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Pour vivre heureux, apprenez à devenir chanceux

La chance peut-elle se réviser comme une leçon de mathématiques ou de français ? | Moyan Brenn via Flickr CC License by

La chance peut-elle se réviser comme une leçon de mathématiques ou de français ? | Moyan Brenn via Flickr CC License by

Avec son cours «Go Luck Yourself», le professeur de psychologie Matthew Smith enseigne la chance et, par ricochet, le bonheur.

«Va te faire enchancer.» C'est avec ce néologisme classieux que l'on peut traduire «Go Luck Yourself», jeu de mots choisi par Matthew Smith pour nommer son cours à l'université nouvelle de Buckinghamshire. Ce psychologue travaille sur le concept de chance depuis sa thèse et a développé un ensemble de théories et de bonnes pratiques pour favoriser l'impression d'être chanceux dans la vie.

Premier exemple:

«Vous êtes à la banque au moment où des braqueurs pénètrent dans l'agence. Ils sont lourdement armés et l'un d'eux vous tire dans le bras. Vous considérez-vous comme chanceux ou malchanceux?»

La réponse vous semble évidente? Elle divise pourtant souvent l'assemblée en deux camps de taille similaire. Par cet exercice, Matthew Smith montre sans jugement que le sentiment de chance varie entre les individus, certains estimant qu'il est si peu probable de se retrouver à cet endroit et à ce moment qu'ils ont joué de malchance, quand d'autres estiment que; dans une telle situation, une blessure au bras constitue un moindre mal, et donc un signe de chance.

Au-delà du sentiment, la chance réelle s'auto-entretient. Vous voyez cet-te ami-e qui trouve toujours une place de parking, même dans les situations qui semblent les plus désespérées? Ce phénomène de l'ange du parking n'est pas qu'une impression: ceux qui y croient se découragent moins vite, sont plus attentifs et finissent par trouver. Et cette réussite renforce la croyance, qui renforce les probabilités de succès. Ce phénomène de «prophétie autoréalisatrice» pousse certains à considérer la chance comme interne à sa personne, stable dans le temp et finalement contrôlable, au moins partiellement. Ce sont ces trois idées que Matthew Smith veut vous voir devenir vôtres.


Gratitude et optimisme

Selon Matthew Smith, pour favoriser le sentiment de chance —et donc par ricochet la chance elle-même— il faut adopter une nouvelle façon de voir les évènements qui nous arrivent. Pour cela, il propose notamment un exercice connu puisque repris dans un livre très médiatisé à sa sortie: noter chaque soir trois évènements de notre journée pour lesquels nous sommes reconnaissants. Pas forcément envers quelqu'un, mais reconnaissant du simple fait que cela nous soit arrivé.

Pour favoriser la chance, il faut adopter une nouvelle façon de voir ce qui nous arrive

 

Ce travail de développement de la gratitude permet de dépasser plus rapidement et plus facilement les mauvaises expériences en se concentrant sur celles heureuses. Selon le professeur de psychologie, la gratitude rend aussi plus créatif et plus vif intellectuellement, ce qui favorise les expériences chanceuses. Exprimer sa gratitude verbalement permet enfin de renforcer les liens entre personnes, avec des conséquences évidentes sur la probabilité d'évènements heureux et leur perception comme fruit de la providence. 

 

L'optimisme constitue la seconde porte d'accès à la chance. Il est central dans le concept des prophéties autoréalisatrices. Pour favoriser la chance, Matthew Smith met en garde contre ce qu'il nomme l'optimisme défensif, soit se préparer au pire dans chaque situation afin d'éviter la déception et d'être dans tous les cas heureux de l'issue du problème. Selon le chercheur, ce comportement, qui peut sembler positif, ne favorise pas les comportements positifs qui entrent en jeu dans les prophéties autoréalisatrices. Il serait donc à bannir. 

À l'inverse, le psychologue valorise l'optimisme appris. Il s'agit de l'habitude de toujours expliquer ses expériences, même malheureuses, de manière positive. L'effet d'entraînement du sentiment de chance serait quasi mécanique. Pour montrer qu'on peut trouver du positif dans les pires situations, Matthew Smith illustre son cours avec un exemple quelque peu extrême: l'histoire de Martine Wright, qui a perdu ses deux jambes dans les attentats du métro de Londres de 2005 avant de devenir athlète olympique de volle-ball et qui se dit «chanceuse» de la tournure qu'a pris sa vie. L'optimisme permet enfin de minimiser la malchance en la considérant comme quelque chose d'externe à soi, de ponctuel et de spécifique à un évènement passé.

 

Ouvrir les yeux

Le dernier grand conseil de «Go Luck Yourself» porte sur l'attention quotidienne. Car même si vous notez a posteriori les bonnes choses qui vous sont arrivées, il est fort possible que vous ratiez un grand nombre d'opportunités et que vous passiez donc à côté de votre chance. Pour appuyer son propos, Matthew Smith diffuse cette vidéo que l'on ne vous spoilera pas:


Si vous avez raté le gorille (si cette phrase n'a pas de sens, regardez la vidéo plus haut), il va falloir adopter une pensée plus globale. Autre exercice: regardez l'image ci-dessous, extraite du cours de Matthew Smith, et plus particulièrement la forme du haut, composée de trois triangles. À quelle forme du dessous l'associez-vous spontanément? Il n'y a pas de mauvaise réponse. Sachez néanmoins que si vous répondez «les quatre triangles», votre pensée se concentre sur des éléments plus que sur une situation dans son ensemble. Pas étonnant que vous ratiez les opportunités offertes par la chance.

Quelle figure associez-vous spontanément à celle du haut? Les trois carrés ou les quatre triangles?

Comment être plus attentif, avoir une pensée plus globale? Le professeur de psychologie conseille de travailler en faisant davantage attention à ce qu'il se passe autour de nous. Il indique aussi que les comportements plus ouverts, et donc plus favorables à la chance, se retrouvent chez ceux qui considèrent que l'on est maître de sa vie, que ce qui nous arrive n'est pas l'objet du hasard. Pour adopter cette démarche volontaire, pas la peine de se demander à chaque situation si l'on peut avoir du contrôle ou non dessus. Matthew Smith ne donne qu'un conseil: osez essayer!

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