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«Dieu, ma mère et moi», une bonne crise de foi

Copyright Avalon Distribución Audiovisual

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Le troisième film de Federico Veiroj suit les mésaventures d'un trentenaire décidé à sortir de la communauté des fidèles catholiques malgré un baptême.

Comique et inquiétant, surgi comme un diable d’une improbable boite à malices, le troisième long métrage du réalisateur hispano-uruguayen Federico Veiroj (Acné, La Vida util) ne cesse de reconfigurer son rapport au personnage principal, à la situation, à sa tonalité. Ainsi prend forme Dieu, ma mère et moi, un film à la fois léger et complexe, aux multiples échos.

Le personnage, Gonzalo, est un étudiant madrilène déjà trentenaire, adolescent prolongé sympathique et agaçant, dispersé entre ses amours inabouties, ses études inachevées sinon inutiles, ses projets incertains. Et, au centre, sa mère, point fixe envahissant et dominateur.

La situation naît d’une décision prise par Gonzalo comme on se jette à l’eau: ainsi que l’y autorise en principe le droit canon, il décide d’apostasier. C’est à dire de sortir de la communauté des fidèles en renonçant aux effets du baptême. Le garçon considère, en effet, que cette appartenance, qui lui a été imposée à sa naissance, porte atteinte à sa liberté, et est à l’origine des impasses de son existence. Il refuse d’être comptabilisé par l’Église comme chrétien, n’ayant aucun commerce avec la religion.


Le jeune homme entreprend donc la procédure complexe réclamée par l’Église pour être rayé de la communauté des fidèles. Il affronte alors l’incompréhension ou l’inertie de son entourage, et l’inertie de plus en plus hostile des autorités ecclésiastiques. Ce processus va l’aider à se construire une personnalité.

Moretti au pays de Kafka

La tonalité est à la fois humoristique, et même à l’occasion franchement burlesque, quelque part entre Buñuel et Moretti (deux cinéastes qui ont toujours pris la religion très au sérieux, ce que fait aussi Vieroj), précise et fortement documentaire dans la description du parcours bureaucratique que doit suivre le candidat à l’apostasie, et traversé d’ombres troublantes, droit venues de chez Kafka.

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Dans l’Espagne contemporaine, une Espagne où l’appareil catholique demeure très puissant et conservateur, le cheminement obstiné, quasi-obsessionel, de Gonzalo fait jouer sa propre névrose, la volonté de puissance de l’Église, et les blocages intimes, familiaux ou de caste.

Dieu, quant à lui, ne joue à peu près aucun rôle dans ce film qui ne se soucie que des appareils (religieux, familiaux, sociaux). On peut à cet égard regretter le titre dont le film a été affublé en France (en version originale il s’intitule sobrement L’Apostat), qui plus est en empruntant le nom d’une livre de Franz-Olivier Giesbert, avec lequel il n’a pourtant aucun rapport.

La quête de cet anti-héros attachant intrigue à proportion de la capacité du film à lier une procédure très technique, et où l’archaïsme des méthodes et des terminologies mêlées à un environnement très contemporain engendre le comique, et une aspiration très générale au droit d’interroger ce qui nous attache, nous incorpore, et prétend nous définir. S’il s’agit bien ici d’un appareil très spécifique –l’Église apostolique et romaine–, il s’agit aussi de l’appartenance à une communauté dès lors qu’elle s’impose au-delà de l’adhésion désirée de ses membres, et garde ses portes de sortie aussi fermées que sont ouvertes ses portes d’entrée.

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Inspiré d'une histoire vraie

La réussite de Dieu, ma mère et moi tient à la manière dont le mouvement du récit et de la mise en scène circule librement entre ces différents niveaux, à la capacité du réalisateur d’accompagner avec une tendresse sans complaisance son hurluberlu déterminé et ratiocineur, à accueillir ensemble la chronique, le dossier, le gag et le fantasme.

Elle tient également à l’interprète principal, Alvaro Ogala, dont on apprendra éventuellement qu’à défaut d’être acteur, il a vraiment vécu la situation qui sert d’argument au film et que, ami de Federico Veiroj, il en a inspiré et co-écrit le scénario. Bien sûr cela n’est dit nulle part dans le film, le savoir ajoute néanmoins une nouvelle touche –de réalisme? de fantastique?– à cette fable du libre arbitre.

Dieu, ma mère et moi

de Federico Veiroj, avec Alvaro Ogalla, Marta Larralde, Barbara Lennie, Vicky Peña, Juan Calot. Durée : 1h20. Sortie le 4 mai.

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