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L'histoire de la Cité des étoiles, la ville secrète des cosmonautes

Atlas Obscura et Dylan Thuras, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 07.05.2016 à 18 h 06

Fondée en 1960 en URSS, et appelée «Unité militaire 26266 dans le village fermé numéro un», de jeunes Russes y étaient formés pour être envoyés au ciel. La Cité des étoiles, à l'est de Moscou, était devenue le foyer des cosmonautes.

Leonid Brejnev et Fidel Castro dans le centre d'entraînement des cosmonautes, dans la Cité des étoiles, en 1972. TASS / AFP

Des années 1940 aux années 1990, la très secrète Union soviétique a créé une véritable géographie fantôme. Des centaines de villes. Plus d’un million de personnes qui vivaient hors des cartes. Pas hors du temps —ces villes étaient littéralement omises des cartes soviétiques, à l’abri des yeux inquisiteurs. Ceux qui vivaient là habitaient une ville sans nom, et en tant que citoyens, ils étaient des non-personnes.

Dans une de ces villes secrètes, fondée en 1960 et appelée «Unité militaire 26266 dans le village fermé numéro un», de jeunes Russes étaient formés pour être envoyés au ciel et au-delà. La Cité des étoiles, située juste à l'est de Moscou, était devenue le foyer des cosmonautes.

Au cours des années 1960, l’Union soviétique, qui préparait un alunissage de façon intensive, forma plus de soixante cosmonautes. La Cité des étoiles acquit l’envergure d’une véritable ville, avec sa poste, son cinéma, sa gare et deux écoles —tout cela dans le plus grand secret. Ses habitants recevaient des passeports spéciaux pour pouvoir en sortir et y retourner. La Cité des étoiles était un petit univers bien clos, caché non seulement aux autres pays mais également aux autres citoyens soviétiques.

Le programme spatial fut à une certaine époque un immense sujet de fierté dans le cadre du grand rêve communiste, mais en 1991, lorsque l’Union soviétique s’effondra, la Cité des étoiles et ses cosmonautes se retrouvèrent dans un sacré pétrin. À l’époque, le cosmonaute Sergueï Krikaliov était à bord de la station spatiale Mir. Et voilà que du jour au lendemain le site d’atterrissage, prévu au Kazakhstan, ne faisait plus partie de l’URSS. Sergueï dut patienter à bord pendant des mois tandis que la Russie ferraillait avec le gouvernement du Kazakhstan.

La Cité des étoiles s’adapta et se mit à travailler de plus près avec la Nasa. Au milieu des années 1990, la chape de secret s’était un tantinet soulevée. Pour la première fois, des visiteurs purent entrapercevoir la piscine dans laquelle les cosmonautes s’entraînent au space walk sous-marin, ou l’immense centrifugeuse dans laquelle les futurs voyageurs de l’espace tournoient à des vitesses effarantes jusqu’à atteindre une gravité jusqu’à huit fois inférieure à celle de la terre.

En 2008, le contrôle de la Cité des étoiles a été officiellement retiré à l’armée russe et confié à l’agence spatiale Roscosmos, la transformant en une organisation civile et non plus militaire. Pour la première fois depuis sa création en 1960, la Cité des étoiles fut ouverte au public, mais tout de même sur autorisation. Parmi les nombreuses formules proposées actuellement, figure une expérience de dix jours «Présentation de la formation de cosmonaute», à 90.000 dollars par personne, comprenant un entraînement en centrifugeuse, l’utilisation d’une combinaison spatiale, une simulation de space walk dans une piscine et un dîner avec un cosmonaute.

La Cité des étoiles est toujours habitée par des cosmonautes d’aujourd’hui et d’hier et par leurs familles, notamment Valentina Goriatcheva, la veuve du pionnier cosmique Youri Gagarine, et Valentina Terechkova, la première femme à être allée dans l’espace. La ville a récemment fait construire une nouvelle église russe orthodoxe, y a ajouté un musée des voyages spatiaux et de l’exploration humaine et érigé un monument à Laïka, le premier chien à avoir été envoyé dans l’espace.

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