France

J-F Copé: Mon plaidoyer pour la parité professionnelle

Jean-François Copé, mis à jour le 02.12.2009 à 10 h 07

La parité a besoin d'une volonté politique, pas d'attentisme

G8 au Japon, à Toyako en 2008  Bazuki Muhammad / Reuters

G8 au Japon, à Toyako en 2008 Bazuki Muhammad / Reuters

Jean-François Copé, a déposé mardi 1er décembre une proposition de loi sur la parité hommes-femmes afin d' «instaurer, par paliers successifs, 50 % de femmes dans les conseils d'administration dans un délai qui ne pourra excéder cinq ans». Aux côtés de sa coauteur Marie-Jo Zimmerman, le président du groupe UMP à l'Assemblée a présenté son texte comme le «premier grand texte d'initiative parlementaire de la majorité depuis la réforme constitutionnelle»,et promis de «créer un électrochoc». Jean-François Copé avait écrit sur Slate une tribune en faveur de la parité, en octobre, que nous republions.

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Il y a souvent un discours d'autosatisfaction du monde politique ou économique sur la question de l'égalité hommes-femmes. On se remémore les inégalités du passé en se félicitant des progrès accomplis pour la cause des femmes: droit de vote, accession à des postes ministériels ou à des responsabilités dans le monde de l'entreprise... C'est vrai, il y a eu des progrès incontestables ces dernières décennies. Mais ce discours d'autosatisfaction sert parfois à cacher les inégalités persistantes. On se glorifie des combats du passé pour mieux s'exonérer des combats du présent.

Il faut l'avouer, à l'Assemblée, la parité n'est pas du tout respectée: malgré les pénalités financières qui sanctionnent les partis PS comme UMP, 18.5% seulement des députés sont des femmes! Que dire du Gouvernement...Reconnaissons qu'il y avait eu des vraies avancées en 2007. Mais on peut regretter que deux ans plus tard, au niveau des ministres, il n'y ait désormais plus que 4 femmes et 14 hommes...

En politique, la situation actuelle n'est pas acceptable. Je suis donc engagé à fond en faveur de la parité!

Il faut une volonté politique

La famille politique à laquelle j'appartiens a beau avoir fait des progrès, elle n'est pas encore exemplaire, loin de là ! Il y a toujours mille raisons pour justifier cette situation: la prime au sortant, au réseau, à l'implantation locale... Les faits sont là: lorsque les élections approchent, le renouvellement est trop rare. Je ne crois pas à la vision «tranquillisante» qui dit qu'avec le temps, tout ira mieux. La clé du changement, c'est la volonté des dirigeants des partis de changer. C'est l'engagement continu des femmes, c'est leur investissement militant, c'est leur refus de jouer les seconds rôles !

Pour ma part, depuis mon arrivée à la présidence du groupe UMP, je veille à assurer un équilibre dans les prises de parole, lorsque nous formons un groupe de travail, une commission... J'ai surtout réservé des postes pour des femmes dans les élections internes. Nous sommes fiers aujourd'hui d'avoir une Vice-présidente UMP à la tête de l'Assemblée nationale -Catherine Vautrin-, alors qu'il n'y avait autrefois que des hommes. De même, il y a enfin une femme à la tête d'une commission permanente de l'Assemblée, grâce à l'élection de Michèle Tabarot comme présidente de la commission des affaires culturelles et de l'éducation.

Dans la sphère économique, la situation est encore pire qu'en politique. L'inégalité est d'abord salariale: la rémunération brute totale moyenne des femmes est inférieure de 27% à celle des hommes. L'écart est plus élevé encore parmi les plus diplômés et les salariés les plus âgés. L'inégalité existe aussi pour l'accès aux postes à responsabilités: les femmes constituent près de la moitié de la population active: 47%. Et quelle est leur place dans les conseils d'administration des 500 premières entreprises françaises? 8% ! Près de 60% des sociétés en question n'ont tout simplement pas de femmes dans leur conseil d'administration. Là encore, comme en politique, les explications ne manquent pas: la difficulté à concilier vie professionnelle et vie familiale, l'impact des congés maternité (55% des femmes ont le sentiment qu'ils ont des conséquences négatives sur leur déroulement de carrière...), le manque de renouvellement des instances, le multi-cumul des mandats d'administrateurs répartis entre quelques personnes... Cela fait-il une excuse valable? Bien sûr que non! Une fois qu'on a dit son désaccord, on ne peut plus se contenter d'un discours avec des belles intentions. Faut-il attendre que les choses changent toutes seules ? Non : il faut un déclencheur pour accélérer le changement!

Révolutionner les entreprises

Marie-Jo Zimmermann, député de la Moselle, a déposé une proposition de loi pour appliquer le principe constitutionnel d'égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité. Elle propose que la part de femmes ou d'hommes dans un conseil d'administration d'une grande entreprise ne puisse plus être inférieure à 40% dans les 5 ans qui viennent. A terme il faudra aller jusqu'à 50%. Certains s'en offusquent. Pour moi, il est temps de donner un signal fort. Il faut briser ce plafond de verre qui freine les femmes dans leur carrière, de façon injuste.

Avec une telle révolution à la tête des entreprises, on peut espérer une impulsion qui se diffuse dans toutes les organisations. Aujourd'hui, les jeunes femmes sont notamment tiraillées entre leur carrière professionnelle et leur désir de maternité. Même si la France est un pays qui arrive à concilier un des plus hauts taux d'activité des femmes et un taux de fécondité élevé, l'articulation de la vie familiale et de la vie professionnelle reste un casse-tête. Quoiqu'on en dise, la maternité est encore trop souvent pénalisante. Je suis sûr que le jour où une jeune femme d'une trentaine d'années verra dans le conseil d'administration de son entreprise des femmes qui ont pu mener de front une carrière professionnelle et une vie personnelle, elle se sentira tirée vers le haut.

Surtout, cela permettra de propager par le haut de nouvelles bonnes pratiques pour lutter contre les inégalités entre femmes et hommes dans l'entreprise. Les conseils d'administration ont effet le devoir de veiller à la stratégie de l'entreprise, notamment en matière de rémunération. La parité dans les conseils d'administration, c'est donc un moyen de veiller à une politique salariale équilibrée entre les femmes et les hommes.

Dans la même logique, je suis pour une obligation de parité sur les listes prud'hommales et sur les listes de délégués du personnel et des comités d'entreprise.

Bien sûr, on nous objectera que l'entreprise n'a pas vocation à être représentative. Contrairement aux instances politiques. Et donc que la parité obligatoire est légitime dans une assemblée représentative mais pas dans le monde économique. Ce raisonnement s'applique sans doute pour des petites entreprises, où l'exigence de parité serait impossible. En revanche, au conseil d'administration d'une grande entreprise, c'est la sous-représentation des femmes qui n'est pas légitime ! Je vois tout le bénéfice que tire de la parité une équipe dirigeante dans une collectivité locale. Je crois qu'il faut en faire profiter le privé ! D'ailleurs une étude de Michel Ferrary, chercheur à Sophia-Antipolis, montre que les entreprises qui emploient le plus de femmes, notamment chez les cadres, sont plus performantes et rentables que les autres!

Par cette décision, la France affirmerait son engagement déterminé sur la question de l'égalité hommes-femmes. Il y a une forme de tartufferie à invoquer ce principe lorsqu'il s'agit de dénoncer le port de la burqa, si on ne fait rien par ailleurs pour lutter contre des inégalités au coeur de notre système économique. Cela ne règlera pas d'un coup tous les problèmes: il n'y a pas de solution unique. Mais ce serait une impulsion décisive dans l'effort continu que nous devons mener pour l'égalité entre les femmes et les hommes.

Jean-François Copé

Image de une: G8 au Japon, à Toyako  Bazuki Muhammad / Reuters

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