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La dépression est-elle un problème de synchronisation cardiaque?

Temps de lecture : 2 min

Le cœur des mères qui ont souffert de dépression au cours de leur vie ne réagit pas aux émotions comme celui de leurs enfants. Un défaut de synchronicité qui pourrait expliquer la transmission familiale du trouble mental.

Une mère qui a souffert de dépression n’est pas en phase avec ses enfants d’un point de vue cardiaque | Eden, Janine and Jim via Flickr CC License by

L’environnement familial joue un rôle très important dans l’étiologie du trouble dépressif majeur –avoir une mère dépressive augmente ainsi considérablement le risque de souffrir soi-même un jour de dépression. Une étude, en passe d’être publiée dans la revue Journal of Child Psychology and Psychiatry, observe que les mères ayant des antécédents de dépression ne sont pas physiologiquement synchronisées avec leurs enfants.

Menée une équipe de chercheurs de l’Université d’État de New York à Binghamton, dirigée par Brandon Gibb, cette étude est la première à mettre en lumière un aspect biologique d’une caractéristique centrale de la dépression: les problèmes affectifs et relationnels.

Pour ce faire, les scientifiques ont mesuré la variabilité du rythme cardiaque –une des jauges physiologiques de l’empathie et de l’engagement aux autres– de mères discutant avec leurs enfants âgés entre 7 et 11 ans. Une moitié d’entre elles –leur moyenne d’âge était de 36,24 ans– avaient souffert d’un trouble dépressif majeur au cours de leur existence, l’autre pas.

Être en phase

Dans un premier type de discussion, mère et enfant devaient parler d’un sujet positif –la planification de «vacances de rêve». Dans le second, l’ambiance était plus négative, vu que la conversation portait sur un récent conflit familial –un mensonge, l’usage de la télé ou de l’ordinateur, le respect des horaires, des problèmes scolaires, etc.

Du côté des mères non dépressives, la synchronicité physiologique était normale: le rythme cardiaque de la mère et des enfants réagissait de la même manière aux émotions et baissait ou augmentait au même moment, notamment lors des discussions négatives. La situation était totalement différente dans les familles où la mère avait souffert de dépression –cette dernière n’était pas en phase avec ses enfants d’un point de vue cardiaque. Et ce décalage était d’autant plus accentué si les mères (ou les enfants) signifiaient avoir ressenti de la tristesse pendant ou après l’interaction expérimentale.

Selon les scientifiques, cette étude laisse entendre que les bouleversements relationnels observés chez les dépressifs se manifestent aussi à un niveau physiologique –sans pour autant permettre de faire la moindre hypothèse sur la direction causale du phénomène (est-ce que les dépressifs ont des problèmes affectifs parce que leur organisme ne «sait plus» se phaser avec celui de leurs proches ou est-ce qu’à l’inverse ce sont les problèmes relationnels qui génèrent le décalage organique?).

«Si d’autres recherches sont nécessaires pour examiner le rôle précis de la synchronicité physiologique mère-enfant dans le développement des troubles dépressifs chez les enfants de mères dépressives», concluent les chercheurs, la prendre en compte dans les programmes thérapeutiques et préventifs de ce trouble mental –l’une des premières causes de handicap dans le monde– pourrait permettre de réduire le risque de transmission familiale de la dépression. Un risque qui serait d’autant plus réduit par l’inclusion d’autres signes –neurologiques ou encore hormonaux– de la synchronicité organique, élément visiblement crucial à la sérénité des relations affectives.

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