Tech & internet

La surveillance de masse limite la liberté d’expression sur internet

Temps de lecture : 2 min

Après les révélations de Snowden sur la surveillance de la NSA, la consultation des articles de Wikipédia sur les sujets suivis par l’Agence a chuté.

«L’espionnage mis en place par le gouvernement va à l’encontre de la recherche ordinaire de l’information» | Frédéric BISSON via Flickr CC License by

Ce n’est pas la première étude qui fait état de l’effet paralysant que provoque la surveillance de masse sur la liberté d’expression. Mais c’est la première qui le prouve avec des chiffres et pas par le biais de sondages. Publiée le 27 avril dans la revue Berkeley Technology Law Journal, elle souligne à quel point la surveillance mise en place par la NSA a refroidi le désir de s’informer et de s’exprimer sur la toile.

Le chercheur Jon Penney a comptabilisé le trafic des articles Wikipédia sur quarante-huit sujets en lien avec le terrorisme suivis par le département de la Sécurité intérieure des États-Unis sur internet, par exemple ceux traitant d’al-Qaida, du djihad et des bombes sales avant et après les révélations d’Edward Snowden. Et les résultats sont frappants: ces sujets qui créaient entre 2,2 et 3 millions de pages vues chaque mois pendant les seize mois qui ont précédé le scandale de la NSA ont chuté à 2 millions dans les deux mois qui ont suivi les révélations. Un constat qui ne vaut pas que sur le court terme. Quatorze mois après, le trafic s’est stabilisé sous les 2,5 millions par mois.

Péril démocratique

Des chiffres accablants. Pour Jared Keller, qui analyse l’étude sur le site de Pacific Standard, c’est la preuve que «le regard attentif du gouvernement fait plus de mal que de bien». Joseph Menn, journaliste à Reuters, dresse le même constat: ces chiffres sont la preuve que «l’espionnage mis en place par le gouvernement va à l’encontre de la recherche ordinaire de l’information».

Or, comme le rappelle Jon Penney, cet effet dissuasif de la surveillance gouvernementale ne fait pas du mal qu’au modèle de Wikipédia. En dissuadant les citoyens de lire, de penser et d’avoir accès à l’information en ligne, il est aussi un péril pour nos démocraties: «Les gens seront moins informés et le processus de délibération démocratique en sera affaibli.»

En attendant que les individus, associations ou entreprises qui militent pour un contrôle plus étroit de la collecte de renseignements s’emparent de ce sujet, cette étude peut d’ores et déjà servir dans le procès opposant l’Union américaine pour les libertés civiles, qui représente notamment Wikipédia, à la NSA ainsi qu’au ministère de la Justice américain, fait remarquer Reuters.

Slate.fr

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