Monde

Oubliez la tornade Trump, l'Amérique sage d'Hillary Clinton va triompher

Jean-Claude Casanova, mis à jour le 04.05.2016 à 8 h 16

Les favoris du camp républicains sont trop extrémistes pour avoir la moindre chance d'accéder à la Maison-Blanche.

Hillary Clinton, le 1er mai 2016 I JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Hillary Clinton, le 1er mai 2016 I JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Cet article a été rédigé avant la primaire de l'Indiana du mardi 3 mai, à l'issue de laquelle Ted Cruz a annoncé son retrait de la primaire républicaine.

Distinguons entre le probable et le certain. Il est sûr qu’Hillary Clinton remportera la primaire et sera la candidate du parti démocrate. Il est probable que Donald Trump triomphera le 7 juillet et s’opposera à elle.

Sur ce point on peut imaginer deux scénarios. Dans le premier, Trump arrive à la convention de son parti avec les 1.237 délégués qui forment une majorité absolue, ou avec un peu moins mais suffisamment pour attirer quelques-uns des élus, sans mandats impératifs, nécessaires pour atteindre cette majorité et l’affaire est close. Ce qui voudrait dire qu’il a remporté en juin la primaire dans les deux grands États qui se prononcent en dernier: la Californie et le New Jersey. Deuxième scénario: il n’obtient pas de majorité au premier tour, et sa situation se détériore au second tour face à la coalition des autres candidats et des délégués du parti. Ce scénario est le moins vraisemblable, même si la fureur que met Trump à le dénoncer et à menacer d’une émeute montre qu’il le redoute.

Ce succès de Trump sera à la fois surprenant et explicable. Surprenant parce que tout le monde disait que la clef de l’élection présidentielle américaine se trouvait dans la quantité d’argent que les candidats pouvaient librement amasser pour financer leur campagne.

La prime aux démagogues

Or, Trump triomphe dans le camp républicain sans dépenser d’argent. MediaQuant, organisme qui mesure aux États-Unis ce que les candidats payent aux médias en publicité et ce qu’ils reçoivent gratuitement de ces mêmes médias en information (celle-ci étant mesurée au coût de la publicité pour un même espace), a annoncé, qu’à la mi-mars, Hillary Clinton avait dépensé 28 millions de dollars et reçu 746 millions, Sanders a payé 28 millions et perçu 321 millions, tandis que Trump avait déboursé seulement 10 millions pour recevoir 1.900 millions. Autrement dit mieux vaut être démagogue que riche. Ce qui n’est pas surprenant, d’autant que l’on constate que dans toutes les démocraties la confiance dans les institutions et dans les partis traditionnels s’érode constamment.

Ce déclin dans la crédibilité explique le succès des démagogues. Et chacun sait que la démocratie couve la démagogie comme la nuée couve l’orage. Où réside la démagogie de Trump? Elle consiste à  dénoncer sans nuances le libre échange, l’immigration mexicaine, les arabes, Wall Street et Washington. Cela plaît à la classe moyenne blanche et déplait à la droite du parti républicain qui voudrait un président interventionniste à l’étranger, favorable au libre commerce et capable de séduire les électeurs latinos. En effarouchant ceux-ci (dont le vote devient décisif) et les noirs, en effrayant les femmes par son machisme affiché,  Trump se donne très peu de chances de remporter l’élection présidentielle, sauf retournement stratégique de son credo ou miracle au cours de sa confrontation télévisée avec Hillary Clinton.

Les moqueries des hommes à son égard, à cause de son âge et de ses cruels effets sur sa sveltesse, ressoudent le vote féminin en sa faveur

Il est donc probable que Hillary Clinton sera élue présidente, quel que soit le républicain qu’on lui opposera, car si ce n’était pas Trump, son adversaire serait Ted Cruz, le gouverneur du Texas, qui a l’avantage d’être hispanique mais l’inconvénient de se situer trop à droite pour les électeurs modérés nécessaires au succès des républicains. En tout état de cause, leur parti ira divisé à la bataille, ce qui n’augure pas d’une victoire.

Un monde sans surprise

Les deux atouts d’Hillary Clinton sont la féminité et la caution de l’establishment. Elle incarne l’une et plaît à l’autre. Elle serait la première femme président des États-Unis. Les moqueries des hommes à son égard, à cause de son âge et de ses cruels effets sur sa sveltesse, ressoudent le vote féminin en sa faveur. Elle est aimée de Washington (elle a été Secrétaire d’État et sera plus ferme à l’extérieur que le président Obama) et de Wall Street (femme d’un ancien président populaire dans le monde financier, elle a été sénatrice de l’État de New York). Elle a fait oublier ses premiers élans en faveur des Palestiniens et le monde juif lui est acquis. Elle vient, comme Madeleine Albright, de Wellesley, excellent collège de la côte Est, gage à la fois de féminisme et d’excellence.

Sa seule faiblesse, mais peut-être aussi sa principale qualité, est d’être étrangère, opposée même, à la vague de populisme démagogique qui fleurit aussi bien à droite, avec Donald Trump, qu’à gauche, avec Bernie Sanders, et qui touche, pour des raisons différentes, d’un coté les pauvres et de l’autre les jeunes et les intellectuels. Avec Hillary Clinton, on revient à un monde américain connu et sans surprise. Ce qui rassure les Européens déçus par le Président Obama qu’ils ont pourtant adulé. Conviendra-t-elle aux États-Unis et au monde? Elle est intelligente et énergique. Croisons les doigts.

Jean-Claude Casanova
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