LGBTQCulture

James Franco «un peu gay»: le filon commercial de l'ambiguïté sexuelle

Marc Pédeau, mis à jour le 17.05.2016 à 15 h 23

L'acteur-réalisateur-artiste contemporain ne cesse de jouer en interview et sur les réseaux sociaux sur la confusion de sa propre identité sexuelle. Dommage, il y a bien plus intéressant chez lui que de savoir s’il est ou non homosexuel.

Captures Facebook et Instagram

Captures Facebook et Instagram

James Franco est quelqu’un de captivant. Il serait candidat d’un télécrochet, les jurés diraient qu’il a un «vrai univers» –et ils auraient raison. C’est un vrai personnage et un artiste multiple: acteur, réalisateur, peintre, poète et on en passe. Dans cette palette artistique polychrome, la question de l'homosexualité, comme contre-culture, est transversale à son œuvre et ce, indépendamment de la question de savoir s'il est gay ou non. James Franco est un artiste qui veut être aimé des personnes LGBTQ. 

«Quand j'étais étudiant à l'université de New York, j'ai suivi des cours un peu transversaux et l'un de mes préférés portait sur le cinéma queer, raconte l'artiste au magazine Rolling Stone. Les histoires straight et hétéronormatives ont été racontées ad nauseam dans nos films, dans nos spectacles, dans nos publicités –partout. Je pense qu’il est sain de produire un travail qui perturbe ces questions, et de proposer des récits alternatifs. C’est ce qu’un artiste devrait faire.»

La filmographie de ce Californien de 38 ans parle pour lui. En parallèle de superproductions comme 127 heuresLa Planète des singes: Les Origines ou Spider manl'acteur a joué dans le biopic sur l'activiste LGBT Harvey Milk et interprété l'auteur gay Allen Ginsberg dans Howl. Il a également réalisé Interior. Leather Bar. film basé sur les scènes coupées du film culte gay Cruising de William Friedkin. En 2016, sortira le film King Cobra qui s'intéresse à une star du porno gay dont Franco est producteur et acteur.

 

On peut se réjouir que des monuments de la culture gay soient repris et popularisés par des artistes contemporains. Ce, peu importe leur sexualité. Ainsi, l'orientation sexuelle du réalisateur et des acteurs du Secret de Brokeback Mountain n'a pas grand intérêt, le message véhiculé par le film, lui, oui. 

James Franco face à Sean Penn dans Harvey Milk, en 2008. Crédit SND

To be gay or not to be

Alors, James Franco est-il complètement gay, pas du tout gay, un peu gay mais pas trop non plus (faut pas déconner)? Le suspense est intenable.Au printemps 2016, James Franco se dit «un peu gay».

Dans une interview fleuve au New York Magazine, il déclare:

«Si votre définition de gay et hétéro dépend d’avec qui je couche, alors je pense que l’on peut dire que je suis un allumeur de mecs gays. C’est là où mes sensibilités me trahissent, comment je me définis moi-même. Oui, je suis un peu gay, et il y a un James gay.»

Une déclaration aussi brouillonne que ses précédentes sorties sur le sujet. Petite sélection: 

  • «Vous savez quoi, peut-être suis-je tout simplement gay» janvier 2011
  • «Ne pas être gay est le plus grand regret de ma vie»novembre 2013
  • «Je suis gay sauf que je ne couche pas avec des hommes»mars 2016

Je pense que j'aime mon personnage public queer, j'aime que ce soit difficile de me définir

James Franco

Alors, oui, bien sûr, les médias titrent sur la miniphrase à propos de la sexualité de Franco. Et l'acteur/réalisateur s’en étonne –ou feint de s’en étonner. Au New York Magazine, le trentenaire déclare:

«Il y a une petite focalisation sur ma sexualité, que ce soit par la presse hétéro comme la presse gay, et la première question est: pourquoi s’y intéressent-ils?» 

Oui, pourquoi? James Franco pense avoir la réponse:

«Eh bien, parce que je suis une célébrité, donc j’imagine que ça les intéresse de savoir avec qui je couche.»

Alors, oui et non. Oui, la presse (et surtout la presse people) s’intéresse à la vie sexuelle des stars. Mais non, ce n’est pas la seule raison de cet engouement. Ce que James Franco omet de dire, c’est qu’il entretient savamment le mystère, il use et abuse de ce vieux ressort commercial qu'est l’ambiguïté sexuelle.

Couverture du reccueil de poèmes de James Franco. 

Est-ce de la faute des médias si James Franco publie sur son compte Instagram des photos de type «paparazzade» où il embrasse un homme?

Autre question: pourquoi James Franco publie sur Facebook une photo de lui au lit avec l’acteur Keegan Allen? Une photo accompagnée du commentaire: «C'est le moment de devenir fou!!!»

De même, personne n'oblige James Franco à mettre en scène sa bromance avec l'acteur Seth Rogen. Personne.

Ceux qui oseront dire que tout ceci est de la faute des médias sont vraiment de mauvaise foi.

La liste des mises en avant de l'ambiguïté sexuelle de James Franco par James Franco est longue. En décembre 2015, il publie un recueil composé d'une vingtaine de poèmes où il parle de Lana del Rey, de ses frères, de Hollywood et de sa vie d'acteur. Pour autant, il décide de donner à l'ouvrage le nom de l'un de ses poèmes: «Straight James/Gay James» (James Hétéro / James Gay). Dans ce dialogue où Franco se fait face, il explique:

 

«Je pense que j'aime mon personnage public queer. J'aime que ce soit difficile de me définir et que les gens doivent toujours voir à deviner qui je suis. Ils ne savent pas ce qu'il se passe avec moi, et c'est génial. Pas que je fasse quoi que ce soit pour embrouiller les gens, mais aussi longtemps qu'ils sont embrouillés, j'ai de quoi m'amuser.»

Franco parle de façon positive de l'homosexualité, loin de l'approche habituelle

Franco se moque de nous, il s'amuse.

James Franco veut juste être subversif

Dans une société où le coming out est encore souvent difficile, James Fanco parle de sexualité avec légèreté et s'amuse des codes. Même si la question reste binaire: gay ou pas gay, occulptant la possibilité d'être bisexuel, James Franco parle de façon positive de l'homosexualité, loin de l'approche habituelle où cette orientation sexuelle est souvent vécue ou présentée comme problématique. 

Pourquoi ne pas arrêter de brasser tout cet air, pourquoi ne pas cesser de souffler sur les braises du scandale, de nourrir le débat sur son orientation sexuelle? Son art ne se suffit-il pas à lui-même? Pourquoi, comme Kristen Stewart, ne pas juste s'en foutre. Et présupposer que le public s'en fout.

Seul problème pour James Franco: si l'homosexualité n'est plus subversive, si la fluidité et la pluralité de sexualités rentrent dans la "normalité" et deviennent banales aux yeux de tous, alors comment continuer à choquer? Car si l'homosexualité n'est plus polémique, James Franco n'est plus polémique.

Gif issu d'un projet vidéo du New York Times

Marc Pédeau
Marc Pédeau (23 articles)
Journaliste
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