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Donald Trump ne sera pas président des États-Unis

Temps de lecture : 6 min

Pour gagner, il faudrait qu’il remporte de très nombreuses voix chez des populations d’électeurs qui, précisément, le détestent: les Afro-Américains, les Latinos et les femmes.

Donald Trump en meeting à Milford (New Hampshire), le 2 février 2016. JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.
Donald Trump en meeting à Milford (New Hampshire), le 2 février 2016. JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Maintenant que Donald Trump n’est plus qu’à quelques délégués de la nomination républicaine, les conversations entre commentateurs sont désormais axées sur son éligibilité et sur son «changement» en vue de la présidentielle. Les experts qui ignorèrent jadis les sondages en disant que Trump allait perdre la nomination nous avertissent désormais qu’il faut le prendre au sérieux. Il va prendre un ton «plus présidentiel». Il va attaquer Hillary Clinton de tous côtés. Il va être redoutable. Il pourrait même gagner.

Enfin, du moins, c’est le discours avancé.

Mais avant d’en arriver là, il nous faut répondre à une question simple. Comment Donald Trump va-t-il s’y prendre pour améliorer les scores réalisés par Mitt Romney lors de la campagne présidentielle de 2012? Que va-t-il gagner que Romney avait perdu?

Romney n’était pas un mauvais candidat. Il avait mené de manière compétente une campagne très professionnelle contre un président en exercice qui souffrait d’un taux de chômage élevé et d’une croissance lente. Certes, Romney n’était pas donné favori, mais il enregistrait de meilleurs résultats que la plupart des candidats opposés à un président en exercice. Si vous pensez que Trump peut gagner (en dehors de tout choc exogène, comme un attentat ou une récession), vous devez démontrer comment il peut faire mieux que Romney. Vous devez sortir du domaine des spéculations pour entrer dans le monde du réel, le monde tel qu’il est.

Comment ferait-il mieux que Romney?

L’idée que Trump soit un vainqueur plausible part de la même erreur qui avait d’abord conduit les analystes à le dédaigner, même après les primaires de l’Iowa et du New Hampshire. Ensuite, les observateurs virent les sondages (qui montraient avec précision son attrait auprès d’un large panel d’électeurs républicains), mais ils refusèrent de les croire. Il était impensable que des candidats si ostensiblement talentueux s’avèrent incapables de stopper l’ascension de Trump.

C’est pourtant ce qui s’est passé. Si Trump avait fait son entrée dans la compétition comme une sorte d’Icare (un candidat qui vise le sommet, mais disparaît dès que la chaleur est trop intense), il était devenu autre chose à l’automne. C’était une vraie présence parmi les candidats, qui bénéficiait d’un vrai soutien de la part des électeurs républicains. Personne ne s’embêta à essayer de l’arrêter. Craignant de s’aliéner les partisans de Trump, les leaders républicains se désarmèrent eux-mêmes. Redoutant ses attaques, les donateurs républicains refusèrent de financer une confrontation. Sous-estimant la menace qu’il représentait, les candidats républicains préférèrent s’occuper de leur campagne personnelle plutôt que de bloquer le candidat le plus en vue. Aussi, lorsque les électeurs républicains se rendirent aux urnes, Trump s’était déjà forgé un électorat.

Rien de tout cela ne va rester valable pour l'élection présidentielle. À l’inverse des Républicains, les Démocrates prévoient d’attaquer Trump de toutes parts. Et ils projettent d’exploiter certaines de ses faiblesses, auxquelles les Républicains n’avaient pas touché avant qu’il ne soit trop tard pour le stopper. Ils vont attaquer Trump sur le fait qu’il est ouvertement misogyne, ils vont médiatiser ses actions racistes. Ils vont l’attaquer sur son point fort, avec des histoires de gens ordinaires qu’il a escroqués. Ils vont mettre en avant sa méconnaissance totale du monde et de la gestion politique.

Nourris depuis des années à la colère contre l’establishment et à la politique identitaire blanche, les électeurs de base du parti républicain ont adoré voir Trump bousculer le monde politique en place et l’ont approuvé lorsqu’il a parlé de construire un mur entre les États-Unis et le Mexique ou d’interdire l'entrée des musulmans. Comme Sharon Angle, Todd Akin et Christine O’Donnell, Trump semble taillé sur mesurespour répondre à la pluralité méfiante et furieuse du parti républicain. Toutefois, les sondages qui montraient, à juste titre, Trump en tête des primaires républicaines le donnaient aussi largement perdant lors de la présidentielle. Comme ses prédécesseurs des marges, Trump révulse les électeurs ordinaires.

Ce qui nous ramène à notre question. Si Trump est un candidat viable pour la présidentielle (s’il a une chance d’accéder à la Maison-Blanche), comment va-t-il s’y prendre? Comment va-t-il réussir à faire mieux que Mitt Romney?

Observons l’électorat populaire. Trump doit gagner près de 3 millions de voix de plus pour changer la donne. Et il doit le faire dans un environnement où le président sortant est populaire, où la croissance est là et où la majorité des citoyens sont satisfaits de la direction que prend leur vie. En soi, c’est une situation difficile pour un candidat d’opposition.

Impopulaire chez les latinos, les Afro-Américains, les femmes

Jetons un œil à la carte électorale. Pour réussir là où Romney a échoué, Trump doit faire basculer au moins 69 grands électeurs. S’il remporte les quatre plus importants swing states (la Floride, la Caroline du Nord, l’Ohio et la Virginie), plus le New Hampshire, il gagne. S’il remporte le Midwest, il gagne. S’il l’emporte dans tout le Sud, plus le New Hampshire ou l’Iowa, il gagne.

Mais, en pratique, comment cela peut-il se passer? La Floride, par exemple, est un État décisif. Les Républicains ne peuvent gagner sans elle. Pour renverser le vote en Floride, Trump doit faire mieux que Romney auprès des électeurs latino-américains —il n’y a pas assez d’électeurs blancs non hispaniques pour faire la différence. Et quelle est la cote de popularité de Trump auprès des latinos?

D’après un sondage récent de Latino Decisions, 87% de tous les électeurs latino-américains auraient un point de vue négatif sur Trump. En Floride, ils sont 84%. Dans d’autres swing states à forte présence latino-américaine, comme le Colorado et le Nevada, ils sont respectivement 91% et 87% à avoir une opinion négative de lui. Si Trump s’aliène 87% de l’électorat latino à l’échelle du pays (et que rien n’a changé par rapport à 2012), les Démocrates peuvent ajouter la Caroline du Nord à leurs résultats de 2012… et plus de 8 millions de voix.

Qu’en est-il des Afro-Américains? Il n’y a pas eu de sondage détaillé sur le vote noir et Trump, mais la plupart des enquêtes menées à l’échelle nationale montrent une opinion défavorable oscillant entre les 80 et 90%. Si le vote noir reste sur sa trajectoire actuelle, Trump devra remporter 15% de l’électorat afro-américain pour espérer prendre les swing states critiques aux Démocrates. (Un Trump qui parviendrait à accomplir cela serait aussi un Trump qui serait clairement en train de gagner). Aucun candidat républicain n’a réussi à gagner plus de 15% de l’électorat afro-américain depuis 60 ans.

Trump est aussi très impopulaire chez les femmes. D’après un récent sondage Gallup, elles seraient 70% à avoir une image négative de lui. Si Trump perd 70% de l’électorat féminin, il a perdu. Point barre.

Et l’électorat blanc? La part blanche de l’électorat a diminué de 2 points pour passer à 69%, tandis que les proportions d’Hispaniques, de Noirs et d’Asiatiques ont augmenté. À vrai dire, la grande majorité des 10,7 millions d’électeurs supplémentaires qui pourront se présenter aux urnes vient de groupes non blancs. Si rien d’autre ne change par rapport aux résultats de 2012, le candidat démocrate l’emportera avec encore plus de voix. Compte tenu de cela, comme Greg Sargent l’a détaillé pour le Washington Post, Trump devrait faire considérablement mieux que Romney auprès de la population blanche pour l’emporter dans des États de la Rust Belt comme le Michigan, le Wisconsin, l’Ohio et la Pennsylvanie.

Donald Trump entre dans cette élection présidentielle avec un gros déficit dans les sondages face à Clinton, une impopularité importante et un fort vent contraire démographique. À moins qu’il ne gagne une part sans précédent de l’électorat noir et latino, ou, sans amélioration de l’électorat non blanc, qu’il ne séduise une proportion record d’électeurs blancs, il perdra. Et pour gagner, il devra réaliser cet exploit alors qu’il est le candidat le plus impopulaire dans les sondages depuis 30 ans. Ajoutons à cela qu’il fait face à un parti démocrate en pleine forme, dont les représentants (parmi lesquels un ancien président) sillonnent le pays en faisant campagne contre lui. Et que le parti républicain est divisé. Et qu’il va lui falloir tempérer son caractère profondément misogyne et raciste. Et tout cela, encore une fois, alors que le pays est en croissance économique et que le président sortant est apprécié (soit des atouts solides pour le candidat démocrate).

Pour gagner, il faudrait que Donald Trump devienne quelqu’un de radicalement différent.

Donald Trump ne va pas gagner.

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