pluralité de la production céramique coréenne, sa «capacité de traduire les évolutions de l’esthétisme et de l’identité coréenne», selon Stéphanie Brouillet (Cité de la Céramique) et Park Hyewon (NMK National Museum of Korea), commissaires de l'exposition.

«La Terre, le Feu, l'Esprit –Chefs-d'oeuvre de la céramique coréenne»

L'exposition est co-organisée par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais et le Musée National de Corée, avec le concours de Sèvres-Cité de la céramique. La manifestation est organisée dans le cadre de l'Année France-Corée 2015-2016

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Elodie Palasse-Leroux

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