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L’Unesco, Daech et la diplomatie française… même combat?

Des femmes prient au pied du Mur des Lamentations, le 11 février 2013. REUTERS/Baz Ratner

Des femmes prient au pied du Mur des Lamentations, le 11 février 2013. REUTERS/Baz Ratner

L’Unesco a réécrit l’histoire en niant tout lien entre le peuple juif et Jérusalem. Une résolution révisionniste adoptée dans l’indifférence générale avec le vote polémique de la France.

Mise à jour: le jeudi 13 octobre 2016, le Conseil exécutif de l'Unesco a adopté une nouvelle résolution palestinienne qui nie tout lien entre les Juifs et le Mont du Temple et lie le site sacré aux seuls Musulmans.

Cela a un seul nom: le révisionnisme. L’Unesco, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, a décidé de réécrire l’histoire de Jérusalem et du peuple juif… avec le soutien actif de la France. Par un vote de trente-trois pour, six contre et dix-sept abstentions, le Conseil exécutif de l’organisation, dont la mission est de préserver l’héritage culturel de la planète, vient de décider en avril 2016 que le lien entre le peuple juif et Jérusalem depuis au moins 3.000 ans… n’existe pas.

Un lien attesté au passage par les plus grands auteurs classiques grecs et romains, de Hérodote à Tacite en passant par Tite Live, Strabon, Sénèque, Pline et Flavius Josèphe. Un lien attesté par l’Ancien Testament et par tous les Évangiles. Un lien qui serait attesté par le Coran, dans lequel est écrit qu’«Allah a assigné cette terre aux fils d’Israël jusqu’au Jour du Jugement» (sourate 5, verset 21), et «nous avons fait les enfants d’Israël les héritiers de la terre» (Sourate 26, verset 59)!

Effacer toute trace de l’histoire pré-islamique

Qu’un certain nombre de pays arabes (en l’occurrence cette fois l’Algérie, l’Égypte, le Liban, le Maroc, Oman, le Qatar et le Soudan) cherche depuis des décennies à expliquer que les juifs n’ont aucun lien avec Jérusalem et la terre d’Israël n’est pas une découverte, même s’il s’agit d’une falsification de l’histoire. Mais qu’une organisation comme l’Unesco se fasse complice de ce qu’elle dénonce par ailleurs de la part des islamistes de Daech, des talibans et de Ansar Dine tout cela parce qu’il s’agit de l’État juif laisse pantois. Les islamistes veulent effacer toute trace de l’histoire pré-islamique. Ils l’ont fait physiquement à Palmyre, à Tombouctou ou à Bamyan. Et maintenant à Paris au siège de l’Unesco avec l’appui du Quai d’Orsay…

Les termes mêmes de la résolution nient tout lien historique entre le judaïsme et le Mont du Temple, ce dernier est uniquement dénommé selon la terminologie musulmane comme la Mosquée al-Aqsa et al-Haram al-Sharif (le noble sanctuaire). Même le terme de mur occidental du Temple juif (le Mur des Lamentations) est mis entre parenthèses et appellé al-Buraq Plaza, un terme créé dans les années 1920. Les traces de la présence historique juive à Jérusalem sont présentées comme une fiction avec «de fausses tombes juives» et de «soi-disant bains rituels juifs».

Le Mont du Temple, s’il est un lieu important pour les trois religions du Livre, est le site le plus sacré de la religion juive. C’est l’endroit où selon la Bible Isaac devait être sacrifié par Abraham et l’endroit où se trouvait le Saint des Saints et l’Arche d’alliance qui abritait les tables de pierre sur lesquelles étaient gravés les Dix Commandements. C’est l’endroit où le roi Salomon a construit le Premier Temple il y a près de 3.000 ans et où a été reconstruit en 515 avant Jésus-Christ le Second Temple après la destruction du premier en 587 avant Jésus-Christ par Nabuchodonosor.

La falsification et la manipulation de l’histoire ont été les instruments du nazisme, du stalinisme et des génocides

 

Après la destruction du second temple par les Romains en 70, seuls les murs extérieurs sont restés debout et, pendant 2.000 ans, le mur occidental du Temple de Jérusalem a été l’épicentre du judaïsme.

Lâcheté

La résolution niant tout cela a été approuvée par trente-trois pays, dont la France, la Russie, l’Espagne et la Suède. Dix sept pays se sont abstenus et six seulement ont voté contre: les États-Unis, l’Estonie, l’Allemagne, la Lituanie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni.

Ce n’est pas une première pour l’Unesco: en 2015, l’organisation dont la mission est de protéger «l’héritage mondial» et la «tolérance et le respect mutuel» a déclaré que le tombeau de Rachel à Bethléem, le troisième site saint du judaïsme, et le Tombeau des Patriarches à Hébron, le plus ancien site juif et la deuxième site saint, étaient des lieux saints musulmans.

L’Unesco est devenu un instrument aux mains de ceux qui utilisent l’ONU et les organisations qui lui sont liées pour délégitimer l’existence de l’État d’Israël et réécrire l’histoire du peuple juif. En moyenne, tous les ans, une vingtaine de résolutions de l’ONU condamnent Israël et cela sans prendre en compte la soi-disant Commission des droits de l’homme qui a plus condamné Israël que l’ensemble des autres pays au monde.

Il y a un peu plus de quarante ans, l’Assemblée générale des Nations unies avait adopté, déjà, la honteuse résolution 3379, considérant que le sionisme est du racisme et a d’ailleurs fini par la révoquer. À cette époque, en 1975, la France était du côté des pays «justes» qui refusaient la stigmatisation automatique du peuple juif et de son État et avaient rejeté cette résolution. Les temps changent.

Consciente de la manipulation à laquelle elle s’est prêtée, la diplomatie française a tout de même tenté de minimiser la portée de la résolution. Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, a déclaré mardi 10 mai, devant l’Assemblée nationale, trois semaines après le vote à l’Unesco, que «Jérusalem appartient à tous les croyants, juifs, chrétiens et musulmans». Le ministre a ajouté: «S’il y a une incompréhension du fait de certaines formulations dans cette résolution, je le regrette.» Un démenti qui n’en est pas un.

Manuel Valls a heureusement été bien plus loin mercredi 11 mai regrettant le vote de la France, du fait de «formulations malheureuses»:

«Il y a dans cette résolution de l’Unesco des formulations malheureuses, maladroites, qui heurtent et qui auraient dû être incontestablement évitées, comme ce vote.»

La falsification et la manipulation de l’histoire ont été les instruments du nazisme, du stalinisme et des génocides. Par lâcheté et par faiblesse, celles-ci n’ont pas été dénoncées et combattues en leur temps et ont fini par permettre le meurtre de millions d’êtres humains. La falsification de l’histoire est à nouveau à l’œuvre à grande échelle sous nos yeux. Nous ne pouvons en être les complices indifférents.

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