Monde

Skype, le nouveau parloir

Robin Panfili, mis à jour le 06.05.2016 à 12 h 21

Dans les prisons américaines, les visites au parloir disparaissent peu à peu au profit d’appels payants en visioconférence. Et cela pose problème.

Un extrait de conversation vidéo avec une détenue sur la plateforme de Seculus | Mic via YouTube

Un extrait de conversation vidéo avec une détenue sur la plateforme de Seculus | Mic via YouTube

Dans la prison de Travis County, près de la ville d’Austin, au Texas, les visites de proches sont à nouveau autorisées depuis le 19 avril. Une victoire pour les militants associatifs et les familles de détenus, qui, depuis mai 2013, dénonçaient la fin des visites en tête-à-tête ou au parloir au profit d’appels payants en visioconférence.

Dans une enquête, le magazine Mic se penche sur ce «Skype des prisons», géré par Seculus, une entreprise extérieure, sur ses défaillances et ses effets sur les conditions de détention au sein des établissements pénitentiaires. Aux États-Unis, ce sont près de 600 prisons qui sont aujourd’hui équipées de ces systèmes d’appels vidéo. Et, chaque année, de nouvelles prisons emboîtent le pas.

Si les directeurs de centres pénitentiaires vantent les mérites de ce système de communication à distance, dans les faits, difficile de leur donner raison, nuance Mic. Après la disparition des rencontres physiques ou visuelles au parloir de la prison de Travis County, les violences entre les détenus, les sanctions disciplinaires et la possession de produits de contrebande ont augmenté chez les détenus. Le magazine note également le rôle bénéfique du parloir dans la prévention de la récidive:

«Peut-être que ce qui joue le plus en faveur des visites au parloir, c’est qu’elles permettent aux détenus de ne pas retourner en prison. Le taux de récidive se réduit considérablement pour ceux qui gardent des liens forts avec leur famille et leurs proches au cours de leur incarcération.»

L’article fait également état des difficultés techniques qui émaillent ces rencontres à distance, à l’image de ce qu’à vécu Lauren Johnson, ancienne détenue et membre d’une association d’aide à la réinsertion après l’incarcération.

«Allô, tu m’entends, là?»

Lors de son appel vidéo payant –10 dollars pour vingt minutes– avec une ancienne codétenue, Lauren Johnson raconte avoir passé la plus grande partie de la discussion à demander: «Allô, tu m’entends, là?» La connexion ne fonctionnait pas, ou très mal, et l’image était saccadée, même après avoir changé deux fois d’ordinateur. Sur sa chaîne YouTube, Mic a publié une vidéo pour montrer à quoi ressemble le logiciel:

En France, il n’est pas encore question de remplacer les visites par des appels en visioconférence payants. Et pourtant, pour des associations comme l’Observatoire international des prisons ou Ensemble contre la récidive, l’arrivée de Skype –un logiciel d’appel vidéo ou audio gratuit– dans les établissements pénitentiaires serait une expérimentation à ne pas remiser d’office.

Non pas pour remplacer et mettre un terme aux visites au parloir mais plutôt pour rendre le contact entre les détenus et leurs proches plus facile, expliquait Pierre Botton, fondateur de l’association Ensemble contre la récidive, en 2014 au JDD:

«L’administration lutte encore contre internet et Skype en prison au nom évidemment de la sécurité. Mais Skype en prison, cela changerait tout! Aujourd’hui, pour des enfants, il est très difficile de venir voir une mère ou un père incarcéré. Pas de parloir le dimanche, le soir après l’école, les jours fériés.»

Plusieurs pays européens ont d’ores et déjà fait entrer Skype dans leurs établissements pénitentiaires, en Pologne ou en Irlande du Nord par exemple. Mais, comme l’expliquait Rue89 dans un article très complet, la France, le ministère de la Justice et l’Administration pénitentiaire entretiennent un rapport assez compliqué avec la question de l’accès à internet pour les détenus.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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