Monde

Facebook a poussé les Britanniques à aller voter (et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle)

Grégor Brandy, mis à jour le 06.05.2016 à 17 h 30

Avec son bouton «je vote», Facebook a pu jouer outre-Manche un rôle important lors de l’élection du 5 mai.

Bureau de vote à Barnes, banlieue ausud-ouest de Londres, le 5 mai 2016 | BEN STANSALL/AFP

Bureau de vote à Barnes, banlieue ausud-ouest de Londres, le 5 mai 2016 | BEN STANSALL/AFP

On saura cet après-midi qui va succéder à Boris Johnson au poste de maire de Londres. De nombreuses élections, entre autres municipales, se tenaient jeudi 5 mai au Royaume-Uni. Après un peu plus des deux tiers des votes londoniens dépouillés, le Travailliste Sadiq Khan était largement en tête avec 44% des voix, devant le Conservateur Zac Goldsmith (35%). Quant à la participation, on ne la connaît toujours pas mais une journaliste du Guardian rapportait dans la soirée que la Parti travailliste s’inquiétait d’une participation plus faible que prévue:

Pourtant, Facebook a fait son possible pour inciter tous les citoyens à se rendre aux urnes. Si vous avez des amis qui ont voté ce jeudi, vous avez peut-être vu ce genre de posts surgir dans votre fil d’actualité.

Comme l’explique The Independent, Facebook «essaie une fois de plus des fonctionnalités pour encourager les gens à se lever et à aller voter». Le réseau social mettait en avant sur le profil des résidents britanniques un bouton en haut de leur fil d’actualité:

«Les utilisateurs voyaient également une liste de leurs amis qui l’avaient déjà utilisé, ainsi que le nombre total de personnes qui avaient cliqué dessus –au moins plusieurs centaines de milliers.»

Facebook a d’ailleurs été rejoint par Twitter, qui avait développé un hashtag spécial avec #iVoted, mais aussi par Snapchat, qui avait développé des filtres spéciaux pour l’élection.

Influencer le vote

En avril déjà, Facebook s’était déjà impliqué dans ces élections: le réseau social avait largement encouragé les électeurs britanniques à s’inscrire sur les listes électorales pour améliorer la participation. En partenariat avec la commission électorale britannique, le réseau social avait inséré «un message dans les fils d’actualité des utilisateurs britanniques qui peuvent voter en leur faisant savoir que la date limite pour s’inscrire était la semaine suivante, et renvoyait vers le portail d’inscription de gouvernement britannique». Business Insider précise que le gouvernement britannique n’avait en revanche pas payé Facebook pour cette démarche.

Capture d’écran Facebook faite par Business Insider

Business Insider mentionnait aussi «une étude conduite en 2010 [qui] avait démontré que 340.000 personnes s’étaient rendues aux urnes lors d’une élection américaine pour le Congrès grâce à un message Facebook informant les utilisateurs que c’était jour d’élections». Autant dire que Facebook a pu jouer un rôle important lors de cette élection. Pas étonnant que les partis politique aient dépensé, comme le souligne The Independent, des centaines de milliers de livres par mois en publicité sur les réseaux sociaux.

Pour autant, Facebook assure être neutre et ne pas chercher à faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Reste que le réseau social pourrait bien en être capable. Vous avec peut-être vu passer ce sondage interne d’employés de Facebook se demandant si le site devait faire quelque chose contre la candidature de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. Après sa publication dans la presse américaine, Facebook avait répondu qu’il resterait neutre, ce qui ne plaît pas vraiment à tout le monde:

«Nous encourageons tous les candidats, groupes et électeurs à utiliser notre plate-forme pour partager leurs vues sur l’élections et débattre des sujets. En tant qu’entreprise, nous sommes neutres –nous n’avons pas utilisé et n’utiliserons pas nos produits afin d’essayer d’influencer le vote des gens.»

Candidat empêché

Si vous trouvez que ce serait une bonne idée que Facebook empêche l’élection de candidats racistes ou xénophobes, pour beaucoup, l’idée que Facebook puisse déterminer le sort d’une élection est encore plus terrifiante:

«Personnellement, je pense qu’un monde où les gens peuvent traverser librement les frontières constitue un idéal auquel il est bon d’aspirer, écrivait ainsi Eric Levitz dans le New York Magazine. Mais je ne suis pas sûr que je veuille voir Facebook se charger d’empêcher les États-Unis d’adopter une politique d’immigration plus restrictive.»

Reste que si Facebook ne vous pousse pas (encore) à voter pour tel ou tel candidat (il suffirait parfois de faire remonter certains commentaires plutôt que d’autres, estime le New York Mag), son algorithme n’a pas vraiment pour but de vous aider à écouter le parti adverse, rappelle The Independent:

«L’année dernière, Facebook a découvert que ses utilisateurs ont tendance à cliquer seulement sur les liens avec lesquels ils sont d’accord. Cela voulait dire que le fil d’actualité allait prioritariser les mêmes genres de liens, montrant ainsi des choses similaires aux gens dans le futur. Ainsi le site se transforme en “chambre d’écho” où les gens n’entendent que les personnes avec lesquelles ils sont d’accord.»

Grégor Brandy
Grégor Brandy (439 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte