AllemagneMonde

En Allemagne, plus de 5.000 réfugiés mineurs ont disparu

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 06.05.2016 à 17 h 40

Repéré sur Berliner Zeitung, BumF, Die Zeit

Il n’est pas exclu que des mineurs soient tombés entre les mains de réseaux criminels. Mais ce n’est pas la seule hypothèse.

De jeunes réfugiés syriens à Clausnitz, en Allemagne, le 2 mars 2106 | JENS SCHLUETER/AFP

De jeunes réfugiés syriens à Clausnitz, en Allemagne, le 2 mars 2106 | JENS SCHLUETER/AFP

Parmi les centaines de milliers de migrants qui sont arrivés en Allemagne ces derniers mois, se trouvent de nombreux adolescents et enfants non accompagnés. D’après les statistiques officielles, 70.000 réfugiés mineurs vivent actuellement en Allemagne. Mais plus de 5.000 d’entre eux se sont évanouis dans la nature après avoir été placés dans des foyers d’accueil, s’inquiète le quotidien Berliner Zeitung:

«L’an passé, l’Office fédéral de police criminelle a enregistré 8.006 disparitions de réfugiés mineurs qui s’étaient rendus en Allemagne sans leurs parents. 2.171 ont refait surface; 5.835 sont toujours portés disparus.»

Ces disparitions inquiétantes recoupent plusieurs situations. D’après la police berlinoise, qui recherche actuellement sept adolescents et un enfant, les réfugiés mineurs poursuivent souvent leur voyage vers un autre pays européen «pour rejoindre des membres de leur famille ou avoir de meilleures perspectives individuelles».

L’éventualité que certains mineurs aient pu tomber entre les mains de réseaux criminels n’est également pas à exclure. Ulrike Schwarz, membre de l’Association fédérale des réfugiés mineurs non accompagnés, énumère les dangers auxquels ils sont exposés: «prostitution, esclavage, servitude pour dettes, mendicité organisée, travail forcé, prélèvement d’organe, exploitation sexuelle». Dans un communiqué de presse publié en avril 2016, cette organisation précisait avoir reçu des informations selon lesquelles «des mineurs non accompagnés sont forcés à se prostituer ou à voler parce qu’ils doivent par exemple encore de l’argent aux passeurs».

Faux noms et failles bureaucratiques

Il est également fréquent que certains mineurs s’inscrivent sous un faux nom auprès de l’administration d’un Land puis en gagnent un autre et s’y inscrivent à nouveau sous une autre identité –les empreintes digitales des enfants de moins de 14 ans n’étant pas enregistrées par les autorités allemandes. L’objectif de cette manœuvre qui fausse les chiffres est de pouvoir s’installer par la suite dans le Land de leur choix (ou de celui de leurs parents) –car les réfugiés inscrits dans un Land sont tenus d’y rester.

C’est l’hypothèse que fait Beate Saupe-Skurcz, directrice pédagogique du Bureau central des réfugiés mineurs non accompagnés à Berlin, selon laquelle certaines familles de réfugiés tentent d’utiliser les failles du système actuel en envoyant leurs enfants s’inscrire seuls auprès de l’administration, pour être ensuite admis dans un Land plutôt qu’un autre:

«La plupart d’entre eux ont un plan. Ils doivent récupérer Papa et Maman. […] Dès que l’enfant est inscrit, les parents ont alors de bonnes chances de pouvoir rester à Berlin.»

L’Office fédéral de police criminelle estime ainsi que le nombre réel de disparitions pourrait être plus bas. En raison du manque de communication entre les différents Länder, les mineurs disparus peuvent avoir été signalés à plusieurs reprises. Le Berliner Zeitung rappelle à ce titre que ce n’est que depuis février 2016 qu’une loi rend possible l’échange de données entre les différents services répartis sur l’ensemble du territoire allemand.

En février 2016, l’hebdomadaire Die Zeit pointait déjà ces défaillances de la bureaucratie allemande, expliquant notamment que les réfugiés qui quittaient les foyers d’hébergement d’urgence pour aller vivre chez des proches ou déménageaient dans un autre Land étaient considérés à tort comme disparus par l’administration.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte