France

«Hé oh la gauche!»: François Hollande moins fort que Nabilla

Temps de lecture : 5 min

Avec son nouveau slogan, le camp des soutiens du chef de l'État tente de rallier à sa cause des followers égarés. Mais à ce petit jeu, il n'a pas encore trouvé la formule ou la posture qui font mouche.

Capture d'écran des «Anges de la téléréalité»
Capture d'écran des «Anges de la téléréalité»

Tout à coup, le doute; une vraie crise de doute, à se relever, la nuit, et à filer revérifier les dépêches d’agence: l’opération d’estrade de Stéphane Le Foll, destinée à rappeler les réussites du quinquennat à un camp progressiste des plus oublieux, a-t-elle pris pour nom «Oh hé, la gauche» ou «Hé oh, la gauche?».

Non, parce que ce n’est pas la même chose. «Oh hé, la gauche», même avec un point d’exclamation en conclusion, est plus plaintif. Il évoque une demande, un appel, même au secours, comme dans «Oh hé (ou Ohé), du bateau!», et on voit mal l’Élysée, derrière le ministre de l’Agriculture, supplier la gauche radicalisée de revenir faire allégeance à François Hollande. C’est même tout le contraire: l’Élysée entend réaffirmer, avec la force qu’il faut, que le pouvoir est dans le vrai, comme des ministres sont venus le détailler, à leur première réunion publique, le 24 avril, qu’il peut aligner ses réussites sociales, des droits nouveaux ou le maintien de droits acquis, malgré l’incrédulité montante de sa famille politique.

Les interjections s’ouvrant par la voyelle, a, o ou é, placée avant le h, les interpellations commençant par ah, oh, eh, sont des invites, des offres de paix, d’ouverture à l’interlocuteur qu’elles saisissent par surprise. Comme dans «eh bien!» ou «ah bon!». Doublées, elles se font même esclaffements goguenards ou lubriques: «eh, eh!» «Oh! Oh!». Rien de tout ça, bien sûr, entre le régime socialiste et ses détracteurs de gauche, phénomène d’éloignement réciproque que le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a récemment retenu comme «le désamour de la gauche».

«Réveille-toi, la gauche! Regarde autour de toi»

Stéphane Le Foll et le dernier carré des soutiens de François Hollande ont surtout envie d’en découdre avec leur opposition «interne». Le h de fermeture, la consonne d’hostilité, devant la voyelle, est donc de rigueur. Il vaut rappel à l’ordre. Laisse entendre que son émetteur est prêt à la bagarre. C’est donc bien «Hé oh, la gauche!». Comme dans: «Réveille-toi, la gauche! Regarde autour de toi. La force du Front national. La gauche éliminée au premier tour de 2017. Un nouveau 21 avril, c’est ce que tu veux?»

La jeune femme sature les plateaux pour y dire sa vérité glamour, entre éclats de rire et larmes, et convaincre assez de fans et de «followers» de sa bonne nature

«Hé oh, la gauche!» Plutôt marrant, comme trouvaille. Enfin, un peu marrant, pour une trouvaille de politique. Les autres mouvements qui fleurissent, ce printemps, ont des intitulés d’une platitude navrante. En marche!, lui aussi avec point d’exclamation, pour Emmanuel Macron. La Belle alliance populaire pour Cambadélis et le PS. Stéphane Le Foll avait déjà créé, en 2009, une officine de promotion pour François Hollande: Répondre à gauche. Il est en progrès. Avec «Hé oh, la gauche!», au moins s’efforce-t-il de piocher dans le genre décalé, et la pensée des réseaux sociaux en 140 signes.


Il n’empêche qu’il se fait moquer. Quand ils le voient apparaître à l’Assemblée nationale, les députés de droite lui font un turban sonore de son «hé oh! Hé oh!», en boucles, et avec écho. Son titre amuse aussi les réseaux sociaux, où a vite été relevée, par exemple, la proximité avec le tube de Blanche Neige et les 7 nains: «Hé oh, hé oh, on rentre du boulot…» Nino Ferrer a retrouvé aussi une grâce posthume pour sa chanson «Oh! Hé! Hein! Bon!» (1966). Encore que le chanteur, lui, ne cherchait-il pas querelle à l’univers; il ne s’en prenait qu’à lui seul, comme dans ce couplet:

«Où sont mes gouttes, mes pastill’s
Mon sirop, ma camomill’
Ma potion, mon cachet
Mes piqûres et mon bonnet
Oui, je sais, je perds tout mais c’que j’veux pas
C’est qu’on se moque de moi»


«Un petit couple chou»

Cela n’a peut-être rien à voir, ou peut-être que si, au fond, mais ce «Hé oh, la gauche!» apparaît sur le marché de la communication sémantique au moment où Nabilla, «la starlette bimbo de la téléréalité», fait le tour des talk-shows pour la promotion de son livre Trop vite (écrit en collaboration avec Jean-François Kervéan, ed Robert Laffont). La jeune femme sature les plateaux pour y dire sa vérité glamour, entre éclats de rire et larmes, et convaincre assez de fans et de «followers» de sa bonne nature, avant de comparaître, le 19 mai, devant un tribunal correctionnel pour «violences volontaires aggravées» sur la personne de Thomas Vergara, son compagnon.

Dans la nuit du 6 au 7 novembre 2014, au beau milieu d’une nouvelle dispute, elle avait planté par deux fois un poignard dans le torse de son «chéri», la faute à sa personnalité «sexy et vive de caractère», comme elle le confesse. Thomas va bien, Dieu merci, il est toujours fou d’amour pour sa belle –«on était un petit couple chou», dit-il–, et dans les émissions de téléréalité, il fait lui aussi ce qu’il peut pour que la peine encourue par sa compagne soit la plus douce possible. Nabilla a déjà connu la prison, six semaines durant, fin 2014, avec seulement «un savon Dove et un verre d’eau», ce, à la grande joie de la presse people, prompte à se venger des caprices passés de la jeune star, et il tremble à l’idée qu’elle et lui, «si fusionnels», soient à nouveau séparés.

J’ai essayé de faire avec ce que je pouvais, avec les moyens du bord, avec ma personnalité, qui est atypique

Nabilla

«Mon métier, c'est d'être moi»

Nabilla, de son nom complet Nabilla Benattia, beurette franco-italo-algérienne au «physique de rêve», lit-on, est d’abord la créatrice, ou la passeuse, d’une géniale formule qui a connu un succès foudroyant sur les réseaux sociaux, en 2013, à faire pâlir les communicants de Stéphane Le Foll. Dix millions de «vu» pour la vidéo de «Non, mais allo, quoi!». Nabilla était déjà la candidate très en vue, de par sa plastique, son narcissisme, son aplomb, de l’émission «Les Anges de la téléréalité», sur NRJ 12, quand, pendant la séquence de confession face caméra, elle s’était emportée contre une rivale, venue sur le tournage sans shampoing.

«Non, mais allo, quoi! T’es une fille et t’as pas de shampoing? Allo! Allo! Vous me recevez? C’est comme si je disais: t’es une fille et t’as pas de cheveux!»


Nabilla avait évidemment connu le tourbillon de la gloire médiatico-people, avec son petit-ami Thomas, lui aussi candidat des «Anges». Les boîtes, les fringues, les cachets de star montante. Mais aussi la détestation des copines, la gloutonnerie des animateurs-télé… et la jalousie de Thomas. À tout prendre, les coups de poignard ont été bienvenus, pour le prix d’un pneumothorax, soigné à l’hôpital Georges Pompidou, il ont interrompu, au moins calmé le road-movie néo-ado pour enfants trop subitement gâtés, ils ont refroidi l’exhibitionnisme vidéo, donné de la gravité à l’histoire, et plutôt relancé la carrière de la jeune dame, qui, bien sûr, ne pouvait que tourner court. «Mon métier, c’est d’être moi», explique-t-elle, assez honnêtement. Sur TF1, alors qu’on lui demande si elle «estime avoir mérité» sa «célébrité-éclair», elle répond, après un silence: «peut-être pas… en tout cas, elle m’est tombée dessus, et j’ai dû faire avec».

«J’avais pas non plus dix mille qualités, j’étais pas une artiste, je ne savais pas chanter je ne savais pas écrire, poursuit-elle. J’ai essayé de faire avec ce que je pouvais, avec les moyens du bord, avec ma personnalité, qui est atypique.»

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Voilà qui nous ramènerait presque du côté de «Hé oh, la gauche!» ou plutôt de «La gauche, allo, quoi! Allo? Allo? Vous me recevez?».

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