Science & santé

C'est de notre faute si les animaux de compagnie sont anxieux

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 30.04.2016 à 17 h 13

Repéré sur Nautil.us

Et on leur donne des antidépresseurs sans s’interroger plus que cela sur les causes réelles de ces angoisses.

Meow | Maurizio Cefariello via Flickr CC License by

Meow | Maurizio Cefariello via Flickr CC License by

C’est l’histoire de Lucas, un chat adopté il y a neuf ans par l’auteure Britt Peterson et son compagnon. Très vite, Lucas s’est montré très possessif et demandait l’attention de ses maîtres dès le réveil, quitte à venir leur taper gentiment le visage. Sur le site Nautilus, Britt Peterson explique que les choses ont empiré il y a quatre ans quand son premier enfant est né. «Quand Lucas voulait de l’attention, ses sollicitations sont devenues agressives, écrit-elle. […] Il a commencé a marquer le tapis du salon et de la chambre de notre fils, et ses jeux avec Tip [son frère, également adopté par l’auteure, NDLR] sont aussi devenus plus violents.»

Pour en savoir plus, Britt Peterson a pris un rendez-vous avec un spécialiste du comportement des animaux et a découvert que Lucas était anxieux. Le concept d’anxiété chez l’animal est quelque chose qui provoqué depuis longtemps des débats dans le milieu scientifique, mais il est certain aujourd’hui que la plupart des mammifères ont les mêmes réactions que l’homme face à une menace. «Les souris ont un petit hypothalamus et une petite amygdale qui réagissent au stress de la même manière que pour nous. Et comme les maîtres de chats et de chiens le savent, les manifestations de conflits ou de “se battre ou s’enfuir” sont nombreuses, complexes, ont parfois un schéma défini, peuvent être basées sur le tempérament ou la génétique, ou peuvent sortir de nulle part, un peu comme l’anxiété humaine.»

Dans les laboratoires, les chercheurs tentent toujours de comprendre le stresse et l’angoisse chez les animaux testés, sans pour autant parler explicitement d’anxiété. Jack Panksepp, chercheur en neurosciences à l’université de l’état de Washington, a mené une expérience visant à vérifier si l’animal souffre lui aussi de crise semblables aux nôtres. «En utilisant la stimulation cérébrale profonde sur l’amygdale de l’animal, son hypothalamus et sa substance grise périaqueducale, le centre de la peur dans le système humain, Panksepp est capable de déclencher ces peurs instinctives, et regarder comment l’animal réagit. Il a découvert qu’activer la réponse à la peur pousse non seulement les animaux à faire un choix “se battre ou fuir”, mais aussi à essayer d’arrêter l’expérience, pour arrêter la terreur dans leur cerveau.»

Pour le chercheur, s’il s’agit là d’une chose légèrement différente de l’anxiété, cela montre bien que l’animal a des préoccupations conscientes. «Je pense qu’ils en ont parce qu’ils ont beaucoup de matériel dans des zones du haut du cerveau qui, chez l’homme, contrôle la pensée et parce qu’ils se soucient de leur survie.» D’autres scientifiques le soutiennent et estiment par ailleurs que les animaux ont conscience du future et des menaces qui peuvent approcher. 

À nous de mieux comprendre nos animaux de compagnie

Mais pour Britt Peterson, le facteur responsable de toutes ces anxiétés vient avant tout de l’homme. Les chiens souffrent quand ils sont séparés de leur maître et certains gorilles et bonobos en zoo ont des comportements compulsifs dès que l'heure du repas arrive. «Nous causons de l’anxiété chez les animaux qui ont évolué pour vivre près de nous, que nous aimons intensément et voyons comme nos compagnons, en leur imposant nos besoins sans penser aux leurs. Les chiens et les chats ont besoin de stimulation et d’exercice; nous vivons dans des grandes villes et travaillons toute la journée.» Et que dire des séances de câlins qu’on leur impose: il y a quelques jours, nous vous expliquions d’ailleurs pourquoi les chiens ne veulent pas de nos câlins.

Sans qu’il comprenne tout à fait les cause de leurs angoisses, l’homme donne des antidépresseurs aux animaux depuis des décennies, que ce soit pour attendrir la viande des poulets ou pour calmer les orques à SeaWorld. Exactement comme on le ferai pour un humain. Et tant que l'homme n'aura pas compris qu'un animal ne pense pas comme lui et donc qu'il ne peut pas être traité comme on l'aimerait, il sera difficile de s'assurer de leur bonheur. De son côté, Lucas s’est vu prescrire un médicament proche du Prozac et ses maîtres cherchent à passer plus de temps avec lui. 

chatchienanxiété
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