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Trump a fait campagne comme un porc. Pourquoi changerait-il?

Temps de lecture : 4 min

Son «show» durant la primaire n’est que la plus pure expression de sa personnalité.

Donald Trump en campagne à Bridgeport (Connecticut), le 23 avril 2016. AFP/Timothy A. Clary.
Donald Trump en campagne à Bridgeport (Connecticut), le 23 avril 2016. AFP/Timothy A. Clary.

Les adultes qui gèrent la campagne présidentielle de Trump aimeraient assez que l’«establishment» républicain comprenne que ce dernier joue un rôle et qu’il est prêt à passer à autre chose, de bien plus viable, en tant que candidat à l'élection présidentielle. Le nouveau directeur de campagne de Trump, Paul Manafort, l’a promis aux membres de la Commission nationale républicaine lors d’une discussion informelle, durant la réunion de printemps de celle-ci, en avril en Floride.

Cette rencontre a été manifestement enregistrée et a fuité vers la presse. «Il est important que vous compreniez, a ainsi voulu rassurer Manafort, comme le rapportait le New York Times, qu’il en est conscient et que le rôle qu’il joue est en train d’évoluer.» Traduit en politicien formel, une langue que Manafort parle couramment, il veut donc dire que Donald Trump fait le show. Il est parfaitement conscient de ce qu’il fait, et il continue de jouer le jeu afin d’exciter un maximum de conservateurs.

L’objectif premier de cette déclaration était naturellement de calmer les inquiétudes des membres de la commission devant les sondages peu favorables, dont Manafort considère (ou est payé pour considérer) qu’ils sont parfaitement renversables. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner la distinction pour le moins audacieuse qu’il trace entre une impopularité impossible à renverser et une impopularité euh… faite exprès? Manafort leur dit, en effet: «Modifier des points négatifs de la personnalité est bien plus facile que modifier les points négatifs du caractère. On ne peut pas changer le caractère de quelqu’un. Mais on peut changer la manière dont il se présente.»

La personnalité et le caractère

On ne saurait travailler comme lobbyiste auprès d’un tel aréopage d’autocrates si l’on n’était pas à même de raconter pareilles salades. Mais tentons pourtant d’aller jusqu’au bout de cette distinction qu’il a surement bricolée cinq minutes avant son rendez-vous avec les membres de la Commission. Il y aurait donc la personnalité, une construction que l’on présente au public, et le caractère, la personne telle qu’elle est vraiment. Manafort voudrait donc que nous gobions l’idée que la personnalité de Trump –celle d’un porc, et dont la victoire à la primaire républicaine semble réjouir un nombre conséquent d’hommes blancs– n’est qu’un mensonge; son caractère –qui ne sera révélé que lors de la campagne présidentielle– est plus proche de celui d’Abraham Lincoln, ou d’un autre type épatant.

Certains indices, pourtant, nous indiquent précisément le contraire. Le premier est qu’une personne qui souhaite à ce point masquer qui il est vraiment pour de pures raisons de gain personnel est une personne méprisable. Mais il n’est pas même besoin d’aller si loin. Car nous n’avons aucune raison de penser que la personnalité que Trump a présenté durant sa campagne ne soit autre chose qu’une extension de ce qu’il est réellement: un porc.

Trump a certes remporté un indéniable succès dans sa courte carrière politique, qui ne s’est déroulée que dans le contexte d’une primaire présidentielle républicaine. Dans ce contexte, les politiques les plus efficaces sont généralement ceux dont les campagnes sont des extensions de leur personnalité –qui sont à même de projeter des versions «authentiques» d’eux-mêmes plutôt que des constructions totales, qui sentent rapidement le bidonnage à plein nez. Certains observateurs ont du mal à déterminer comment les partisans de Trump peuvent penser qu’il est «authentique» ou «honnête», ce qu’ils pensent manifestement tous, car sur le plan politique, il a changé d’avis si souvent que son opportunisme de bas étage saute aux yeux. Mais on s’en fiche –il ne fait que proposer l’offre la plus alléchante! Ses positions et postures de porc frappent tout un chacun comme les extensions authentiques et honnêtes de ce qu’est Donald Trump: un porc.

Il fait de la politique comme un promoteur immobilier

Trump fait de la politique comme un promoteur immobilier. Il n’a aucune envie de voir un ramassis de pauvres se répandre sur sa propriété et en déranger les occupants. Voilà pourquoi il souhaite bâtir un mur autour du périmètre. L’idée d’un mur est de celle qui remplissent d’euphorie des gens qui pensent comme Donald Trump. Et puis, il y a les musulmans. Musulmans = méchants, effrayants, patibulaires, font chuter la valeur de l’immobilier –ne pas les laisser entrer.

Trump considère que la valeur d’une femme est directement corrélée à son apparence et que la valeur d’un homme est directement corrélée aux mensurations de ce qu’il tient à son bras. Un de ses anciens associés a par exemple raconté qu’il ne souhaitait pas être vu en public en train de déjeuner ou dîner avec une femme qu’il considérait comme laide. Quand Trump nous disait qu’il ne pouvait pas comprendre comment des gens envisageaient de voter pour une «tête» comme celle de Carly Fiorina, où quand il se plaisait à retweeter, côte à côte, des photos de sa femme Melania et d’Heidi Cruz, la femme de Ted, il ne jouait pas un rôle ou un petit jeu. C’était du Donald Trump pur jus, et s’il obtient l’investiture, peu importe quelles pressions Paul Manafort ou Rick Wiley pourraient exercer sur lui: il ne lui faudra sans doute pas plus de deux semaines pour traiter Hillary Clinton de «salope» en pleine conférence de presse, diffusée en prime-time. 30% des électeurs trouveront ça génial, les 70% restants, non.

Car Trump ne peut pas changer qui il est, et il ne peut pas davantage se débarrasser des casseroles qu’il a accumulées en se comportant comme ce qu’il est: un porc.

Cet article a été publié fin avril 2016, avant les retraits de la course à l'investiture républicaine de Ted Cruz et John Kasich.

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