Sports

Le scénario présumé du dopage russe à Sotchi est digne d'un film d'espionnage

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 13.05.2016 à 8 h 29

Repéré sur New York Times

Le New York Times révèle comment, pendant les derniers JO d'hiver, au moins quinze athlètes russes ont été dopés sans être pris.

Une médaille d'or de Sotchi. KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP.

Une médaille d'or de Sotchi. KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP.

L'ancien directeur du laboratoire antidopage de Russie a révélé au New York Times qu'au moins quinze médaillés des Jeux olympiques de Sotchi avaient été dopés grâce à un système complexe mis en place sous l'égide du ministère des Sports russe. La plupart étaient des membres de l'équipe de ski de fond, ainsi que deux bobsleighers médaillés d'or.

Pendant trois jours, des journalistes du New York Times ont pu interviewer Grigory Rodchenkov, qui a fui aux Etats-Unis après la publication en novembre d'un rapport de l'Agence mondiale antidopage qui l'accusait d'avoir organisé le dopage d'athlètes russes. Rodchenkov avait dit craindre pour sa sûreté, et en février, deux de ses collègues au laboratoire antidopage sont morts soudainement.

Les détails révélés par Rodchenkov –qui a fourni de nombreux emails et fichiers aux journalistes– sont dignes d'un film d'espionnage. Dès 2013, un homme qui était probablement un agent des services secrets russes a commencé à traîner dans le laboratoire antidopage de Sotchi et à poser de nombreuses questions sur les fioles ultrasécurisées dans lesquelles sont placés les échantillons d'urine. Quelques semaines avant le début des Jeux olympiques, en février 2014, cet agent a montré à Rodchenkov une fiole qui pouvait s'ouvrir et se fermer.

Pour améliorer les performances des athlètes, Rodchenkov avait mis au point un cocktail de trois stéroïdes anabolisants qui permettait aux compétiteurs de récupérer vite après l'effort. Afin de réduire la période durant laquelle les substances pouvaient être détectées, il les mélangeait avec de l'alcool (whisky pour les hommes, martini pour les femmes). 

Chaque nuit pendant les JO, l'équipe de Rodchenkov remplaçait des échantillons d'urine contenant ces substances par des échantillons propres. Comme le laboratoire était surveillé par des observateurs indépendants, remplacer ces fioles nécessitait une organisation exceptionnelle. 

A travers un trou creusé dans le mur, un employé du laboratoire passait les échantillons contenant les substances à Rodchenkov, qui était caché dans une petite pièce officiellement utilisée pour le stockage. Il donnait ensuite les fioles à l'agent des renseignements, qui revenait quelques heures plus tard avec les fioles décapsulées. Il avait aussi procuré au laboratoire des réserves d'urine propre pour chaque athlète, et Rodchenkov et ses collègues remplissaient alors la fiole individualisée avec l'urine propre. Tout cela se passait en général entre minuit et l'aube.

«Les gens étaient en train de célébrer les champions olympiques, alors que nous étions comme des fous à remplacer leurs échantillons d'urine», a résumé Rodchenkov.

Pour le New York Times, il s'agissait d'un système de dopage parmi «les plus élaborés –et les plus efficaces– de l'histoire du sport».

En réponse à l'article, le ministre des sports Vitaly Mutko a organisé une conférence de presse dans laquelle il a dit que ces accusations étaient «des inepties» et une «continuation des attaques médiatiques contre le sport russe».

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