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Une journaliste américaine diffuse sa visite à Pyongyang sur Periscope

Anna Fifield. Periscope

Anna Fifield. Periscope

Bienvenue en Corée du Nord. Méfiez-vous de ce que vous voyez.

Le régime nord-coréen est l’un des plus opaques du monde. Alors chaque petite intrusion devient passionnante et donne l’impression d’en apprendre un peu plus sur le pays. Et, quand Anna Fifield, une journaliste du Washington Post, responsable du bureau de Tokyo, commence à se filmer dans la capitale nord-coréenne, en direct, grâce à Periscope, c’est un petit événement.

«Je marche dans les rues de Pyongyang. Les autorités nord-coréennes ont accrédité 130 journalistes étrangers de différents pays: des Britanniques, des Espagnols, des Français, des Japonais, des Chinois. Je pensais tester ça et filmer pendant qu’on remonte la rue. Je vais essayer autant de Periscopes que je peux depuis le congrès.»

Comme l’explique Le Monde, ce congrès du Parti des travailleurs est «destiné à renforcer le pouvoir de son numéro un, Kim Jong-un. Il s’agit du plus important rassemblement du parti unique au pouvoir depuis 1980, alors que la communauté internationale s’inquiète de l’éventualité d’un cinquième essai nucléaire nord-coréen».

Pendant qu’elle filme, de nombreuses personnes la remercient, la plupart fascinés de découvrir la Corée du Nord depuis le smartphone d’une journaliste. Anna Fifield interviewe également rapidement l’homme qui est censé surveiller les journalistes mais qui se présente comme leur «guide», M. Pak.

«Ils nous accompagnent tout le temps»

Quand un internaute lui demande si c’est la «glasnost» de la Corée du Nord, la journaliste lui répond que non et rappelle que tout ce qui est diffusé l’est parce que le régime nord-coréen le veut bien. Elle le rappellera à de nombreuses reprises au cours de ses deux Periscopes:

Ce n’est donc pas du tout la vraie Corée du Nord. C’est le côté de Pyongyang que les personnes qui nous surveillent veulent bien nous montrer

Anna Fifield, journaliste du Washington Post

«Vous devriez savoir que nous sommes surveillés, nous sommes dans le cœur de Pyongyang, le lieu où se trouve l’élite du régime, et les personnes les plus loyales à ce régime.

 

Ce n’est donc pas du tout la vraie Corée du Nord. C’est le côté de Pyongyang que les personnes qui nous surveillent veulent bien nous montrer. [...] Ce sont eux qui nous ont amenés ici. Ils nous accompagnent tout le temps. Nous ne sommes pas libres d’aller où nous voulons. Malgré cela, nous voulions être là. C’est un événement important. Les Nord-Coréens nous veulent là, et nous souhaitons être ici.»

Dans un post publié sur Medium, elle expliquait que c’était sa septième visite en Corée du Nord:

«Comme d’habitude, notre itinéraire au cours de la prochaine semaine sera solidement chorégraphié pour que l’on ne puisse voir que ce que le régime veut bien que l’on observe, et deux personnes nous ont été assignées, M. Pak et M. Jang, pour nous accompagner partout.»

Mais, comme elle le signale dans son deuxième Periscope, même si elle n’est pas libre de ses mouvements, elle juge qu’il est «toujours mieux d’avoir peu d’informations que pas d’informations du tout».

En montrant un jardin, elle rappelle que les préparatifs ont duré soixante-dix jours. De son côté, l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a dénoncé des conditions de «travail forcé».

Un peu plus tard, Anna Fifield a réalisé un autre Periscope depuis le même endroit (les journalistes n’ont pas eu l’autorisation de se rapprocher) d’une quinzaine de minutes où elle montre les nouveautés de la ville (les immeubles, ou les six entreprises de taxis et leur coût, des couloirs pour les vélos) et quelques éléments plus connus, comme les agents qui s’occupent de la circulation.

Ils savent que j’utilise Periscope. J’ai fait un live sur Facebook hier soir

Anna Fifield

Informations triviales

Elle profite de l’interaction pour répondre aux questions des internautes:

«Beaucoup de gens m’ont demandé comment je peux utiliser Periscope. J’ai une carte sim nord-coréenne dans mon téléphone. J’ai pris un abonnement qui me permet d’aller sur internet. Je peux utiliser Instagram, mais pour Twitter, Facebook et Periscope, je crois, j’utilise un VPN. [...] Ils savent que j’utilise Periscope. J’ai fait un live sur Facebook hier soir.»

Sur Medium, elle soulignait d’ailleurs que la connexion internet de la salle de presse était «étonnament rapide» et que personne n’y a d’habitude accès à l’exception d’une poignée de membres de l’élite nord-coréenne.

Elle donne également quelques informations plus triviales comme quand on lui demande s’il fait moche tous les jours dans le pays. La veille, explique-t-elle, le soleil rayonnait. «C’est un jour férié, en raison du congrès. Aucun magasin n’est ouvert. C’est calme, comme pendant tous les jours fériés, dans le monde.»

Après quelques minutes, des responsables nord-coréens viennent leur dire qu’il faut désormais rejoindre le bus. En chemin, elle essaie d’interviewer une marchande mais la diffusion se coupe. On la retrouve quelques secondes plus tard en train de filmer des scènes supposément de la vie de tous les jours:

«Des gens attendent le bus. Ils me regardent et se demandent ce que je suis en train de faire.»

Anna Fifield a également posté de nombreuses photos sur son compte Instagram.

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