France

Polémique des abattoirs: et si on laissait (enfin) la parole aux animaux

Jean-Marc Proust, mis à jour le 03.05.2016 à 10 h 34

Slate.fr est allé à la rencontre de ces victimes que l'on n'entend jamais dans les médias. Voici leurs dix propositions pour une vraie protection animale.

Peace and Love | Serena via Flickr CC License by

Peace and Love | Serena via Flickr CC License by

On en assez de voir des vidéos d’abattoirs, toutes plus dégueulasses les unes que les autres. On en est presque au point de non-retour, celui où on mangera le steak avec la même grimace de dégoût que s’il s’agissait de légumes. Il est temps d’adopter des mesures pour vraiment protéger les animaux au moment de les hacher menu. Aymeric Caron a raison: «Les animaux que nous élevons ne parlent pas notre langue et nous nous arrangeons pour ne pas entendre ce qu’ils expriment.» Il est temps d'écouter leurs propositions.
 

1.Justice

L’abattage est souvent vécu comme une décision arbitraire, voire franchement injuste. Pourquoi moi? Il est temps de restaurer les droits de l’abattable.

Chaque animal condamné à mort aura droit à un procès équitable. Son avocat pourra assister à la sentence. L’animal abattu pourra faire appel du jugement par contumace.

Afin de garantir l’anonymat, l’abattage sous X sera autorisé. Les animaux choisissant cette option auront un accès prioritaire à la filière de l’alimentation anonyme (surimi, poissons panés, lasagnes…).

 

2.Accompagnement personnalisé

Doués de raison, les animaux entendent être traités en adulte, c’est-à-dire être pleinement associés à leur fin de vie.

Le gouvernement édictera une charte de qualité de service détaillant le déroulé d’un abattage, avec des points de vigilance (accueillir l’animal avec le sourire, se présenter, lui lire ses droits, lui proposer un rafraîchissement, répondre à ses questions ou l’orienter vers le service après abattage).

À terme, chaque animal pourra bénéficier d’un accompagnement psychologique gratuit, l’aidant à accepter son sort. L’animal ne doit pas être dépossédé de son abattage, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui. Il peut devenir l’acteur de sa propre mort. L’abattage participatif offre une vraie possibilité d’amélioration du bien-être animal.

 

3.Beauté et médecine

Parfois conduit de manière brutale et impersonnelle, l’abattage doit devenir un moment privilégié de bien-être pour l’animal, avec des soins et un accompagnement appropriés.

L’acharnement thérapeutique sera proscrit (si l’animal continue à vivre en dépit de son charcutage à vif au-delà de deux heures).

Le droit à être abattu dans la dignité sera renforcé. Chaque animal aura droit à un toilettage personnalisé avant l’abattage. Ce service sera assuré par des toiletteurs agréés, et financé par une taxe sur les carcasses (en France, pas de loi sans taxe, c’est vous dire si cet article est sérieux).

Sur le modèle du parcours de soins, chaque animal devra désigner un abatteur traitant qui l’orientera vers l’abattoir correspondant à ses besoins (abattage rituel, bio, vegan, BDSM, slow abattage, etc.).

 

4.Sécurisation des parcours professionnels

Afin de mettre fin à la précarité des carrières animales pour les animaux, ceux-ci seront progressivement reconnus comme des professionnels à part entière et leurs acquis sociaux seront préservés.

Une taxation des CDD (broyage de poussins) sera étudiée. Seul le CDI donnera accès à l’abattage.

Afin de répondre aux craintes d’ubérisation exprimés par les différents syndicats d’animaux, un label «viande non imprimée» sera créé. En outre, le gouvernement créera une appli dédiée pour que les animaux puissent proposer leurs services aux abattoirs (géolocalisation, poids, âge…).

En cas de transformation post-mortem (farines animales…), la traçabilité de la viande sera assurée afin d’éviter tout cannibalisme.

En fonction de sa provenance, chaque animal se verra proposer trois destinations finales. La filière devra garantir un taux de satisfaction de 90% en 2017, puis de 95% à partir de 2018.

Exemple de possibilités offertes à un cochon:

 

5.Religion

De plus en plus d’animaux se sentent discriminés en raison de leurs convictions religieuses. Il est réaffirmé que la République laïque garantit le respect de toutes les croyances et confessions animales.

L’abattage rituel doit être accessible à tous, sans distinction de race ni de provenance. Ainsi, les cochons juifs ou musulmans auront libre accès aux abattoirs casher ou hallal.

 

6.Sexualité

La République réaffirme le droit à une sexualité épanouie, gage d’une viande de haute qualité.

Les abattoirs disposeront d’une salle réservée à l’intimité des animaux, afin qu’ils puissent s’adonner à une sexualité libre et non contrainte avant de mourir. Les demandes spécifiques (par exemple l’obtention de 72 brebis vierges après un abattage explosif) seront traitées au cas par cas. Les demandes visant des animaux mineurs devront être préalablement agrées par un prêtre, dans le strict respect de la mixité générationnelle.

Chaque animal entrant à l’abattoir pourra demander à bénéficier de tests gratuits de dépistage (HIV, syphilis, etc.).

Les animaux à la sexualité différente (sado-masochiste) pourront demander à bénéficier d’un abattage particulièrement cruel.

 

7.Culture

Il est temps de mettre fin aux abattoirs sans âme, vastes hangars de la misère intellectuelle, et d’en faire de véritables centres culturels.

Des espaces culture seront aménagés dans les abattoirs, afin d’aider les animaux à affronter l’échéance. Ils pourront ainsi écouter de la musique.


Verdi, Ingemisco, Requiem, «Parmi les brebis offre-moi une place; et sépare-moi des boucs en me plaçant à ta droite.»

Et contempler des œuvres d’art.

Ou lire des ouvrages choisis pour eux.


 

8.Écologie

La COP21 l’a montré: les animaux sont très sensibles à la cause environnementale.

Des aménagements responsables pourront être proposés, afin de répondre aux attentes d’animaux soucieux de protéger la planète. Ainsi, l’électrocution pourra être garantie 100% électricité renouvelable.

 

9.Numérique

Nos amis les bêtes sont connectées! Aidons-les à assouvir leur passion du numérique!

Les derniers instants des animaux seront filmés, transmis à leurs proches (famille, éleveur, boucher) et accessibles, sur internet, aux clients qui le souhaitent avec un accès sécurisé. Il sera ainsi possible de personnaliser la relation avec le steak ou le saucisson, dont l’ingestion est encore trop souvent anonyme.

Les animaux abattus seront invités à évaluer la qualité de la prestation sur le site Tripes advisor, créé à leur intention par le gouvernement.

 

10.Nation

La France reconnaît ses enfants morts aux pâturages d’honneur.

Sous le haut patronage d’Aymeric Caron, une fête de la culpabilité sera créée. Vegans et carnivores devront se repentir autour de barbecues citoyens. Le gouvernement créera un hashtag officiel (#JeSuisBrebis par exemple) pour permettre aux internautes de poster leurs selfies mortifiés avec du jambon ou une côte d’agneau.  

Bon appétit.

Jean-Marc Proust
Jean-Marc Proust (172 articles)
Journaliste
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