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Suicide d'Océane sur Periscope: quelle responsabilité pour les internautes?

Emeline Amétis, mis à jour le 12.05.2016 à 18 h 32

La jeune femme âgée de 19 ans a brutalement mis fin à ses jours mardi 10 mai devant un millier d'internautes, qui regardaient son live sur Periscope. S'ils n'avaient pas réagi, quelles seraient les conséquences pour eux?

Capture d'écran d'un live de la jeune femme sur l'application Periscope, le 10 mai 2016.

Capture d'écran d'un live de la jeune femme sur l'application Periscope, le 10 mai 2016.

«Ce qui va se passer risque d’être très choquant: les mineurs, ne restez pas», avait prévenu Océane. Ce mardi 10 mai, la jeune femme âgée de 19 ans, qui utilise le pseudo «imanol the cat», commence à se filmer en début d'après-midi sur Periscope, une application de streaming vidéo. Elle raconte au millier d’internautes qui la regardent en direct qu’elle a été victime de violences et de viol de la part de son ex petit-copain. Puis, vers 16h30, elle met brutalement fin à ses jours à l’entrée de la gare d’Egly dans l'Essonne en se jetant sous un RER, alors que son téléphone était encore connecté à l’application Periscope.

Plusieurs personnes ont tenté de la dissuader pendant les dernières minutes de la vidéo, et une dizaine ont appelé les secours, selon Le Parisien. Mais que se serait-il passé si personne n’avait eu ce réflexe? Les spectateurs auraient-ils pu être attaqués pour non-assistance à personne à danger?

«Quand les témoins se trouvent à distance, c’est très compliqué de faire valoir cette disposition du Code pénal», explique Olivier Iteanu, avocat à la cour spécialiste des nouvelles technologies contacté par nos soins.

Et du côté des plateformes?

Pour autant, l’internaute n’est pas dispensé de son devoir d’intervention: c'est une obligation légale. Quel que soit le contexte, si une personne est consciente que celui qu'elle regarde va commettre un acte grave –dans le cas d'Océane, elle avait d'abord nié vouloir se suicider–, elle est tenue d'appeler les secours ou de signaler la situation d’urgence directement sur la plateforme utilisée, en l’occurrence Periscope.

Dans la pratique, l'avocat doute toutefois que la justice sanctionne effectivement un comportement passif à distance:

«Je ne sais pas ce qu’on peut faire de plus, explique-t-il. Mais du côté des plateformes, on peut penser qu’il va y avoir des procédures imposées par la loi en cas de situations d’urgence constatées.»

Pour signaler une situation d'urgence, c'est ici.

Periscope a ainsi censuré après quelques heures le livestream d'Océane qui était toujours visionnable sur l'application.

En revanche, si un internaute encourage un suicide en ligne —comme ce fut le cas dans une affaire jugée en 2008—, il peut écoper de trois ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d’amende, comme il est prévu dans le Code pénal. L’identifier ne serait pas difficile, puisque toutes les plateformes sur internet, y compris Periscope, sont tenues de conserver les données de ses utilisateurs, de les identifier et de coopérer avec les autorités judiciaires

Pour Océane, la justice n’a pas eu à s’adresser à Periscope: alertée par les signalements reçus l’après-midi du 10 mai, l’application a transmis le «risque de passage à l’acte» aux autorités, par le biais du portail «Pharos». Mais il était déjà trop tard.

Océane n'est bien sûr pas la première personne à s'être suicidée publiquement, devant une ou plusieurs caméras. Avant elle, il y avait eu la journaliste américaine Christine Chubbuck en 1974 pendant un journal télévisé, le politique américain Budd Dwyer treize ans plus tard alors qu'il donnait une conférence de presse, puis sur internet, Brandon Vedas en 2003, Kevin Whitrick en 2007 ou Abraham Biggs l’année suivante. Mais ça n'était encore jamais arrivé en France.

Emeline Amétis
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