Sciences

Quand les stéréotypes nous donnent la berlue

Temps de lecture : 2 min

En moins d'une demi-seconde, les clichés peuvent modifier le système visuel de notre cerveau et nous faire croire qu'un individu est conforme à nos préjugés. Même si ce n'est pas vrai.

Stéréotype | Quinn Dombrowskivia Flickr CC License by
Stéréotype | Quinn Dombrowskivia Flickr CC License by

Les stéréotypes sont tellement puissants qu'ils peuvent modifier jusqu'au système visuel de notre cerveau et nous faire croire qu'un individu est conforme à nos préjugés –alors qu'en réalité, il ne l'est pas du tout. C'est l'une des conclusions pour le moins stupéfiante d'une étude publiée le 2 mai dans la revue Nature Neuroscience.

Signée par Ryan M. Stolier et Jonathan B. Freeman, chercheurs en neurosciences de l'université de New York, elle rend compte de deux expériences menées auprès de 17 et de 26 participants. Dans la première, ces derniers voyaient passer sur un écran des visages conçus par ordinateur d'hommes et de femmes, blancs, noirs ou asiatiques, heureux ou énervés –soit 12 combinaisons au total– et devaient, en 500 millisecondes, choisir entre deux mots pour les caractériser (noir / blanc, heureux / en colère, homme / femme, etc.).

Pour signifier leur choix, ils devaient orienter une souris (l'accessoire informatique, pas la bestiole) vers l'un ou l'autre des deux termes. Et pendant tout ce temps, un IRM surveillait et enregistrait leur activité cérébrale, en se focalisant sur le gyrus fusiforme, une zone du cerveau connue pour s'occuper de la représentation des visages et de leur catégorisation sociale.

Biais inconscient

Résultat, qu'importe leur choix conscient et «raisonné», leur premier réflexe les portait quasi systématiquement vers la réponse la plus stéréotypée. Ainsi, les hommes en général, et les hommes noirs en particulier, étaient majoritairement considérés comme «en colère», même si leur vrai visage manifestait de la joie ou une émotion neutre.

Idem pour les visages de femmes, spontanément jugés comme heureux, même s'ils ne l'étaient objectivement pas. Les visages d'asiatiques, qu'importe leur vrai sexe, étaient quant à eux majoritairement et spontanément caractérisés comme féminins; à l'inverse, tous les visages noirs étaient tendanciellement jugés comme masculins.

Dans la seconde expérience, les chercheurs allaient confirmer que les biais inconscients exprimés par leurs cobayes correspondaient aux associations stéréotypiques les plus courantes aux États-Unis (les hommes sont agressifs, les noirs encore plus, les femmes sont douces, les asiatiques efféminés, etc..).

Représentation visuelle altérée

Et grâce à l'IRM, les scientifiques ont observé que de tels stéréotypes s'ancraient dans le système visuel du cerveau et, plus précisément –et conformément à leur hypothèse de départ– dans le gyrus fusiforme. Par exemple, l'activité neuronale générée par la vision d'un visage d'homme noir était, dans cette région cérébrale, tout à fait comparable à celle suscitée par des visages objectivement en colère. Ce qui signifie que le cerveau peut littéralement nous faire voir ce qui n'existe pas et que les stéréotypes (dans ce cas «les hommes noirs sont agressifs») peuvent totalement court-circuiter notre perception.

«Nos recherches tendent à prouver que les stéréotypes que nous avons intégrés peuvent systématiquement altérer la représentation visuelle que se fait le cerveau d'un visage, en distordant ce que nous voyons pour que cette perception soit plus conforme à nos attentes biaisées», résume Jonathan Freeman.

«Si les stéréotypes que nous avons acquis peuvent changer la manière dont nous analysons visuellement une personne, ce genre de stéréotypage visuel pourrait uniquement servir à renforcer, et peut-être exacerber, des préjugés préexistants», ajoute-t-il.

Selon le chercheur, cette étude pourrait servir à développer de meilleurs outils pour «réduire voire éliminer les biais inconscients» et souligne la nécessité «d'appréhender ces biais au niveau visuel». Des préjugés qui surviennent dès le premier regard, bien avant que l'esprit critique se mette en branle, et «bien avant que nous ayons une chance de nous corriger ou de réguler notre comportement».

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