Culture

Plaidoyer pour les voyages en solo

Aude Lorriaux, mis à jour le 14.05.2016 à 21 h 02

Vous trouvez bizarre de voyager seul? Mais non! C'est formidable. Voici quelques excellentes raisons d'attraper son sac à dos en solo.

the UAE / by Victoriia Z via Flickr CC License By

the UAE / by Victoriia Z via Flickr CC License By

Il y a deux sortes de réactions lorsque vous dites à quelqu’un que vous avez passé une semaine ou un mois à voyager seul dans un pays lointain. Les premiers vous regardent avec une sorte d’étonnement admiratif. Les seconds, plus fréquents, vous toisent avec gêne, incompréhension, distance. «Mais pourquoi s’infliger une telle chose?», semblent dire leurs yeux:

Pourtant, prendre son baluchon comme un grand est désormais plutôt répandu. Selon une étude parue en mai 2015, 24% des touristes ont voyagé seuls lors de leur dernier séjour, contre 13% il y a seulement deux ans.

Et surtout, voyager seul peut être une formidable expérience, comme l’explique Valerie Joy Wilson sur le Huffington Post, qui m’a donné l’inspiration pour ce petit billet. Contrairement à l’idée qu’on peut en avoir, c’est loin d’être une activité pour égoïste lassé de vivre en groupe. C’est tout l’inverse. Quand on est livré à soi-même, on est en fait beaucoup plus à même de sortir de sa bulle, de ses habitudes, de son cercle restreint d’amis.

Voyager seul, c’est sortir de sa zone de confort, pour s’ouvrir pleinement aux habitants, aux paysages, aux émotions que le périple laisse sur notre chemin.

Sortir de sa classe sociale

La première fois, j’avais 17 ans. Aujourd’hui, on trouverait peut-être totalement inconscient qu’une jeune femme de cet âge puisse parcourir deux pays étrangers - l’Allemagne et l’Autriche - sans être accompagnée, qui plus est sans avoir rien planifié à l’avance. Pourtant, cette odyssée m’a appris plein de choses, et m‘a sans doute fait mûrir plus vite. J’ai rencontré des personnes que je n’aurais jamais croisées dans ma vie de lycéenne: une artiste curieuse de me voir lire seule sur un banc, un groupe d’ouvriers et d’ouvrières qui m’ont prise sous leurs ailes, des musiciens amusés de voir une «Frenchie» déboussolée débarquer dans une fête étudiante totalement par hasard…

Alors qu’il est difficile de se joindre à un groupe d’amis déjà constitués, une personne seule est bien plus accessible, plus abordable. Avec parfois de légers inconvénients certes, mais aussi plein de belles surprises!

Surtout, voyager seul permet de sortir de sa classe sociale. Je me souviens d’une rencontre qui m’a particulièrement touchée. Le pouce tendu pour faire du stop, je me suis retrouvée dans un petit camion déglingué, fenêtre cassée à ma droite et volant scotché à ma gauche, à papoter avec un peintre en bâtiment, chanteur de raï à ses heures perdues. Tout en sillonnant la nationale - l’autoroute était bien trop chère pour lui, et ma bourse d’étudiante ne me permettait pas non plus de le lui payer - il m’a chanté tout son répertoire, pendant trois heures de sourires échangés et de franches crises de rire. Sa joie et sa bonne humeur étaient très communicatives. Une fois sa voix définitivement épuisée, il a fondu en larmes, en me racontant l’histoire de son amoureuse restée au pays. Jamais, si j’avais été accompagnée, je n’aurais eu droit à ces confidences précieuses.

Rencontrer des locaux

Voyager seul, c’est aussi le plaisir de rencontrer des locaux, et de pouvoir, au dernier moment, décider de passer une journée avec eux, sans risquer de vexer ou d’ennuyer ses co-voyageurs. C’est ainsi que, quelques années après mon premier long voyage toute seule, j’ai pu visiter Chengdu, en Chine, avec un couple originaire de là-bas, rencontré la veille dans le train de nuit qui m’y menait. Qui m’aurait montré les petits restaurants, les jardins cachés, si j’avais été accompagnée?

Bien sûr, il est possible aussi de faire ce type de rencontre lorsqu’on voyage à deux, et cela m’est aussi arrivé. Mais il faut le reconnaître: à deux, ou pire, à trois ou quatre, on est toujours tenté de se réfugier dans ce que l’on connaît.

Apprendre sur soi

Et puis accepter de voyager seul, c’est aussi saisir les opportunités qui se seraient envolées si l’on avait dû attendre de convaincre untel ou de coordonner son agenda avec sa meilleure amie. «Si je n’avais pas voyagé seule, je ne serais pas allée à seulement une fraction des endroits que j’ai visités. (...) J’ai vu presque toutes les merveilles de ce monde moderne, j’ai voyagé dans des pays en guerre civile et j’ai été le témoin de l’Histoire, j’ai dîné avec des gens du coin et je me suis fait des amis à travers la planète, pendant que mes amis à moi restaient chez eux, ou fréquentaient les Starbucks et les bars du coin», plaide Valerie Joy Wilson.

Faire le choix d’un tel pèlerinage permet d’apprendre énormément sur soi-même. Confronté à une situation plus difficile, plus inattendue que d’habitude, on réalise alors de quoi on est capable… ou pas. Et ce dont on a besoin. Sans être influencé pour cela par le regard d’autrui. Telle escapade urbaine nous épuise, et nous renvoie à un besoin profond de calme, le besoin de se recentrer sur soi. Tel séjour à la campagne nous ennuie, et nous fait comprendre que ce qui nous passionne le plus, ce sont les discussions à n’en plus finir dans un bar au coin de la rue, au milieu d’une foule animée.  

Un geste féministe

Enfin, et c’est sans doute la meilleure et la plus profonde des raisons, attraper un beau jour son sac à dos et partir sans se soucier des autres est un acte profondément libérateur, qui donne énormément confiance en soi.

«Voyager seule m’a permis de prendre conscience de toutes les choses incroyables que j’étais capable de faire, comme ma capacité à me faire des amis facilement, à prendre soin de moi, et à diriger ma vie», estime la bloggueuse.

C’est un processus qui nous transforme et nous renforce. Un geste quasiment féministe lorsque l’on est une femme: une façon de dire merde à tous ceux qui nous disent que c’est trop dangereux pour nous, et de devenir encore plus forte au bout du compte. Pour affronter tout le reste, toutes les autres choses qui nous sont tacitement défendues.

 

Aude Lorriaux
Aude Lorriaux (226 articles)
Journaliste
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