France

Comment oublie-t-on 30 kilos de Plutonium?

Marion Solletty, mis à jour le 14.03.2011 à 11 h 36

La Plutonium de Cadarache était dispersé dans 450 caissons étanches.

Signes de radioactivité sur le site de Cadarache, REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Signes de radioactivité sur le site de Cadarache, REUTERS/Jean-Paul Pelissier

L'«oubli» de plusieurs kilos de Plutonium sur le site de Cadarache impressionne, interroge, fait peur. Comment peut-on perdre de vue une telle quantité de matière radioactive? Explications.

Le Plutonium en cause dans cette histoire, précisément du dioxyde de Plutonium, est issu du combustible usé qui sort des réacteurs, et recyclé sous forme d'un nouveau combustible appelé «MOX» qui servira à alimenter à nouveau des centrales (20 tranches de 900MW d'EDF l'utilisent en France).

Des résidus sous-estimés

Jusqu'en 2003, ce combustible était fabriqué «à la main» dans l'Atelier de Technologie Plutonium (ATPu) du centre du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA) de Cadarache, exploité par Areva. Toute la fabrication a été progressivement transférée à l'usine Molex de Marcoule, qui assure aujourd'hui l'ensemble de la production, désormais industrielle. Depuis 2004, le site de Cadarache subit des opérations d'assainissement: la matière qui s'y trouvait a été évacué et le matériel qui servait aux manipulations est démonté.

Parmi ce matériel, se trouvent les caissons étanches à l'intérieur desquels était manipulé la matière. Il y en a 450 en tout, utilisés entre 1992 et 2004. Les kilos de Plutonium dont on parle sont les résidus restés dans ces caissons au fur et à mesure des opérations (les opérateurs introduisaient en particulier des poudres de Plutonium et d'Uranium, qui était comprimées, mélangées et chauffées pour former les pastilles, élément de base de la matière fissile d'un réacteur, ce qui occasionnait des projections et dépôts en quantité très faible).

L'existence de ces résidus est connue et leur gestion prévue. Mais leur quantité avait été sous-estimée: après avoir démonté 40% de ces «boîtes à gants», les techniciens avaient déjà recueilli 22kg de Plutonium, alors qu'il estimaient la quantité contenue dans l'ensemble des boîtes à 8kg. Ce chiffre a aujourd'hui été réévalué pour atteindre 39 kg.

Une comptabilité prise en défaut

Pour éviter les pertes, vols ou détournements de plutonium, une comptabilité très stricte et des contrôles rigoureux sont menés dans le cadre de la loi du 25 juillet 1980 sur la protection et le contrôle des matières nucléaires. Cette loi prévoit notamment que l'utilisation et le transport de ces matières sont soumis à une autorisation et à un contrôle, qui «doit permettre de connaître en permanence la localisation, l'emploi des dites matières et de déceler la nature et les quantités de matières éventuellement manquantes.»

Dans le cadre de ses opérations de retraitement du combustible, Areva doit donc tenir un inventaire des matières qu'elle a en sa possession, ainsi que leur localisation. Les résidus impliqués sont invisibles à l'œil nu: 39 kg de Plutonium représentent un volume d'environ deux litres, qui étaient ici dispersés sur plusieurs caissons (40 sur 450 contenaient la majeure partie des résidus, la quantité maximale trouvée dans une seule «boîte à gants» était d'1 kg).

L'opérateur utilise donc en particulier la pesée de la matière entrante et sortante pour déterminer les pertes liés à la fabrication (par exemple, la poudre accumulée sous des instruments, qui n'était pas aspirée par les appareils permettant d'évacuer la matière). C'est le manque de précision de ces balances qui est aujourd'hui avancée comme une des causes de cette sous-estimation: elles mesureraient les masses entrantes et sortantes «à quelques grammes près» selon Areva. Les pertes inférieures à cette quantité pouvaient donc passer inaperçu.

Pas de danger réel

Reste que ce Plutonium n'a jamais été perdu dans la nature: il est toujours resté confiné dans des conditions de sécurité satisfaisantes, et la dispersion de la quantité considérée fait qu'elle est toujours restée loin du seuil de criticité, assure-t-on. Le vrai problème ici est donc celui de la transmission des informations entre l'opérateur et l'autorité de sûreté.

Marion Solletty

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