L'évasion de Jean-Pierre Treiber est plus qu'une cavale, c'est une romance
L'histoire a un héros, une héroïne, de l'aventure et des lettres d'amour
- Image de une: autour de Lyon en 1995, lors de la traque de deux terroristes présumés / Robert Pratta REUTERS -
Dans une interview accordée au Journal du Dimanche, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux prévient: «Jean-Pierre Treiber finira par être arrêté comme la plupart des évadés. Il est vrai qu’à quelques secondes près, il a échappé au Raid… Ce n’est que partie remise.» Pour le ministre, qui admet être mécontent des ratés, la responsabilité en revient notamment aux médias, qui sont selon lui des obstacles au bon déroulement des opérations policières: «S’il y a eu un réel dysfonctionnement dans toute cette affaire, c’est, comme l’a déclaré le procureur, du fait d’une présence désordonnée et excessive de médias sur place».
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Ceux qui mènent la chasse à Jean-Pierre Treiber, l'évadé de la prison d'Auxerre, seraient-ils les derniers policiers à aimer les histoires d'amour? Se distingueraient-ils par un certain romantisme de leurs collègues des séries télévisées à la mode, où l'on rudoie volontiers (Braquo), et parfois torture (24 heures chrono)? Leur malchance, leurs maladresses, ajoutées aux fuites dans la presse, qui leur attirent désormais les critiques de leur hiérarchie et les soupçons de la justice, permettent au moins à cette cavale en sous-bois de se charger d'une forte sentimentalité.
Histoire d'amour de collégiens
Et déjà, de se donner une héroïne. Blandine, la compagne du fugitif. Une femme d'une cinquantaine d'années, dont seul le prénom a été dévoilé, et que Jean-Pierre Treiber (47 ans) a rencontrée avant son incarcération, en 2004. Cette habitante de la Seine-et-Marne lui a rendu visite en prison, toutes ces années. Ils se sont beaucoup écrit. Si l'évadé a pu disposer de complicités, elle vient se ranger en tête de liste, tant paraît vive, radicale, même, son affection pour l'ex-détenu. Le visage de cette amoureuse n'est pas connu, mais ses mots la décrivent mieux qu'un portrait: «à mon ange adoré, a-t-elle écrit, la semaine dernière, j'espère que tu m'aimes toujours autant, je suis heureuse, ils n'ont pas réussi à nous piéger(...)» On croirait lire les phrases d'une collégienne, privée de son petit ami par la rentrée scolaire et qui se consolerait par la satisfaction d'avoir bravé l'interdit parental.
Blandine poursuit: «j'espère que tu vas revenir voir ce mot, cette fois-ci RDV à la barrière des morilles, jtm, 10.000 bisous (...)». Ce billet, qu'elle a agrémenté du dessin d'un cœur, la confond. Il scelle sans doute son destin judiciaire. Mais imagine-t-on ce qu'il a fallu de cran —ou d'inconscience—, à cette femme pour aller placer cette lettre dans une cache, au pied d'un arbre, marqué lui aussi d'un cœur rouge, dans la forêt de Bombon (Seine-et-Marne), où Jean-Pierre Treiber a longtemps travaillé comme garde forestier? Se savait-elle suivie, comme elle l'a été, par les policiers de la Brigade nationale de recherche des fugitifs (BNRF)? Peut-être s'expliquera-t-elle un jour. Sa folle audace a en tout cas permis aux enquêteurs de localiser l'arbre d'un rendez-vous possible entre les deux amants, à vue d'une petite route forestière. Une souricière a été tendue. Vendredi 9 octobre, les hommes du RAID ont aperçu l'homme en cavale qui s'approchait. Mais l'opération a échoué. Il faisait nuit, et pleuvait à verse. Jean-Pierre Treiber a entendu du bruit. Il a peut-être vu l'une des voitures du dispositif. Il s'est méfié. Il a filé. Les policiers ont tenté de le poursuivre, mais la nature du terrain, la nuit, la pluie ont joué en faveur de l'ancien garde forestier. Dès le lever du jour, le lendemain, une battue a été organisée dans la forêt de Bombon, qui court, de part et d'autre du village de Bréau (canton de Mornant), sur plusieurs dizaines de kilomètres. A nouveau, comme durant les premiers jours de son évasion, début septembre, des dizaines de CRS, des équipes cynophiles, appuyés par deux hélicoptères. En vain. «Le fugitif de l'Yonne», qui n'est plus dans l'Yonne, court toujours. L'amour, toutefois, a bien failli le priver, cette nuit-là, de sa liberté recouvrée.
Lettres interposées — et publiées
Les semaines passant, à mesure que l'enquête transpire dans les médias, la force de ce lien apparaît d'ailleurs comme déterminant. Il n'est à peu près plus question que de ça. De l'histoire de Blandine et de Jean-Pierre, feuilleton d'automne. Romance à suspense et à l'eau de rose, qui commence à tenir le public en haleine, et tend à éloigner l'origine de l'affaire : l'évasion, six mois avant son procès, d'un homme suspecté d'être le meurtrier, en 2004, de Géraldine Giraud et de Katia Lherbier, dont les corps ont été retrouvés au fond d'un puisard, dans la propriété de Villeneuve-sur-Yonne (Yonne) que cet homme occupait à l'époque.
Quand Paris-Match publie, dans son numéro du 8 octobre, trois lettres de Treiber à son amie, les lecteurs apprennent qu'il appelle cette dernière «mon hartzala», qui signifie «petit cœur» en alsacien - il est né près de Mulhouse. Selon l'hebdomadaire, Blandine a confié à la presse ce courrier, reçu trois jours plus tôt, «non pas dans l'idée de trahir celui qu'elle aime», mais au contraire pour montrer «que Jean-Pierre Treiber ne peut pas être l'individu frustre et brutal qui nous a été présenté ». Dans l'une des lettres, l'évadé lui écrivait: «je ne veux pas que tu aies un jour des doutes sur moi».
Mais il ajoutait: «tu me manques». Dès lors, l'opinion, ainsi prise à témoin, peut se dire que le fuyard des bois s'est finalement évadé moins pour tenter de prouver une innocence qu'il a toujours clamée que pour se rapprocher de Blandine.
Les enquêteurs ont fait la même déduction. Depuis la disparition du prisonnier, ils suivent la piste de l'histoire d'amour. Ils ont compris que l'espérance de ce détenu solitaire et mutique passait entièrement, durant son incarcération, par cette femme, et qu'il s'était voué à elle. Ils ont placé Blandine sous surveillance, et détourné son courrier. Ils ont observé les trajets possibles entre la forêt de Bombon et les lieux de vie de la compagne de Treiber, dans la Seine-et-Marne. Ils ont disposé des caméras vidéo. L'une d'elle a d'ailleurs enregistré la présence du fugitif. Par deux fois, très tôt après l'évasion. Les 15 et 16 septembre. Un homme, filmé de profil, qui paraît marcher tranquillement, à l'entrée de Bréau, comme s'il se rendait sans inquiétude à un rendez-vous. Une fois de nuit, une fois de jour. S'il s'agit bien de Jean-Pierre Treiber, celui-ci s'est rasé la tête, et il porte des lunettes de vue.
Les captures d'images de ces enregistrements que Le Figaro-Magazine a publiées dans son édition du 17 octobre valent aux membres du SRPJ d'Auxerre et de la BNRF, en charge de la traque, d'être soumis depuis la fin de la semaine dernière à une double enquête, administrative et judiciaire, pour avoir cédé - peut-être vendu - ces clichés à la presse. Assez piteusement, les enquêteurs tentent aussi d'expliquer que si Treiber n'a pas été arrêté, le 15 ou le 16 septembre, c'est que personne ne pouvait visionner l'enregistrement en direct. Le contenu de la caméra n'a été relevé que plus tard. Trop tard.
Mince consolation, les policiers savent désormais que Jean-Pierre Treiber et Blandine espèrent se retrouver. Le fugitif ne s'éloignera pas. Il est là pour elle, dans des bois qu'il connaît par cœur, et qu'ils ont parcouru ensemble, avant son incarcération. Rendez-vous à «la barrière aux morilles», a-t-elle écrit, dans le billet tendre de l'arbre.
Les policiers se sont mis à la recherche des champignons. Ils interrogent les habitants de Bréau et des autres villages de la forêt. Mais dans ce pays briard, Treiber compte des amis, chasseurs, braconniers, hommes des bois, aussi silencieux que lui. Si la romance, en plus, s'en mêle, une sympathie spontanée risque bien d'accompagner les deux amants. Qui donc aurait le cœur de les dénoncer, ou de leur nuire, si près de leur arbre?
Philippe Boggio
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Image de une: autour de Lyon en 1995, lors de la traque de deux terroristes présumés / Robert Pratta REUTERS
Mis à jour le 18/10/2009 à 17h29











































Cavale " romancée ", à cause des médias, principalement ... Cela ne peut que desservir son " héros " et l'enquête ! Il s'agit tout de même d'un double meurtre, et la tournure que prennent les choses a quelque chose de dérangeant, voire de choquant. En attendant, la " meute " - enquêteurs, journalistes - poursuit sa tâche. Décidément, tout est " spectacle ", et cette " société spectacle " - merci, Guy Debord - ne cesse de traquer le sensationnel, le scoop ... C'est d'une tristesse !
La constance aujourd'hui est à la déresponsabilisation. S'il y a une crise financière, c'est la faute au banque, s'il y a des bombes humaines c'est la faute à l'Islam, s'il y a des gamins de 23 ans élu à la tête de l'EPAD c'est à cause du népotisme du papa... Et s'il y a du spectacle c'est à cause des médias, ces salauds. Et moi je vous réponds les uns et les autres n'existeraient pas sans vous. Ici nous faisons débat, pourquoi ? Parce que vous vous pencher sur un sujet, en tant que spectateur vous le nourrissez. Les médias font du spectacle ? Eteignez la télé, lisez des livres et non des journaux à sensation, ne lisez pas ce qui concerne cette cavale si elle la décrit sous forme de roman. Ne prêtez pas caution. Un spectacle n'existe que parce qu'il y a des spectateurs, pour apprécier ou grogner comme vous ici. Les journalistes font le travail qu'on attends d'eux et on a les médias, comme tout d'ailleurs, les politiques ou les banques aussi, qu'on mérite. Vous en avez marre de la société consommatrice ? Ne plébicitez pas d'avoir 14 variétés d'emballage de yaourt. Vous récusez la société spectacle ? Ne participez pas en tant que spectateur. Guy Debord a pointé sur le sujet, il est devenu acteur, mais non pas du spectacle mais de son sens, il a agit un peu comme un critique qui apprécie la teneur d'un film. Bref gardez votre pierre, réflechissez au rôle que vous jouez pour elle et murissez bien au terme de la cible.
Il y a bien longtemps que j'avais lu sur Slate un commentaire qui reflète si parfaitement ce que je pense; à tel point que c'en est inquiétant!
La seule question qui me vienne à la siute de cette lecture, c'est de savoir si les sociétés démocratiques occidentales peuvent vivre sans spectacle. Tout est devenu spectacle, tout est prétexte à spectacle comme depuis Jack Lang tout est devenu culture, les deux étant liés me semble-t-il: voyez la télé-réalité, les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, ...), la communication politique, la présentation journalistique de l'actualité,...L'impression que la communication a remplacé les relations humaines pour les appauvrir se renforce chaque jour tout en donnant la sensation d'une plus grande convivialité qui se révèle le plus souvent bien factice!
Allez, je vous laisse pour feuilleter Debord et me rafraichir la pensée.
Brassens faisait un croc en jambe au cul terreux qui poursuivait un voleur de poule et JP. Treiber a ressuscité cette tradition bien Française ("dès qu'il s'agit de rosser les cognes tout le monde se réconcilié"). Ce M. Treiber attire donc notre sympathie. Un gars qui se cache aussi habilement, qui plus est soupçonné de meurtre, pourrait aussi frapper mais il ne le fait pas. Est-il dangereux ? On dirait que non. Laissons-le courir et il viendra à son procès comme il l'a promis, ce serait une grande première.