Monde

Un économiste suspecté de terrorisme… à cause d’une équation de maths

Temps de lecture : 2 min

Un vol américain a pris plus de deux heures de retard parce qu’une passagère trouvait que Guido Menzio écrivait des choses suspectes sur une feuille de papier.

Un avion de la compagnie American Airlines, en 2013. | Alexandre Gouger via Wikimédia CC License by

Ce devait être un vol très rapide entre Philadelphie et Syracuse, pas plus de 41 minutes normalement. Mais ce jour-là, jeudi 5 mai, l’une des passagères du vol 3950 d’American Airlines se pose des questions sur son voisin, un quadragénaire avec des cheveux bouclés noirs, une peau légèrement mate et un accent étranger. Le Washington Post, qui fait de récit de ce vol si particulier, explique que la jeune femme va alors tenter de lui poser des questions pour en savoir plus sur lui et sur d’où il vient. «Il a évité de la même manière d’autres questions, écrit le journal. Il semblait concentré, peut-être trop concentré, sur sa tâche, à savoir ces étranges gribouillages» qu’il écrivait sur un carnet de note.

Quelques minutes plus tard, la passagère décide de faire passer un mot à un membre de l’équipage. L’avion, qui avait pourtant commencé à rouler vers la piste, va alors rester immobile pendant trente minutes sur le tarmac. Trente minutes au bout desquelles une hôtesse de l’air va venir lui demander si elle se sent «trop malade» pour prendre le vol. Cette dernière répond qu’elle va bien, mais l’avion va tout de même retourner vers la porte d’embarquement. L’homme à l’accent étranger et aux notes incompréhensibles va alors être accompagné hors de l’avion et comprend vite qu’on le suspecte d’activité terroriste. Sa voisine n’arrivait pas à reconnaître ce qu’il griffonnait sur son bloc et a commencé à se demander s’il ne s’agissait pas «d’un code, ou d’un alphabet étranger, et peut-être même d’un plan pour mettre fin aux douzaines de vies innocentes à bord du vol 3950 d’American Airlines».

Face à ces suspicions, l’homme a tout simplement ri. Une simple recherche de son nom sur Google permet de comprendre qu’il s’agit d’un économiste italien très réputé dans le milieu, Guido Menzio. L’année dernière, il a même reçu la médaille Carlo Alberto du meilleur économiste italien de moins de quarante ans. Son travail lui a permis d’obtenir des postes de professeur à l’université de Pennsylvanie, à Princeton ou à l’institution Hoover de Stanford. «C’est ça, écrit le Washington Post, il est italien, pas du Moyen-Orient, ou quelque soit l’héritage habituellement profilé lors des vols.» Ce qu’il était en train d’écrire sur son bloc-note n’était pas un code qui lui permettrait de détruire l’avion, mais un modèle mathématique sur l’établissement des prix.«Peut-être qu’elle n’a pas su faire la différence entre des équations différentielles et l’arabe.» Menzio va alors retourner à sa place, pas sa voisine, qui a sûrement préféré prendre un autre vol.

Ce genre de situation est bien évidemment courante: Slate.com expliquait mi-avril qu’un étudiant de Berkeley a également été évacué d’une vol parce qu’il parlait arabe au téléphone. «Khairuldeen Makhzoomi, un réfugié irakien, parlait avec son oncle de Baghdad avant que l’avion ne décolle.» Mais quand il a dit «Inch’Allah», qui veut dire «si Dieu le veut» en arabe, une passagère a décidé qu’il fallait le signaler aux autorités. Le FBI va alors le fouiller et la compagnie a préféré lui rembourser son billet que de le laisser embarquer.

Interrogé par le Washington Post sur cette nouvelle affaire qui le concerne, le professeur Guido Menzio a tenu à montrer son inquiétude vis-à-vis du climat de paranoïa qui règne aux Etats-Unis et le climat de peur instauré par des politiques comme Donald Trump. «Aujourd’hui aux Etats-Unis, la seule chose qui est plus effrayante que les étrangers, ce sont les maths…», ironise le Washington Post.

Slate.fr

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