Économie

En avion, la première classe déclenche les conflits entre passagers

Temps de lecture : 2 min

Le spectacle des inégalités, particulièrement saillant en avion, déclencherait des comportements antisociaux, à la fois chez les passagers de classe éco et ceux de première classe.

En avion, les inégalités de traitement social entre les individus éclatent au grand jour | PRORichard Moross via Flickr CC License by

L’«air rage» ou colère aérienne se déclenche entre passagers pour des raisons parfois anodines, et peut se terminer très mal. Une étude portant sur une base de données comportant des millions de comptes-rendus de vols domestiques et internationaux a permis d’établir une surprenante association entre la présence d’une cabine de première classe sur le vol et la probabilité de survenue d’une crise de nerfs de passager… Plus étrange encore, ces incidents de plusieurs types, allant de l’altercation entre passagers ou avec l’équipage à l’intoxication, sont d’autant plus fréquents quand les passagers de classe éco ont embarqué à l’avant de l’avion, et ont donc traversé la section de première classe avant de gagner leur place –et d’être ainsi rappelé à leur statut «inférieur».

Les causes finales qui déclenchent ces emportements sont connues et concernent le surbooking d’avions, des retards répétés ou des sièges trop étroits ou inconfortables. Mais ces désagréments seraient avant tout la conséquence d’une prise de conscience plus fondamentale, celle des inégalités d’une société divisée en «classes» dont chacune bénéficie d’un traitement strictement différencié.

En avion, les inégalités deviennent saillantes du fait de l’agencement de l’avion et de la procédure d’embarquement. Les inégalités de traitement social entre les individus éclatent au grand jour, l’avion fonctionnant comme une version miniature et caricaturale de la société.

Inégalité situationnelle

Les auteurs de l’étude arrivent à la conclusion que cette forme d’inégalité «situationnelle» et physiquement ressentie déclenche et entretient des attitudes agressives et revendicatives, autant chez ceux qui se sentent lésés que chez ceux qui bénéficient des meilleures places.

L’avion fonctionne comme une version miniature et caricaturale de la société

«Quand les individus de niveau social supérieur se rendent plus compte de leur statut plus élevé, ils sont plus enclins à être antisociaux, à avoir des attitudes de privilégiés et à développer moins de compassion», selon Katherine A. DeCelles, spécialiste du comportement en organisation à l’université de Toronto et coauteure de l’étude.

Très minoritaires, les cas de panique ou de crise aérienne concernent un peu plus d’un vol sur mille selon la base de données étudiée par les chercheurs. Cependant, les équipages ne sont pas tenus de les signaler systématiquement et leur fréquence pourrait donc être sous-estimée. Fréquence qui serait par ailleurs en augmentation selon de récents rapports, conséquence directe de la réduction de l’espace par passager: pour compenser l’érosion régulière des prix des places, les compagnies aériennes augmentent le nombre de sièges en classe éco.

Prendre conscience du mécanisme psychologique qui déclenche les crises de colère et les conflits en vol amène à se pencher sur des solutions tout aussi dérangeantes... Comme, par exemple, proposer que l’embarquement se fasse depuis plusieurs points de l’avion, de manière à ce que les passagers ne soient plus confrontés au spectacle des inégalités de classe.

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