Culture

Le monde entier s'est trompé sur le sens de la blague de Laurent Lafitte

Repéré par Charlotte Pudlowski, mis à jour le 13.05.2016 à 7 h 03

Repéré sur Hollywood Reporter

Le comédien en a expliqué le vrai sens dans une interview. Il n'aurait pas dû.

Le 11 mai 2016 à Cannes. LOIC VENANCE / AFP

Le 11 mai 2016 à Cannes. LOIC VENANCE / AFP

Laurent Lafitte avait ouvert le Festival de Cannes avec audace et fracas, en se moquant frontalement de Woody Allen et Roman Polanski, deux réalisateurs accusés de viol, lançant au premier en faisant allusion au deuxième:

 «Ces dernières années, vous avez beaucoup tourné en Europe alors que vous n'êtes même pas condamné pour viol aux Etats-Unis.»

Quelques heures plus tôt, le fils de Woody Allen, Ronan Farrow, s'était ému dans une tribune du silence des médias sur les accusations d'agression sexuelle que sa soeur, Dylan Farrow, essaie de faire entendre depuis longtemps sur leur père.

Nombre d'Américains découvraient alors le nom du comique français, heureux de trouver, qui plus est dans un événement surmédiatisé, une personnalité du monde du cinéma capable de s'emparer du sujet, avec humour, avec courage même. 

C'était avant que Laurent Lafitte ne s'exprime sur sa propre blague. 

«Puritanisme américain»

Dans une interview accordée au Hollywood Reporter, il a ainsi précisé, jeudi 12 mai: 

«Après la soirée, on m'a dit qu'il y avait eu des réactions fortes. Ce que je n'ai appris que ce matin [le jeudi 12 mai], c'est que le fils de Woody Allen avait fait la veille une déclaration, l'accusant de viol. Je ne le savais pas. Quand j'ai écrit cette blague, c'était plutôt une blague sur l'Europe, et sur le fait que [Roman Polanski], l'un des plus grands réalisateurs américains, avait dû passer des années en Europe, alors que Woody Allen n'y était pas obligé, puisqu'il n'était pas accusé de viol dans son propre pays justement. A l'inverse de Polanski. C'était censé être une blague sur le puritanisme américain et le fait qu'il est surprenant qu'un réalisateur américain veuille faire autant de films en Europe. Je n'étais pas au courant du reste.»

Ce que Laurent Lafitte qualifie de «puritanisme américain», ce sont des accusations de viol sur mineur dont Polanski fait l'objet, comme le rappelait l'AFP en novembre 2015:

«En 1977, en Californie, Roman Polanski, alors âgé de 43 ans, avait été poursuivi pour avoir violé Samantha Geimer, 13 ans. Après quarante-deux jours de prison, puis sa libération sous caution, le cinéaste, qui avait plaidé coupable de "rapports sexuels illégaux" avec une mineure, s’était enfui des Etats-Unis avant la lecture du verdict, craignant d’être lourdement condamné.»

C'est après cette fuite que Roman Polanski s'est installé en Europe.

Dans l'interview au Hollywood Reporter, Laurent Lafitte explique aussi que s'il avait été au courant de l'affaire Woody Allen, il n'aurait pas fait la blague.

A peine connu aux Etats-Unis, déjà héros des féministes et des détracteurs des deux réalisateurs controversés, Laurent Lafitte s'est mué en quelques heures en leur bête noire: 

«Il y a un acteur français qui pense que quand les Etats-Unis poursuivent les crimes sexuels contre les enfants, c'est du puritanisme»

«Donc en fait, cette blague sur Woody Allen, c'était une tentative de casser du sucre sur les Etats-Unis parce qu'ils ont poussé à l'exil un violeur d'enfants?»

«Ce Français vient de passer premier sur la liste de porte-paroles potentiels de Trump à la Maison Blanche.»

Ce qui est passé pour du courage et de l'audace lors de la cérémonie d'ouverture n'était que de l'ignorance. Qui masquait une blague bien moins bonne et bien plus dangereuse.

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