Culture

Chers membres de Radiohead, voici quelques idées pour teaser votre album

Temps de lecture : 5 min

Ces dernières années, l'industrie musicale à rivalisé d'ingéniosité pour renouveler l'expérience de sortie d'un disque.

Thom Yorke aux Arènes de Nîmes, en juillet 2012. SYLVAIN THOMAS / AFP
Thom Yorke aux Arènes de Nîmes, en juillet 2012. SYLVAIN THOMAS / AFP

Radiohead est de retour. Cinq ans après son dernier album et 48 heures après avoir fait mine d'effacer toute trace de lui sur internet, le groupe britannique vient de sortir «Burn The Witch», un premier single qui annonce un album à venir.


Ce coup de comm' (presque) sans comm' aura au moins permis de susciter une attente encore plus grande auprès de leurs fans et de leurs haters. Mais pour faire mieux (ou pire, selon votre camp) dans les prochaines semaines, nous avons réfléchi à comment la bande de Thom Yorke pourrait opérer la sortie de son neuvième album, en s'inspirant de stratégies ébauchées dans le secteur musical ces dernières années.

1.Dans un épisode de Game of Thrones

Près de 8 millions de personnes ont regardé le premier épisode de la sixième saison de Game of Thrones aux États-Unis. Un million de personnes l'ont téléchargé illégalement dans les heures qui ont suivi. Alors, pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups et utiliser un autre morceau du nouvel album de Radiohead en générique de fin d'un épisode de cette saison? À une moindre échelle, c'est ce qu'ont (presque) fait DJ Shadow et Run the Jewels avec la série Silicon Valley, qui a repris le même jour et sur la même chaîne:

«DJ Shadow avait sorti le morceau “Nobody Speak” dix jours plus tôt, mais les responsables de la musique de Silicon Valley avaient pu y avoir accès plusieurs mois avant, grâce à la relation qu'ils entretiennent avec le label Mass Appeal.»


Et comme on peut le voir, le lendemain de la sortie de l'épisode, il y a eu un pic de recherche du morceau sur Google:

2.En le construisant devant les fans

Kanye West ne s'est pas arrêté de travailler après la mise en ligne de The Life of Pablo, son dernier album. Plutôt que de penser à de nouveaux morceaux, le rappeur de Chicago a profité de son temps libre pour continuer à travailler sur ceux qui venaient de sortir. Certains morceaux comme «Famous» ou «Wolves» ont été retravaillés au fil du temps, et les nouvelles versions ont remplacé les versions précédentes.

Alors autant aller jusqu'au bout, en construisant l'album au fur et à mesure et en dévoilant tout au public, des premiers accords aux derniers arrangements, comme si le disque devenait un making-of géant.

3.En dévoilant un morceau par mois

Plutôt que de sortir un nouvel album, les Raveonettes ont préféré se lancer comme défi de sortir un morceau par mois au cours de l'année 2016. Cet «anti-album», intitulé «Rave-Sound-of-the-Month», doit mener les fans du groupe danois «dans une expédition de douze mois, potentiellement schizophrénique et décousue, ou cohérente et intimement liée». Les Raveonettes ont depuis sorti quatre morceaux, dont le dernier, «Junko Ozawa», il y a quelques jours.

4.En le sortant uniquement en K7

Trente ans après avoir été rendues obsolètes par le CD, les K7 sont de retour chez les hipsters. Quartz expliquait récemment que pour les gens qui en rachètent, ce n'est pas vraiment la qualité du son qui compte, mais plus l'expérience que l'on peut en retirer:

«Écouter une K7 nous pousse à écouter différemment (on ne peut pas changer de morceau, par exemple) et suscite une nostalgie amenée par un son différent (de moindre qualité, d'un certaine façon) de celui des CD masterisés.»

Quartz mettait également en avant les faibles coûts de production, avantageux pour les groupes indépendants:

«C'est sans doute autant un coup marketing qu'un réel désir de tester la qualité du son sur différents médias, expliquait un responsable de magasin indépendant à New York. Depuis qu'elles ont quitté le marché mainstream, les K7 ont été utilisées pour enregistrer de la musique expérimentale et d'avant-garde. Grâce à ce passé, enregistrer sur K7 donne à un groupe un certain niveau de crédibilité indé.»

Ces derniers mois, plusieurs artistes et labels ont donc décidé de passer directement par la case K7. Et pas seulement les indépendants, mais aussi quelques-uns signés par des majors. L'année dernière, The Verge allait encore plus loin et évoquait le retour du magnétophone. Ne manquent plus que les MiniDiscs et les laserdiscs.

5.En demandant aux auditeurs de choisir les morceaux

L'idée est simple: composer une vingtaine de chansons, et demander aux auditeurs de sélectionner les dix qu'ils veulent garder dans leur album personnalisé.

La technique avait notamment été développée par les Britanniques de Kaiser Chiefs, en 2011, avec The Future is Medieval.

«Les fans peuvent concevoir leur propre couverture d'album, payer 7,50 livres pour le télécharger et gagner de l'argent s'ils le recommandent à leurs amis qui l'achètent aussi.»

D'autant que cela permet également d'éviter de se perdre dans la liste des morceaux, comme l'expliquait alors le batteur du groupe Nick Hodgson au NME:

«Nous n'avions pas à autant penser à ce que nous voulions dire. On pouvait se concentrer sur chaque morceau pour qu'il soit fidèle à lui-même, plutôt que de l'intégrer à quelque chose de plus large. Nous n'avions pas besoin de penser à la place qu'il allait avoir dans l'album.»

Une technique qui permet aussi de faire payer deux à trois fois pour un même album.

6.En jouant l'album live dans un lieu original

Wee Waa est un petit village australien de 2.000 habitants dont la foire agricole a fait la une de plusieurs sites à travers le monde en 2013, parce que Daft Punk avait prévu d'y dévoiler son nouvel album, Random Access Memories.

Manque de chance, l'album avait fini par fuiter un peu avant sur internet. Les deux membres du groupe n'avaient pas non plus fait le déplacement, ce qui n'avait pas empêché les 6.000 festivaliers d'en profiter.


Par exemple, Radiohead pourrait décider de révéler son nouvel album sur un site britannique mythique, comme Stonehenge, où à Abingdon, la ville dont ils sont originaires. Le groupe pourrait également se produire à Hollybush, à Osney, le bar (qui a depuis changé de nom) où il s'était reformé en juillet 1991, devant six personnes.

Hors du Royaume-Uni, ils pourraient aussi se produire aux États-Unis, à Monowi, dans le Nebraska, où vit désormais une seule personne.

7.En le jouant dans le métro

À intervalles réguliers, on voit apparaître des performances d'artistes connus, incognito dans le métro. En 2007, le violoniste Joshua Bell avait ainsi participé à une expérience avec le Washington Post, se produisant 43 minutes dans le métro. Pendant ce temps, 1.097 personnes étaient passées devant lui, et seules 27 s'étaient arrêtées.


Dans le cadre du «Tonight Show», l'émission de Jimmy Fallon, U2 avait bien tenté de faire la même chose, mais le groupe irlandais avait vite été reconnu. Radiohead réussirait-il à y échapper?

8.En le cachant dans leur site officiel

L'espace de 48 heures, Radiohead avait supprimé tout le contenu de son site web, à l'exception d'oiseaux qui revenaient toutes les trente minutes. Le groupe britannique pourrait tenter la même chose la prochaine fois, mais avec en bonus un code Konami, qui permettrait de télécharger automatiquement le nouvel album ou d'avoir accès à un player.

Il pourrait aussi être un peu plus imaginatif et cacher plusieurs Easter Eggs, comme peut le faire Google, et faire apparaître certains morceaux lorsque l'on rentre la bonne combinaison.

9.En le mettant sur Google+

Ce qui causerait vraiment une surprise générale, cela serait que Radiohead décide de lancer son nouvel album en exclusivité sur Google+, le réseau social de Google.

Il faudrait probablement longtemps pour qu'un fan ou un média remarque la publication, en tombant sur un email lui récapitulant les cinq posts qu'il a raté ces deux dernières années en n'allant pas sur Google+.

Newsletters

«Pleasure», la pornographie comme modèle et comme défi

«Pleasure», la pornographie comme modèle et comme défi

Le film de Ninja Thyberg accompagne une jeune fille dans les méandres de l'industrie du hard californienne.

Dave Chappelle n'a pas changé, c'est nous qui nous sommes trompés sur son compte

Dave Chappelle n'a pas changé, c'est nous qui nous sommes trompés sur son compte

On a cru que l'humoriste était progressiste, ce n'est pas le cas.

Splendeurs et misères d'«Illusions perdues»

Splendeurs et misères d'«Illusions perdues»

La brillante adaptation du chef-d'œuvre de Balzac par Xavier Giannoli réussit l'évocation d'une époque passée en suggérant le présent, mais surenchérit sur la noirceur au risque d'un dangereux déséquilibre.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio