France

Gonflé, Hollande va se regonfler (mais sans doute pas assez pour 2017)

Temps de lecture : 4 min

Le président-candidat du «compromis» a bien choisi son moment pour descendre dans l’arène. Sauf que rien ne lui assure une qualification au second tour.

François Hollande quitte la scène après son discours sur «La gauche et le pouvoir» à la Fondation Jean-Jaurès à Paris le 3 mai 2016 | PHILIPPE WOJAZER/POOL/AFP
François Hollande quitte la scène après son discours sur «La gauche et le pouvoir» à la Fondation Jean-Jaurès à Paris le 3 mai 2016 | PHILIPPE WOJAZER/POOL/AFP

Certains chefs militaires déclenchent une offensive sans prendre la peine de déclarer la guerre. François Hollande a lancé, le 3 mai, sa campagne de réélection présidentielle plusieurs mois avant d’officialiser sa candidature.

La teneur du discours qu’il a prononcé à l’occasion du colloque organisé par la Fondation Jean-Jaurès sur le thème éternel de «la gauche et le pouvoir» laisse clairement transparaître les axes de sa prochaine bataille électorale.

Bravo pour le moment

Une fois de plus, ce politique roué qu’est Hollande aura su parfaitement choisir le moment de sortir du bois. Au moment précis où son fameux «ça va mieux» est enfin confirmé par une batterie de statistiques, la parole présidentielle est à nouveau audible.

Le demi-point de croissance enregistré par la France au premier trimestre 2016 est supérieur aux anticipations, ce qui suffit à ce que les discours optimistes soient mieux perçus. La forte baisse du chômage observée en mars accompagne ce nouveau climat porteur pour le pouvoir après tant de mauvaises nouvelles. «La croissance revient, la consommation repart, l’investissement redémarre», se rengorge Hollande.

Le président-candidat peut, dès lors, plaider sa propre cause avec quelque crédit. En martelant, en premier lieu, que les temps sont durs et qu’il serait éminemment injuste de lui en faire grief: «Ce n’est jamais parce que la gauche est au pouvoir que c’est difficile, c’est parce que c’est difficile que la gauche est au pouvoir.»

Et que l’on ne vienne pas lui reprocher d’avoir effectué des choix politiques, tel le «pacte de responsabilité», parfaitement étrangers à ses thèmes de campagne de 2012. Ce serait croire bêtement que la réel est «figé» alors que les gouvernants sont bel et bien obligés de composer sans arrêt avec les exigences d’une «adaptation» à un terrain mouvant.

Lorsqu’on «satisfait» 14% des Français et qu’on en «mécontente» 85%, il n’est pas trop difficile de progresser

L’embellie actuelle permet à Hollande de ressortir du tiroir la thèse qui était la sienne avant même son accession à l’Élysée: celle d’une phase de «redistribution», en deuxième partie de quinquennat, permise par une période préalable de «redressement». C’est tout juste s’il confesse que la potion amère du «redressement» économique a duré plus longtemps que prévu pour cause, notamment, de fragilité de l’euro.

Le président-candidat théorise et justifie ainsi les diverses largesses de la fin de son quinquennat. L’augmentation des enseignants –ancienne base électorale de la gauche socialiste– s’inscrit dans ce schéma. Et Hollande a significativement inclus dans son discours du 3 mai une allusion à des futures baisses d’impôts gagée par les nouvelles «marges» gagnées sur l’adversité économique.

Nouveau compromis français

L’axe de campagne d’un président sortant prend inévitablement appui sur sa position institutionnelle. Hollande n’a pas à forcer sa nature pour se présenter en dirigeant raisonnable adepte du «compromis», promettant même un «nouveau compromis français» pour demain qui aurait la double qualité d’être «dynamique et juste».

Par contraste, le président-candidat veut dépeindre la droite comme une potentielle démolisseuse des acquis sociaux préservés par la gauche de gouvernement et des nouveaux «droits» qui seraient à porter à son actif. L’opposition est suspectée de vouloir «défaire» l’œuvre accomplie et Hollande prend le pari audacieux que la gauche réévaluerait sa propre action si la droite revenait aux affaires.

À mille lieues des «transgressions» d’un Emmanuel Macron, François Hollande n’oublie pas d’adresser des clins d’œil sur sa gauche. La traite de libre-échange transatlantique en discussion, dit Tafta, lui en offre une belle opportunité. «À ce stade, c’est non» à sa signature, a-t-il déclaré, se ménageant, comme toujours, plusieurs portes de sortie.

Tout cela devrait valoir à Hollande de sortir de la situation épouvantable dans laquelle il se trouve aujourd’hui. Là encore, le moment est bien choisi pour descendre dans l’arène. L’impopularité présidentielle atteint aujourd’hui des niveaux records, comparables à ce qu’elle était avant les attentats terroristes de janvier 2015.

Lorsqu’on «satisfait» 14% des Français et qu’on en «mécontente» 85%, il n’est pas trop difficile de progresser. L’amélioration du climat et la nouvelle pugnacité présidentielle devraient lui valoir quelques points de popularité. Or, en ces matières, c’est le mouvement qui compte le plus. C’est lui qui impressionne les observateurs.

Le président-candidat devrait, pour les mêmes raisons, voir ses désastreuses intentions de vote actuelles se redresser quelque peu. Au fil des mois, il apparaîtra de plus en plus comme le seul candidat capable d’occuper l’espace de la gauche modérée, quoi qu’on puisse penser de sa politique. Cela devrait lui garantir un matelas électoral moins ridicule que ce qu’indiquent aujourd’hui les enquêtes préélectorales.

Étroit créneau

Mais rien n’assure, bien au contraire, que la posture d’un candidat de «compromis» d’une gauche épousant l’air du temps suffise à lui permettre une qualification au second tour.

Les comparaisons historiques sont cruelles pour Hollande. Quatre-vingt ans après le Front populaire et trente-cinq ans après l’arrivée de François Mitterrand à l’Élysée, son propre règne ne s’inscrit pas aisément dans la saga de la gauche française. De quelles avancées sociales majeures peut se prévaloir l’actuel chef de l’État?

La conversion du pouvoir hollandais à une variante des politiques de l’offre l’a coupé d’une importante fraction de l’électorat de gauche

Les «nouveaux droits» qu’il a célébrés le 3 mai –du «mariage pour tous» au «compte personnel d’activité»– font pâle figure par rapport aux conquêtes sociales de 1936, arrachées grâce à de puissantes mobilisations populaires, aux réformes de 1981 et même à celles de la période où Lionel Jospin gouvernait.

La conversion du pouvoir hollandais à une variante des politiques de l’offre l’a coupé d’une importante fraction de l’électorat de gauche. Jean-Luc Mélenchon occupe désormais un espace de contestation qui sera très difficile à réduire.

De l’autre côté, Alain Juppé –le probable candidat du parti Les Républicains– ne manquera pas de faire valoir les charmes d’une version de droite du «compromis» national après avoir éliminé ses adversaires à la primaire par un discours plus radical. Ce faisant, il sera un redoutable concurrent pour le président sortant.

Son créneau risque ainsi d’être dangereusement étroit dans un paysage politique qui reste dominé par l’influence d’un Front national bien placé pour capter une large partie de l’électorat populaire.

Le président Hollande, qui devrait officialiser sa candidature avant Noël si l’on en croit Le Canard Enchaîné, va vraisemblablement retrouver des couleurs dans la prochaine période. «La récompense, elle sera dans l’avenir», a malicieusement glissé Hollande. Le moins qu’on puisse dire est que cette récompense n’est nullement garantie pour 2017.

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