France

Les Français font mentir les calculs politiques: les attentats ne les ont pas rendus plus racistes

Aude Lorriaux, mis à jour le 03.05.2016 à 12 h 25

Le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur l'année 2015 montre une augmentation de la tolérance et un reflux des opinions xénophobes, notamment à l'égard des musulmans.

Des Français tiennent le 11 janvier 2015 une pancarte "Je suis Charlie, Ahmed et Yoav", en référence aux victimes des attentats de janvier 2015, Ahmed Merabet et Yoav Hattab. MARTIN BUREAU / AFP

Des Français tiennent le 11 janvier 2015 une pancarte "Je suis Charlie, Ahmed et Yoav", en référence aux victimes des attentats de janvier 2015, Ahmed Merabet et Yoav Hattab. MARTIN BUREAU / AFP

2015 était vraiment une année de merde: avec pour toile de fond les attentats de janvier et de novembre mais aussi la crise des migrants ou les scores du FN. Et plutôt que de résister à la marée de haine xénophobe qu’ils croyaient voir venir, en prônant la tolérance et l’union, une grande partie du personnel politique et des commentateurs ont décidé d’épouser la colère et le rejet qu’ils pensaient voir monter chez les Français: au PS comme chez LR, ou au gouvernement, le discours s’est durci vis-à-vis des réfugiés, de l’islam, du voile, du «communautarisme», surfant sur la vague de mécontentement qu’ils croyaient apercevoir au loin. La déchéance de nationalité, sur laquelle se sont accordés Nicolas Sarkozy et François Hollande, est l’emblème de ces calculs politiques.

Mais voilà, l’océan est un trompe-l’œil: malgré une hausse des actes islamophobes, la vague ne s’est jamais formée. Le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur l’année 2015 donne tort à tous ces parieurs, renverse leurs prédictions et montre une mer sereine. La tolérance a gagné du terrain en France en 2015, comme l'avait déjà montré un sondage en avril 2015. Mieux: en matière de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie, «le score de 64 points enregistré en 2015 fait d’elle la deuxième meilleure année au top 5 des plus tolérantes depuis vingt-six ans», explique Le Monde.

Reflux

Lorsque l’on demande, par exemple, aux Français s’il y a des «races supérieures à d’autres», ils sont 8% à se dire «proches» de cette «opinion», selon les termes de la question du sondage, contre 14% en novembre 2014 et en décembre 2013. Le nombre de personnes qui se disent «pas racistes» est aussi en forte augmentation, avec 53% de réponses positives, contre 39% en 2013.

«La communauté noire n’a jamais été aussi bien acceptée depuis 1999, les musulmans retrouvent quasiment leur niveau d’acceptation de 2009 et les juifs sont la communauté la mieux acceptée de France. La tolérance envers les Roms reste significativement en deçà du niveau de 2009, mais c’est la toute première fois que le seuil de tolérance monte», détaille Le Monde.

«Paroles tendancieuses»

Mais ce reflux n’est pas imputable aux discours des hommes et femmes politiques, contrairement à un schéma classique. Loin de là, comme le constate la présidente de la CNCDH:

«Les paroles tendancieuses de certains responsables politiques, qui mêlent les problématiques de terrorisme et d’asile, qui loin de toute réalité statistique associent délinquance et immigration, qui dans le plus pur amalgame confondent appartenance religieuse et fondamentalisme, n’ont cessé de s’intensifier ces dernières années.»

Risque

Les Français ont pris le contre-pied de leurs élites, manifestant ainsi un bel exemple d’autonomie de pensée, de liberté vis-à-vis des discours répétés en boucle. Et notamment les Français de droite, les plus nombreux à être plus tolérants qu’avant, qui désertent symboliquement dans les sondages Nicolas Sarkozy au profit d’Alain Juppé. La volonté du premier de rétablir les contrôles aux frontières ou ses déclarations sur le vote Front national «qui n'est pas contre la République» leur plaît visiblement moins que la stratégie de démarcation vis-à-vis du FN du second. 

À trop vouloir surfer avec une vague qui n’existe pas, certains responsables ont pris un risque majeur: attiser les haines, si jamais l’opinion les suivait... ou se discréditer, en étant en rupture avec l’évolution de l’opinion, si elle ne les suivait pas. Il est navrant de se réjouir d’un si triste constat, mais oui: on est soulagés que ce soit le deuxième scénario qui l'ait emporté.

Aude Lorriaux
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Journaliste
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