Monde

Donald Trump a trouvé le talon d’Achille d’Hillary Clinton

Jeremy Stahl, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 04.05.2016 à 12 h 18

Ça ne devrait pas suffire à le faire élire mais ça lui fait marquer des points.

Le candidat républicain Donald Trump à Burlingame, en Californie, le 29 avril 2016 (GABRIELLE LURIE/AFP) et la candidate démocrate Hillary Clinton à Philadelphie, en Pennsylvanie, le 26 avril 2016 (EDUARDO MUNOZ ALVAREZ/AFP) | Montage V.M pour Slate.fr

Le candidat républicain Donald Trump à Burlingame, en Californie, le 29 avril 2016 (GABRIELLE LURIE/AFP) et la candidate démocrate Hillary Clinton à Philadelphie, en Pennsylvanie, le 26 avril 2016 (EDUARDO MUNOZ ALVAREZ/AFP) | Montage V.M pour Slate.fr

Donald Trump a installé sa position de probable candidat républicain à l’élection présidentielle américaine mardi 3 mai avec un discours de victoire modéré qui laissait deviner une possible ligne d’attaque contre son homologue démocrate Hillary Clinton.

«Elle ne comprend rien au commerce, a affirmé Trump après que sa victoire dans l’Indiana a obligé le sénateur Ted Cruz à se retirer de la course et a quasiment assuré l’investiture du magnat de l’immobilier. Son mari a signé ce qui est peut être, dans l’histoire du monde, le pire traité commercial jamais réalisé. Il s’appelle l’Aléna

Cet accent sur les travailleurs et le commerce ressemble étrangement au discours qu’il avait fait après ses victoires cruciales au deuxième Super Tuesday du 15 mars, qui avaient éliminé le sénateur Marco Rubio du champ des primaires. «Apple, et toutes ces grandes entreprises, elles vont fabriquer leurs super-produits aux États-Unis, pas en Chine et au Vietnam», avait annoncé le candidat en évoquant les implications d’une présidence Trump.

Il s’agissait alors d’un discours général avançant l’idée que, dans le domaine du commerce, il serait le candidat des électeurs de la classe ouvrière, et plus spécifiquement leur candidat protectionniste (vous pouvez lire cet article, en anglais, pour savoir à quel point les politiques économiques auxquelles il fait allusion s’avèreraient catastrophiques pour l’économie). Cette fois, en plus d’attaquer Clinton personnellement sur la question économique, il a également ciblé un autre éventuel point faible: ses politiques et ses discours sur les emplois du secteur énergétique. Trump a cité Clinton annonçant au mois de mars: «Nous allons mettre beaucoup de mineurs et de mines au chômage.» Lundi 2 mai, elle s’est excusée pour ces remarques auprès d’un mineur en larmes fraîchement licencié mais elles n’en restent pas moins une faiblesse que Trump a bien l’intention d’exploiter:

«Je l’ai regardée il y a trois ou quatre semaines quand elle parlait des mineurs comme s’ils n’étaient que des numéros, et elle disait qu’elle voulait fermer les mines et qu’elle ne les laisserait plus jamais avoir du travail, s’est indigné Trump. Laissez-moi vous dire une chose: les mineurs de Virginie-Occidentale et de Pennsylvanie, qui a été si géniale avec moi la semaine dernière, et d’Ohio et de partout, ils vont retrouver du travail, croyez-moi. Vous serez de nouveaux fiers d’être mineurs.»

«Conclure de grands accords commerciaux»

L’Ohio et la Pennsylvanie, qui ont tous les deux voté pour Barack Obama lors de l’élection présidentielle de 2008 et de 2012, s’avèreraient cruciaux pour le succès du Parti républicain s’il parvenait à finir sur une élection présidentielle serrée. Trump n’a pas manqué d’évoquer un sondage publié lundi 2 mai par l’institut Rasmussen Reports, qui penche en faveur des Républicains, le plaçant deux points devant Clinton, à 41%, lors d’un éventuel duel à la présidentielle.

Trump a très peu de chances de battre Clinton en novembre. Mais le commerce et les emplois constituent le seul domaine vaguement susceptible de l’aider à remporter une victoire hautement improbable

«Un sondage est sorti hier, et dans ce sondage je suis maintenant devant Hillary Clinton. Je suis devant Hillary, a-t-il triomphé devant une assistance qui scandait: «Trump! Trump! Trump!» Ça va continuer parce qu’ils ne sont pas capables d’y arriver les gars. Ils ne vont pas être capables de conclure de grands accords commerciaux.»

Évidemment, c’est passer outre les dizaines d'autres sondages qui donnent à Clinton une avance conséquente avant même le début de la campagne présidentielle. Sans parler de la déjà impressionnante carte des collèges électoraux et des obstacles démographiques aggravés par un candidat qui a lancé sa campagne en accusant les immigrants hispaniques d’être des «violeurs» et des «meurtriers» et qui a du mal à gérer le soutien que lui apportent les dirigeants et les groupes de suprématistes blancs.

Trump a l’air de penser que parler des emplois et des accords commerciaux va faire passer tous ces obstacles à la trappe. «Nous allons avoir de super relations avec les hispaniques, a-t-il affirmé. Les hispaniques ont été tellement incroyables avec moi. Ils veulent du travail. Tout le monde veut du travail. Les Afro-Américains veulent du travail.»

Encore une fois, Trump a vraiment très peu de chances de battre Clinton en novembre. Mais il semble s’être rendu compte que le commerce et les emplois constituent le seul domaine vaguement susceptible de l’aider à remporter une victoire hautement improbable. En mars, Bloomberg rapportait que, selon sa dernière enquête sur le sujet, «l’opposition au libre-échange est un concept unificateur même au sein d’un électorat profondément divisé, avec presque deux tiers des Américains favorables à davantage de restrictions sur les biens importés plutôt qu’à leur réduction.» En outre, pour 44% des Américains, l’Aléna –synonyme de politiques économiques du président Bill Clinton– est une mauvaise chose pour l’économie américaine, quand seulement 29% pensent le contraire.

À la fin de ses réflexions sur le commerce, on aurait dit que Trump était en train de prononcer ses vœux à sa promise: «Nous allons nous chérir mutuellement et prendre soin l’un de l’autre et nous allons connaître un fantastique développement économique et nous n’allons pas laisser les autres pays nous l’enlever parce que c’est ce qui se passe depuis trop d’années et nous n’allons plus faire ça à l’avenir.»

Amérique, acceptes-tu de prendre cet homme pour époux?

Jeremy Stahl
Jeremy Stahl (27 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte